Le contexte

Pareille domination sur le circuit féminin n’avait plus été vue depuis quelques temps. Peut-être faut-il d’ailleurs remonter à l’édition 2019 de l’Open d’Australie justement quand, à 21 ans, Naomi Osaka, déjà elle, remportait son deuxième titre en Grand Chelem consécutif. Une victoire dont elle avait pu alors pleinement profiter, quelques mois après avoir dominé Serena Williams en s’excusant presque après le psychodrame dont l’Américaine avait été l’actrice principale. Devenue numéro 1 mondiale dans la foulée, la Japonaise avait eu des difficultés à assumer son nouveau statut et sa starisation, laissant une nouvelle période d’instabilité s’ouvrir au sommet du tennis féminin.
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24/02/2021 À 17:44
Deux ans plus tard, revoilà l’intéressée, titrée pour la 3e fois en Majeurs l’été dernier à New York, dans la même position. A ceci près qu’une maturité nouvelle l’accompagne, et surtout qu’elle se sent mieux dans ses baskets. Pour illustrer cet état de fait, une statistique : Naomi Osaka en est à 20 victoires consécutives. Si elle n’a glané qu’un titre sur la période – forfaits en finale de Cincinnati et en demi-finale du Gippsland Trophy à Melbourne obligent –, la numéro 3 mondiale n’a donc plus connu la défaite depuis un 1er tour de Fed Cup sur terre battue face à l’Espagne en février, et sur dur depuis le 3e tour de l’édition précédente de… l’Open d’Australie voici plus d’un an.

Osaka : "J'espère que mon adversaire en finale sera un peu nerveuse"

La pandémie de coronavirus explique en large partie cette période d’invincibilité bien entendu, mais il n’en reste pas moins qu’Osaka ne sait plus perdre. Et c’est bien cet état de confiance absolue qui lui a permis de s’en sortir en écartant deux balles de match en huitième de finale du tournoi contre une excellente Garbine Muguruza. Il lui a conféré aussi une sérénité à toute épreuve face à Serena Williams, dont l’aura l’impressionne pourtant toujours, en demi-finale. Cette fois, Osaka semble donc bien avoir les épaules pour assumer le costume de patronne du circuit. Que peut donc faire Jennifer Brady qui dispute sa première finale en Grand Chelem pour la contrarier ? C’est toute la question.
Tête de série 22 du tournoi, l’Américaine n’était pas la plus attendue à ce stade, d’autant que, dans cette partie haute du tableau, la numéro 1 mondiale Ashleigh Barty s’était montrée plutôt convaincante avant de s’effondrer contre Karolina Muchova. Mais Brady ne sort pas de nulle part : elle est indéniablement sur une pente ascendante et restait sur une demi-finale majeure sur dur lors du dernier US Open, baissant alors pavillon contre une certaine… Naomi Osaka. Parfaite jusqu’en quart, elle a perdu ses deux premiers sets de la compétition contre sa compatriote Jessica Pegula puis donc face à Muchova, surpassée dans une fin de match au couteau. Si jouer une première finale en Grand Chelem n’a rien d’anodin, elle n’aura pas la pression du résultat. A elle d’en profiter.

Face-à-face

  • Naomi Osaka mène 2-0 dans ses confrontations sur le circuit WTA face à Jennifer Brady. Mais les deux jeunes femmes ont en fait croisé le fer à trois reprises depuis leurs débuts professionnels.
  • C’est d’ailleurs l’Américaine qui avait pourtant remporté leur premier duel qui remonte à 2014 au 1er tour du tournoi ITF de New Braunfels (6-4, 6-4). Osaka avait ensuite remis les compteurs à zéro en prenant le meilleur sur son adversaire sur le même score sur la terre battue du Premier de Charleston, quatre ans plus tard.
  • Mais leur match le plus significatif, car le dernier en date et le seul en Grand Chelem, ne date donc que de quelques mois en demi-finale à Flushing Meadows. Naomi Osaka en est sortie victorieuse, mais rien ne fut facile puisqu’elle avait eu besoin de trois sets pour l’emporter (7-6, 3-6, 6-3). Dans la foulée, elle était allée chercher le trophée face à Victoria Azarenka en finale.

