Le "Ground Zero" de Stefanos Tsitsipas, engagé aux qualifications du Masters 1000 de Montréal : "Il veut repartir sur quelque chose de différent"
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 01/08/2026 à 16:11 GMT+2
Symbole de sa volonté de retrouver les sommets, Stefanos Tsitsipas, deux semaines après avoir renoué avec un titre à Gstaad, va disputer les qualifications d'un Masters 1000 pour la première fois depuis 2018, ce samedi soir (pas avant 21h30) à Montréal. Où son entraîneur français, Thomas Perrin, a accepté de faire le point sur leur nouvelle collaboration, partie sur les chapeaux de roue.
Malgré une chute annoncée hors du Top 50, faut-il encore croire en Tsitsipas ?
Video credit: Eurosport
À Mélisey, en Haute-Saône, il y a deux types de personnes. Il y a Thibaut Pinot, qui a fait la brillante carrière cycliste que l'on sait, mais qui n'avait au fond qu'une envie, celle de retrouver sa campagne et ses bêtes. Et puis, il y a Thomas Perrin. Mêmes origines, mêmes initiales et quasiment le même âge (34 ans). Mais une trajectoire radicalement opposée puisque le jeune entraîneur franc-comtois, à défaut de percer en tant que joueur, l'a fait en tant que coach grâce, entre autres, à son envie de découvrir le monde, qualité indispensable pour exercer ce métier.
Bref. Si l'on vous parle aujourd'hui de Thomas Perrin, c'est parce que c'est lui qui, dans le cadre de l'académie Mouratoglou pour laquelle il travaille depuis six ans, a repris en mains, après Roland-Garros, la destinée de Stefanos Tsitsipas. Un moment charnière dans la carrière du Grec, qui venait de toucher le fond en matière de classement (88e mondial au début de leur collaboration) et de rompre définitivement les liens professionnels avec son père, que l'on n'a pas encore revu sur le circuit depuis. Son "Ground Zero" à lui, en quelque sorte.
Passée la saison sur gazon qui n'a jamais été sa préférée, avec une défaite d'entrée à Majorque contre Ignacio Buse puis une correction reçue des mains de Novak Djokovic au deuxième tour de Wimbledon, l'effet a été immédiat. Sur la terre battue de Gstaad, l'ancien numéro 3 mondial a renoué avec un titre qui le fuyait depuis 16 mois et son précédent sacre décroché à Dubaï, début 2025. Une première embellie qui, à l'époque, avait déjà suscité beaucoup d'espoirs. Mais qui n'avait pas été suivie d'effet, la faute notamment à une blessure au dos qui lui avait pourri le reste de la saison.
Et cette fois, est-ce que ce sera la bonne ? Rien ne permet encore de l'affirmer. Mais les premiers signaux sont encourageants. Battu d'entrée à Washington par Alex de Minaur la semaine dernière, notamment en raison d'un changement de surface et de continent pas simple à gérer (et accessoirement d'un adversaire solide), le Grec est arrivé très motivé à Montréal où, faute de wild-card, il jouera ce samedi soir le match (unique) des qualifications. Une situation qu'il n'avait plus connue en Masters 1000 depuis 2018.
Le fait de se séparer professionnellement de son père est une décision qu'il a mûrement réfléchie. Il ne se pose plus de questions par rapport à ça.
À en juger par l'intensité de la séance d'entraînement à laquelle nous avons pu assister, vendredi au stade IGA, le Grec, revenu aux portes du top 50 grâce à son titre suisse, semble avoir retrouvé l'appétit. "Il a vraiment la volonté de revenir au plus haut niveau et je crois à 100% qu'il peut le faire, sinon je ne serai pas là, nous a ensuite confié Thomas Perrin. Il est impliqué, réceptif et physiquement, son dos va bien. Il y a beaucoup de choses à remettre en place progressivement, et c'est ce à quoi nous travaillons."
