ATP | Masters 1 000 du Canada | Felix Auger-Aliassime a mal à Montréal : "Tous ces forfaits, ça me fait de la peine"

Eurosport sur Google

Si beaucoup de Masters 1000 souffrent aujourd'hui d'une désaffection des meilleurs, notamment depuis l'instauration du format à 12 jours, celui du Canada, qui débute ce dimanche à Montréal sans le trio Sinner-Alcaraz-Djokovic, a peut-être la palme. Rencontré jeudi au stade IGA, Felix Auger-Aliassime réfléchit à la manière de "sauver" le tournoi qui a le plus contribué à sa destinée de champion.

Un thriller et encore une victoire : Tiafoe reste la bête noire d'Auger-Aliassime

Video credit: Eurosport

Le premier tournoi du reste de la carrière de Felix Auger-Aliassime débute en quelque sorte chez lui, à Montréal. Le Québécois, qui fêtera ses 26 ans la semaine prochaine en plein cœur du Masters 1000 canadien (2-13 août) - en espérant bien sûr y être encore en course -, se trouve dans un drôle d'entre-deux au mitan de sa carrière. Il est 4eme mondial, son meilleur classement, mais désormais orphelin de son mentor et entraîneur de longue date, Frederic Fontang, dont il vient de se séparer. Il vient d'enchaîner deux quarts de finale en Grand Chelem, à Roland-Garros et Wimbledon, une double performance louable mais qui s'est terminée par deux défaites dont il est ressorti mentalement éprouvé, face à Flavio Cobolli à Paris et Novak Djokovic à Londres.
Visiblement, la petite coupure du mois de juillet lui a fait du bien. Et le retour au pays aussi. Jeudi, le Québécois avait retrouvé la mine des bons jours à l'occasion d'un Clinic organisé au stade IGA, lors duquel il a échangé quelques balles de mini-tennis avec des enfants dans le cadre d'une opération promotionnelle. Décontracté et souriant, il a pris ensuite le temps d'un long échange avec des médias qui l'attendaient au tournant. Parce que Felix sera la principale attraction d'une épreuve qui a été marquée, avant même de commencer, par les forfaits de Jannik Sinner, Carlos Alcaraz et Novak Djokovic (entre autres). Et il sera aussi, en conséquence, l'un des principaux favoris pour décrocher un succès qui serait son premier en Masters 1 000, l'un de ses grands buts affichés pour la suite de sa carrière.
Avec cette désertion commune du trio le plus bankable du tennis mondial, la porte est entrouverte, en tout cas. Pour la première fois, voilà FAA propulsé tête de série n°2 d'un tournoi de ce rang. Mais, là encore, dans un drôle d'entre-deux qui ne lui plaît pas vraiment : "D'accord, l'absence de certains peut ouvrir plus d'opportunités mais j'aurais vraiment préféré que tous les meilleurs soient là, a-t-il déclaré. Ce tournoi a une place à part à mes yeux, je viens ici depuis que je suis petit. Donc voir autant de forfaits, même si chacun a ses raisons, ça me fait de la peine..."
Je sais à quel point c'est important, pour des enfants, de voir en vrai des grands champions. J'ai été cet enfant-là.
Le Canadien parle en connaissance de cause. Taper la balle avec des enfants a sans doute fait resurgir en lui des réminiscences de sa propre jeunesse, quand il venait chaque été assister au tournoi. "J'habitais à 10 minutes du stade, c'était à chaque fois une grande joie et une excitation de venir dans ce stade, se souvient-il. Ici, j'ai vu jouer Nadal, Federer, Djokovic… Je sais à quel point c'est important, pour des enfants, de voir en vrai des grands champions. A la télé, ils paraissent très lointains, il y a quelque chose qui relève de la fonction. Quand on les voit en vrai, ça les humanise, ça crée une certaine proximité. Et ça montre que, quelque part, c'est possible. J'ai été cet enfant-là."
Sincèrement affecté, Felix Auger-Aliassime a mal à son tournoi. On peut le comprendre. Depuis quelques années, le Masters 1 000 du Canada est l'un de ceux qui a encaissé le plus de coups. Novak Djokovic n'y est plus venu depuis 2018. Rafael Nadal n'y a plus remis les pieds après son titre en 2019. Carlos Alcaraz fait l'impasse depuis 2023, et Jannik Sinner, désormais, depuis 2024. "Je reviendrai à Montréal" (ou Toronto, un an sur deux) est un refrain qui n'est plus du tout à la mode : il faut remonter à 2013 pour trouver trace d'une édition canadienne rassemblant les n°1 et n°2 mondiaux. Une répétition de forfaits chez les cadors qui pose forcément souci. Et question.
L'épreuve est inévitablement victime de son positionnement dans le calendrier, au sortir de la mini-trêve estivale des meilleurs. Comme tous les autres Masters 1 000, elle a aussi pâti de la généralisation du format en 12 jours, qui a eu cette double conséquence assez dichotomique de renforcer la valeur marchande des tournois, tout en affaiblissant leurs tableaux. Ou, du moins, l'investissement des meilleurs qui, quand ils sont là, ne sont pas toujours dans leur forme optimale. Et ce pour une raison simple : "Aujourd'hui, il est devenu tout simplement impossible de jouer à fond les quatre Grands Chelems et les neuf Masters 1 000", résume Auger-Aliassime, qui ne fait pourtant pas partie des joueurs foncièrement hostiles au format sur 12 jours.
La multiplication des surprises dans les Masters 1 000, au premier rang desquels le sacre de Valentin Vacherot l'an passé à Shanghai, en est certainement une conséquence. En 2026, jusqu'à présent, Jannik Sinner avait pourtant remis de l'ordre en remportant les cinq premiers Masters 1 000 de la saison. Mais le forfait à Montréal du numéro 1 mondial, quitte à se passer d'un possible "Grand Chelem des 1000" qui aurait pourtant constitué un exploit sacrément historique, est venu rappeler à quel point le problème demeure à la racine. Son absence, pour toutes ces raisons, est sans nul doute celle qui fait le plus mal.

