La Marseillaise devant des tribunes vides. En 2019, l'équipe de France avait découvert dans ses tristes circonstances à Madrid la nouvelle version de la Coupe Davis face au Japon au 1er tour. Censée désormais se disputer sur terrain neutre, la compétition avait perdu une grande partie de ce qui faisait sa force : l'engouement populaire. Avant de le retrouver lors du dernier week-end grâce à une ambiance de feu pour une Espagne… à domicile, ironie du sort. Ajoutez à cela des matches terminés au milieu de la nuit et le coup d'essai de Gerard Piqué était très loin du coup de maître. Qu'en est-il à l'heure du lancement jeudi de la 2e édition ?
Kosmos et la Fédération internationale de tennis (ITF) ont trouvé une solution pour éviter tout nouveau couac sur la question des horaires : l'épreuve a été étendue sur 10 jours (25 novembre-5 décembre) et la phase de poules organisée dans trois villes-hôtes, Madrid, Turin et Innsbruck, avant que la capitale espagnole n'accueille à elle seule la partie finale de la compétition (deux quarts de finales, les demies et la finale). Mais cela suffira-t-il à donner un coup de fouet à cette nouvelle formule ? Il y a fort à parier que… non. Et ce, pour plusieurs raisons, à commencer par les forces en présence.
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7 membres du Top 20 présents seulement : l'argument principal du nouveau format caduque

Le lifting de la Coupe Davis devait ainsi redonner de l'attractivité à une épreuve en perte de vitesse en convaincant les cadors du circuit mondial de la jouer tous les ans. Si la première édition avait plutôt réussi son coup, force est de constater que la cuvée 2021 laissera à désirer. Les deux meilleurs joueurs du monde Novak Djokovic (Serbie) et Daniil Medvedev (Russie) seront certes présents, mais ils se sentiront bien seuls. En tout et pour tout, quatre membres du Top 10 (avec Andrey Rublev et Jannik Sinner), et sept du Top 20 (avec Cameron Norrie, Aslan Karatsev et Pablo Carreno Busta) seront de la partie.
Entre les non qualifiés avec leur pays (Stefanos Tsitsipas, Casper Ruud, Hubert Hurkacz, Diego Schwartzman et Cristian Garin) et les blessés parmi lesquels figurent notamment Rafael Nadal, Dominic Thiem, Matteo Berrettini ou encore Félix Auger-Aliassime, ils seront bien nombreux à manquer à l'appel. Après une année éreintante de tennis, si ce format permet aux meilleurs de ne plus être mobilisés quatre weekends dans l'année, sa place si reculée dans le calendrier l'expose à ce genre de mésaventures.
"Tout mon attention est concentrée sur la Coupe Davis. La fin de saison est très tardive, mais c'est comme ça", a d'ailleurs lâché Novak Djokovic. Un avis partagé par son ancien coach Boris Becker. "La programmation est folle, surtout pour les meilleurs joueurs. Dans ces conditions, il faut prendre une décision : 'Qu'est-ce qui est plus important pour moi : ma carrière ou la Coupe Davis ?' Mon plus grand espoir, c'est que le format de la coupe Davis change à nouveau", a considéré l'ex-champion dans le podcast "Das Gelbe vom Ball" sur Eurosport Allemagne.

La tristesse d'Innsbruck après celle de Madrid : la fronde des capitaines s'organise