Avant de commencer à collaborer au mois de juin, les deux hommes se connaissaient pourtant assez peu. Tsitsipas, qui aura bientôt 28 ans, est un habitué de longue date de l'académie Mouratoglou, mais il n'avait pas eu l'occasion d'y croiser souvent son nouveau coach. Qui, lui, a d'abord officié dans l'antenne dubaïote de l'académie, avant de revenir au siège à Sofia-Antipolis, où il s'est occupé de nombreux jeunes joueurs. Un choix qui colle avec la volonté du Grec d'ouvrir un nouveau chapitre.
"Après Roland-Garros, Stefanos a pris du temps pour lui, pour réfléchir à la manière dont il envisage son avenir, raconte le Franc-Comtois. Ce qui en est ressorti, c'est qu'il veut vraiment partir sur quelque chose de différent, avec une nouvelle équipe et un nouveau projet. Le fait de se séparer professionnellement de son père est une décision qu'il a mûrement réfléchie. Il ne se pose plus de questions par rapport à ça. Il voulait reprendre sa carrière en main, c'est fait. Mentalement, il est très motivé."
Sur le plan technique, les grandes manœuvres n'ont pas encore vraiment commencé. Il fallait, d'abord, construire une relation. "Avant de se lancer dans des chantiers, il faut apprendre à connaître et à comprendre la personne, poursuit Thomas Perrin. C'est facile, derrière la télé, de dire "il ne fait pas bien ci, il devrait jouer comme ça." Mais c'est autre chose d'essayer de comprendre les raisons qui empêchent le joueur de faire mieux. Après, on va évidemment s'appuyer sur ses points forts, notamment le service-coup droit, qui ont très bien fonctionné à Gstaad. Retrouver son fond de jeu va l'aider à retrouver confiance et à mettre en place d'autres axes de travail."
La priorité reste de lui donner une direction claire, basée sur ses points forts, et de s'y tenir quel que soit le score.
On pense bien sûr à ce fameux revers à une main, qui a cristallisé ces derniers mois les critiques, émanant parfois d'anciennes gloires du jeu. Des critiques auxquelles le Grec, que l'on sait sensible, a parfois mal vécues. "Quand on a été un ancien top joueur et qu'on a du mal à retrouver son niveau, n'importe qui dans sa situation aurait un peu plongé dans un état de détresse, confirme son coach. Face à quelqu'un qui est en difficulté, c'est facile de mettre en avant ses faiblesses. Mais Stefanos ne va se mettre au revers à deux mains juste parce que certains pensent que c'est fini ! On réfléchit à la manière d'optimiser son revers, notamment par l'utilisation du slice. Mais la priorité reste de lui donner une direction claire, basée sur ses points forts, et de s'y tenir quel que soit le score."
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"C'est triste ce qu'est devenu Tsitsipas"
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En termes d'objectif, la direction est limpide aussi : retrouver un statut de tête de série pour l'Open d'Australie 2027. Donc un classement adéquat en fin de saison, au terme de laquelle un premier bilan devrait être fait entre les deux hommes. Pour cela, Stefanos Tstispas n'a pas le choix : il lui faut repasser par le charbon des qualifications ici à Montréal mais aussi dans deux semaines, à Cincinnati. Un exercice imposé d'humilité qui n'a pas posé de souci particulier. Reste à le confirmer sur le terrain.
Là encore, Stefanos Tsitsipas n'a pas le choix. Car avant même le jeu, l'attitude est au cœur du "deal" moral passé avec sa nouvelle équipe. "Ce que j'attends vraiment de lui, c'est de voir un combattant sur le court en toutes circonstances, conclut Thomas Perrin. Et j'ai vu ça chez lui, même si à Gstaad, on a dû avoir une bonne discussion après son match contre Arthur Rinderknech, où il a eu tendance à beaucoup se plaindre. Ensuite, il s'est bien repris. S'il poursuit dans cette voie, le reste suivra. Des difficultés, c'est sûr, il y en aura. Mais ce n'est plus le moment de chercher des excuses. C'est le moment de trouver des solutions. Parce que je suis convaincu que son tennis est toujours là."
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