Boris Becker l’a magnifiquement résumé : "C'était un jour à marquer l'histoire du tennis". Oui, ce dimanche, à Melbourne, c’était l’histoire, la grande, qui escortait Daniil Medvedev et Rafael Nadal lors de leur entrée dans la Rod Laver Arena. Parce que l’enjeu était immense, parce que le duel était alléchant, parce que l’opposition de style était réelle et parce qu’avec ces deux-là, il fallait s’attendre à tout. A tout… sauf à ça, serait-on tenté d’écrire.
Dimanche, personne n’a vraiment compris ce qu’il s’est passé. Cette finale aura été un tourbillon d’émotions, un roller coaster fantastique et un thriller à l’issue toujours incertaine. S’il fallait un symbole, on vous conseille la réaction d’Alex Corretja sur la balle de match sur les antennes d’Eurosport en Espagne. "Avant d’être consultant, je suis un être humain. Et ce que j’ai vu, ce n’est pas racontable. Ce que vient de faire Nadal me paraît hallucinant…", a-t-il soufflé.
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Encore un set lâché mais Nadal est facilement passé
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Toni Nadal : "Quand il a perdu le second set, on a presque perdu espoir"

A l’heure où le terme "remontada" est employé à toutes les sauces, celui-ci colle pourtant parfaitement au scénario d’une finale où Nadal aura longtemps été dos au mur avant de se hisser au sommet. Quand, après avoir perdu les deux premiers sets, il a concédé trois balles de break à 2-2 dans la troisième manche, on ne donnait pas cher de sa peau. Pas grand monde à dire vrai.
"Même en ayant regardé Rafael Nadal depuis 15 ans, je ne pensais pas qu’il puisse le faire, a avoué John McEnroe. Je savais qu’il allait se battre, donner son meilleur, essayer des choses différentes, notamment avec les amorties, l’amener vers le filet, y aller aussi mais ça n’avait pas l’air d’impacter Medvedev". "Quand il a perdu le second set, on a presque perdu espoir, a d’ailleurs avoué Toni Nadal sur les antennes espagnoles d’Eurosport. Mais je faisais partie de ceux qui pensaient encore que Rafa pouvait gagner". Peut-être parce qu’il connaît parfaitement son neveu.
Jamais "le plus grand combattant de l’histoire", titre sur lequel le circuit est unanime, n’a lâché. Comment a-t-il fait ? En restant fidèle à ses principes, à l’écouter. "A ce moment-là, la situation est critique, a-t-il avoué en conférence de presse. Mais le sport est imprévisible non ? Même si tu te bats jusqu'au bout, la fin 'normale' serait de perdre en trois sets dans cette situation". Mais normal ne rime pas avec Nadal.

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"Je voulais me donner une chance"

"Rafa est en capacité de rester dans l’instant, a détaillé un Tim Henman lui aussi bluffé par le Majorquin. Je crois qu'une des clés c’est qu’il ne pense pas au cinquième set quand il est dans le troisième. Il commence à réduire cet écart, pour regagner de l’énergie à mesure que le match avance". "Je n’arrêtais pas de me dire pendant le match que j’avais déjà beaucoup perdu ici en ayant des opportunités, que parfois j’avais manqué de réussite, a encore expliqué Nadal. Donc je voulais juste y croire jusqu’à la fin. Je voulais juste me donner une chance". Elle a fini par arriver.
Car ce cinquième jeu du troisième set, sans forcément renverser la table, a pourtant changé le sens du vent. "Tout d’un coup, ça a permis au public de vraiment revenir dans le match et celui-ci a joué un grand rôle à mon avis", a estimé McEnroe à notre micro. Le Russe ne dira pas le contraire. La suite : une remontée incroyable et un finish à couper le souffle.
"Pour moi, c’est le plus grand come-back de l’ère Open, a carrément avancé Mats Wilander. Remporter le 21 titre du Grand Chelem, à 35 ans, 36 même quand viendra Roland-Garros, et il réussit à battre le meilleur joueur du monde en la personne de Daniil Medvedev, c'est en tout cas ainsi qu'on devrait l'appeler après sa victoire à l'US Open".

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A cette affirmation, McEnroe n’a pas trouvé grand-chose à redire. "C’est sûrement l’un des plus grands come-back eu égard aux circonstances, a-t-il appuyé. Malheureusement, je fais partie de la liste avec un match que j’ai perdu alors que je menais deux sets à zéro (face à Lendl, lors de la finale de Roland-Garros 1984, NDLR). En tout cas, c’est plus grand que de gagner après avoir été mené deux sets à zéro par Tsitsipas même si c’était un grand moment pour Novak de réussir à renverser ce match et gagner Roland-Garros pour la deuxième fois. Si vous prenez en compte le fait que Nadal n’avait plus joué depuis six mois, qu’il a eu une opération, qu’il a eu le Covid… Ajoutez-y l’affaire Djokovic alors que les deux étaient censés se croiser en demi-finale".
Sans s’aventurer dans les méandres de l’histoire du tennis, Nadal n’a eu que peu de doutes au moment de se pencher sur la sienne. "Si je mets tous les éléments ensemble, le scénario, la dynamique, ce que cette finale signifiait… Oui, sans l’ombre d’un doute, c’est le plus grand come-back de ma carrière".
Toujours ébranlés en plateau, c’est encore Alex Corretja et Toni Nadal qui ont eu le mot final.
- Corretja : "Tout ce qu’il avait fait avant cette finale, ça me paraissait impossible. Mais ce qu’il a fait aujourd’hui, pour moi, c’est un miracle".
- Toni Nadal : "En réalité, pour moi, tout ce qu’il a fait pendant deux semaines est un miracle. La vérité c’est que mon neveu est un grand champion".

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