Quant à l'ambiance ces dix prochains jours, difficile de savoir ce qu'il en sera à Turin et Madrid, mais une chose est sûre : il n'y en aura pas à Innsbruck. Dans le sillage du reconfinement décidé par le gouvernement autrichien à cause d'une résurgence de l'épidémie de covid, le huis clos a été décrété. Les groupes C (France, République tchèque, Grande-Bretagne) et F (Serbie, Autriche, Allemagne) en sont les victimes collatérales. Une nouvelle Marseillaise devant des tribunes vides s'annonce donc et les joueurs devront même "porter le masque sur le banc" durant les matches selon Sébastien Grosjean.
Ni Gerard Piqué ni Kosmos ne sont bien entendu responsables de la situation sanitaire. Il n'empêche que les capitaines de sélections à Innsbruck sont de plus en plus remontés face à ce qu'ils considèrent comme une inéquité sportive et un début de fronde semble s'organiser avec un thème commun : le retour à la formule domicile-extérieur qui a fait le succès de la Coupe Davis durant de nombreuses années, et a constitué une grande partie de son âme.
Dans ce début de combat, qui a besoin pour prendre de l'ampleur d'une certaine unanimité des acteurs, le capitaine des Bleus est notamment secondé par son homologue britannique, Leon Smith. "On ne peut évidemment pas contrôler ce qui se passe ici, mais on peut agir sur le futur. Les joueurs membres du Top 10, les capitaines, l'atmosphère, l'environnement, c'est tellement important pour une compétition comme celle-là, le format du 'home-away' (domicile-extérieur, NDLR) aussi avec les stades pleins. Il faut voir ce qui est le mieux pour les joueurs. Je pense qu'une période de concertation va s'ouvrir et que l'ITF et Kosmos vont réussir à trouver ce qui est le plus adapté par rapport au calendrier."

Économiquement, la nouvelle Coupe Davis a déjà du plomb dans l'aile

Une nouvelle réforme est-elle vraiment envisageable pour Kosmos ? Si l'argument de "l'âme de la Coupe Davis" a peu de chances de prendre dans les têtes de ses fossoyeurs, la logique économique, elle, pourrait prévaloir. Après avoir perdu des millions d'euros en 2019, le groupe espagnol, qui s'est engagé à financer l'épreuve sur 25 ans (pour 3 milliards de dollars, soit 2,68 milliards d'euros), avait rapidement pris la décision d'annuler l'édition 2020, officiellement pour des raisons sanitaires, qui menaçait de se tenir devant des tribunes vides à Madrid.

"La Coupe Davis a été annulée car Piqué a surtout perdu 30 millions d'euros en 2019"

Sans les rentrées financières liées à la billetterie, le projet pourrait ne plus être viable et, dans cette perspective, le huis clos à Innsbruck est une bien mauvaise nouvelle. "Je pense que ça reviendra, dans deux-trois ans, à quelque chose plus dans l'esprit de la Coupe Davis (avec un format domicile-extérieur, NDLR). Au niveau économique, je ne vois pas comment c'est possible de tenir en l'état", a d'ailleurs confié Richard Gasquet, en ce moment avec l'équipe de France à Innsbruck, à nos confrères de L'Equipe.
Ce serait peut-être un premier pas fondamental pour ressusciter une épreuve historique du tennis qui se meurt depuis deux ans. Avant pourquoi pas de revenir aux cinq sets et de renforcer le prestige de l'événement en l'organisant tous les deux ans, ce qui permettrait aux meilleurs d'organiser leur calendrier en conséquence. Un Alexander Zverev, qui boycotte la réforme de la Coupe Davis parce qu'il l'estime ainsi dénaturée, pourrait ainsi faire son grand retour. Mais cette perspective est bien lointaine et Kosmos irait plutôt dans le sens inverse à en croire le Telegraph qui fait état d'une possible prochaine organisation de l'épreuve à... Abou Dabi. De quoi assurer ses arrières financièrement.
En attendant, l'édition 2021 ne se présente donc pas sous les meilleurs auspices. Si l'émotion de porter le maillot de son pays reste sûrement intacte pour bon nombre de joueurs, le sentiment d'être soutenu par tout un peuple a, lui, peu ou prou disparu. Et c'est bien le plus préoccupant, car la raison d'être de la Coupe Davis réside dans l'aventure collective qu'elle représente dans un sport si individuel par ailleurs.
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