Car hormis Sinner, comme le dit Felix, chacun a ses raisons. Celles d'Alcaraz, touché au poignet, sont excellentes, celles de Djokovic étaient prévisibles. N'empêche que l'Espagnol et le Serbe sont attendus pour faire leur retour dans deux semaines au Masters 1 000 à Cincinnati. Qui a pris, depuis un moment, l'habitude de tirer profit de sa situation calendaire plus favorable, juste en amont de l'US Open. Cette inégalité des chances fait, forcément, grincer des dents au Canada, un pays dont l'essor nouveau, forgé il y a une quinzaine d'années avec la génération Milos Raonic puis Felix Auger-Aliassime, aspire légitimement à être accompagné d'un événement majeur pleinement reconnu.
Une des propositions serait de ne plus avoir le droit de manquer deux années d'affilée le même tournoi.
Leader sportif, mais aussi leader populaire, ce dernier semble prêt aujourd'hui à partir en croisade pour défendre les intérêts d'un tournoi qui, probablement plus qu'aucun autre, a façonné son envie de devenir un joueur professionnel. "J'en ai souvent parlé et il y a actuellement pas mal de discussions avec l'ATP et avec les officiels pour voir ce que l'on pourrait faire, a-t-il expliqué. Pas mal d'idées sont en train d'être mises sur la table pour trouver un équilibre entre la nécessaire protection des joueurs mais aussi celle des tournois. Une des propositions serait de ne plus avoir le droit de manquer deux années d'affilée le même tournoi. Il y en a d'autres. On verra bien dans le futur…"
En attendant, le combat de Felix Auger-Aliassime va se recentrer sur le terrain, pour tenter d'effacer un historique paradoxalement très négatif dans son tournoi, où il n'a jamais fait mieux qu'un quart de finale et où il reste sur trois éliminations d'entrée. Un objectif qu'il abordera dans le "meilleur état de forme possible, aussi bien sur le plan physique que tennistique", mais paradoxalement sans coach, puisqu'il n'a pas encore trouvé de successeur à Frédéric Fontang. Ça, ce sera pour après, en attendant l'aboutissement de discussions en cours, avec une annonce probablement faite après l'US Open. À chaque jour suffit sa peine.
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité