Près de 15 mois sans gagner un match sur le circuit ATP. C’est une éternité pour tout joueur professionnel, mais lorsqu’il s’agit d’un des 20 meilleurs et du fer de lance du tennis tricolore, la traversée du désert prend une autre ampleur. A 34 ans, Gaël Monfils se lance peut-être cette semaine dans le dernier grand défi de sa carrière : retrouver les sommets après s’être noyé dans l’abysse du doute, ennemi absolu du sportif de haut niveau. Il tentera mardi de poser la première pierre de cet édifice imposant face à Lorenzo Sonego au 1er tour du Masters 1000 de Rome.
La tâche s’annonce ardue pour l’intéressé qui n’a donc plus goûté à la victoire depuis un quart de finale à Dubaï face à Richard Gasquet fin février… 2020. Elle le sera d’autant plus qu’il s’agira du premier match sur terre battue de la saison de Monfils qui devait pourtant faire son retour à Monte-Carlo il y a déjà un mois. Oui mais voilà, une blessure au mollet l’a contraint à revoir ses plans au dernier moment. Les interrogations sont donc plus que légitimes quant à son état de forme physique avant cette reprise tant attendue.
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Une préparation sur terre tronquée par une blessure au mollet

A-t-il eu le temps par exemple de se frotter sérieusement à l’éthique de travail particulière prônée par son nouveau coach Günter Bresnik ? Les deux hommes ont partagé plusieurs séances d’entraînement lors de l’inter-saison, mais aussi après l’Open d’Australie lors du retour de Monfils en Europe. Mais ces dernières semaines, dédiées davantage à la récupération post-blessure du Français, ont peut-être cassé cette nouvelle dynamique. Plus important encore, dans quel état psychologique l’intéressé aborde-t-il ce printemps sur terre battue ?
Personne n’a oublié ses larmes après sa défaite au 1er tour de l’Open d’Australie et son cri du cœur sur son mal-être. A Rome, il retrouvera d’ailleurs le huis clos caractéristique du circuit dans l’ombre du coronavirus. "Gaël a lutté pour exister dans cet environnement. Même à Roland (en octobre dernier, NDLR), il était en dedans. Contre Bublik, il a eu le break dans les trois sets qu'il a perdus (6-4, 7-5, 3-6, 6-3). Il a eu les occasions, mais pas l'étincelle, l'énergie. L'humeur n'était pas au rendez-vous. À Vienne, vous avez vu ce qui s'est passé (abandon contre Carreño Busta 6-1, 2-0). Et puis voilà. Il a lutté pour redéfinir la partie mentale. Le focus. Le volume d'entraînement. On est arrivés comme ça à la fin de l'année, et on ne s'est pas mis d'accord sur certaines choses pour aller de l'avant", a d’ailleurs rappelé dans L’Equipe son ex-entraîneur Liam Smith.

Gaël Monfils et Günter Bresnik à Monte-Carlo en 2021

Crédit: Imago

Le Masters 1000 italien n’est d’ailleurs pas le meilleur endroit pour espérer un rebond du Parisien de naissance. Historiquement, il n’y a quasiment jamais brillé, sauf en 2006 quand il y avait atteint les demi-finales. Depuis, il n’a jamais dépassé le 2e tour sur la terre italienne. Pire : il reste même sur quatre éliminations au 1er tour. Pas vraiment de quoi aborder l’événement en confiance surtout face à un spécialiste de la terre battue comme Sonego, qui jouera qui plus est à domicile, même s’il ne pourra pas compter sur le soutien de son public. Or la confiance, c’est justement ce qui lui fait cruellement défaut depuis longtemps.

Heureux en ménage, heureux sur le court ? L'importance de la fraîcheur mentale

L’heure n’est donc pas à l’optimisme béat. Mais chez Monfils, plaisir et confiance sont souvent intimement liés. Et s’il parvient à retrouver le premier sur le court, la seconde pourrait vite suivre. En février en Australie, il avait également fait une pause dans sa relation avec Elina Svitolina. Depuis, les deux tourtereaux ont renoué et même annoncé leur futur mariage, ce qui pourrait aussi relancer le Français… tennistiquement. "Gaël marche à l’affect, oui. Il a ce tennis explosif qu’il peut sortir n’importe quand. Je ne crois pas à un retour au premier plan rapide après être parti de si bas. Il y a des repères à reprendre. Gaël doit gagner pas mal de matches avant de faire un coup d’éclat", observe notre consultante Camille Pin.
Pour se relancer totalement, le numéro 1 tricolore doit donc se montrer mesuré dans ses attentes et ses objectifs dans un premier temps. Gagner déjà un match le plus vite possible et pourquoi pas à Rome – ce dont rêve aussi Daniil Medvedev – sera déjà une étape importante. Quitte à revoir le curseur à la hausse par la suite. "La capacité qu'il a d'augmenter son niveau en une semaine... Je n'ai jamais vu ça ! Quand il revenait de blessure, c'était vraiment impressionnant. J'ai réalisé ça très vite, et compris, que c'était important d'utiliser cette force. Et puis Gaël joue bien quand il se sent bien dans un endroit. Maintenant qu'il évolue dans un environnement plus stable avec son engagement auprès d’Elina, ça peut repartir très vite", a également reconnu Liam Smith, toujours dans L’Equipe.
Avant, jouer Gaël, c’était une plaie pour la plupart mentalement, et ça a sans doute changé. L’image que l’on dégage, la façon dont les rivaux et les coaches te perçoivent compte énormément. Une grande partie du match se joue là-dedans
Les attentes du public et des observateurs ne constituent pas un problème nouveau pour Monfils. Il a eu à le gérer toute sa carrière, notamment à l’approche de Roland-Garros. Le contexte actuel et son manque de repères devraient néanmoins les modérer dans les semaines qui arrivent et tout match gagné du côté de la Porte d’Auteuil sera un bonus. D’autant que la pente s’annonce raide : si le 15e joueur mondial est à l’arrêt depuis plus d’un an, d’autres ont progressé pendant ce temps, à l’image d’un Jannik Sinner par exemple.
Pour rattraper le train, il va certainement falloir redoubler d’efforts. "Les autres joueurs ne doivent sûrement pas le voir de la même façon que les autres années. Ce sera à lui de grignoter petit à petit. On sait qu’il est capable de surgir de nulle part, mais à un moment, il n’y a pas de miracle. S’il joue le feu, il n’y a rien à dire. Mais quand un combat s’installe, la perception qu’on a de lui va beaucoup jouer. Les jeunes joueurs croiront davantage en leurs chances. Avant, jouer Gaël, c’était une plaie mentalement pour la plupart, et ça a sans doute changé. L’image que l’on dégage, la façon dont les rivaux et les coaches te perçoivent compte énormément. Une grande partie du match se joue là-dedans", explique Camille Pin.
Tout le défi de Monfils dans les prochaines semaines sera de retourner ce rapport de forces à son avantage pour redevenir une valeur sûre du circuit. A ce stade, le temps joue contre lui et ses épaules ont intérêt à être solides. Car sans lui, le tennis français a été en grande difficulté ces derniers mois, et mardi il sera d’ailleurs (déjà) la dernière chance tricolore d’atteindre le 2e tour à Rome. Mais nul doute qu’il ne demande qu’une chose : avoir à gérer à nouveau cette pression de porter les espoirs de son pays à Roland-Garros devant son public. Cela signifierait que ses résultats le justifieraient et que le cercle vicieux dans lequel il tourne indéfiniment est devenu vertueux.
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