Et une deuxième finale à New York pour Osaka : les temps forts de son combat contre Brady

Leurs parcours

Naomi Osaka
1er tour : bat Anastasia Pavlyuchenkova [RUS] (6-1, 6-2)
2e tour : bat Caroline Garcia [FRA] (6-2, 6-3)
3e tour : bat Ons Jabeur [TUN/N.27] (6-3, 6-2)
1/8e de finale : bat Garbine Muguruza [ESP/N.14] (4-6, 6-4, 7-5)
1/4 de finale : bat Su-wei Hsieh [TWN] (6-2, 6-2)
1/2 finale : bat Serena Williams [EU/N.10] (6-3, 6-4)
Jennifer Brady
1er tour : bat Aliona Bolsova [ESP] (6-1, 6-3)
2e tour : bat Madison Brengle [EU] (6-1, 6-2)
3e tour : bat Kaja Juvan [SLO/Q] (6-1, 6-3)
1/8e de finale : bat Donna Vekic [CRO/N.28] (6-1, 7-5)
1/4 de finale : bat Jessica Pegula [EU] (4-6, 6-2, 6-1)
1/2 finale : bat Karolina Muchova [RTC/N.25] (6-4, 3-6, 6-4)

Elles ont dit

Naomi Osaka : "J’ai joué Brady à l’US Open, c’était un match de super haute qualité. Pour moi, ce n’est pas vraiment surprenant de la voir à ce niveau. J’aurai notre duel à New York à l’esprit. Je n’ai pas eu le temps de vraiment regarder beaucoup de ses matches depuis, mais je sais que je joue un petit peu différemment de mon côté. Je pense que mes retours sont meilleurs, mais je ne vais pas en dire plus."
Jennifer Brady : "Je ne sais pas comment je vais me sentir samedi. Je peux dire que je vais profiter du moment, juste essayer de jouer au tennis et ne pas vraiment penser au reste. Mais il y aura des moments, des jeux, des points pendant lesquels je vais penser : ‘Wow, ça pourrait être mon premier titre en Grand Chelem.’ Il s’agit donc plus de contrôler ces émotions, vraiment."

Brady s'offre une première finale : le résumé de sa victoire face à Muchova

3 stats à avoir en tête

0. Avant cette finale, Jennifer Brady n’a rencontré aucune membre du Top 20 dans cet Open d’Australie. De son côté, Naomi Osaka a eu plus fort à faire avec deux gros tests passés avec succès face à Garbine Muguruza et Serena Williams. Gare à ne pas être surprise par le changement brutal de niveau pour l’Américaine.
52,3. C’est le pourcentage de premières balles de Naomi Osaka en moyenne depuis le début du tournoi. Une chiffre assez bas pour une serveuse de cette qualité. Elle n’a même servi que 45 % de premières contre Serena Williams, ce qui ne l’a pourtant pas empêchée de l’emporter avec autorité. Dans ce domaine, Brady fait même… moins bien, puisque l’Américaine n’a passé que 51,5 % de premiers services sur ses six premiers matches.
3. Les trois dernières finales dames à Melbourne sont allées au bout des trois sets, garantissant un certain suspense. C’est même le cas pour quatre des cinq dernières éditions, Serena Williams étant la seule à l’avoir emporté en deux manches durant la période contre sa sœur Venus.

Notre avis

Autant enfoncer une porte ouverte d’emblée : Naomi Osaka a les clés de ce match dans les mains. La numéro 3 mondiale fait tout un peu mieux que Jennifer Brady, même si l’Américaine n’est pas en reste et met aussi beaucoup de poids et de puissance dans sa balle. La Japonaise est plus vive, plus explosive, son petit jeu de jambes est sans doute actuellement le meilleur du circuit, ce qui lui permet d’être quasiment toujours bien placée au moment de frapper la balle. Elle fixe ainsi très bien ses adversaires, Serena l’a notamment appris à ses dépens, se retrouvant fréquemment clouée sur place en défense.

"Osaka, elle a cette petite danse de la pointe des pieds qui lui permet d'anticiper"

Un autre facteur joue clairement en faveur de la Japonaise : son sang-froid dans les moments chauds et les grandes occasions. Trois fois déjà, elle a disputé une finale de Grand Chelem. Trois fois, elle l’a gagnée. De quoi aborder l’événement avec une sacrée confiance, renforcée en plus par sa série impressionnantes de victoires. Si Jennifer Brady a du feu dans sa raquette des deux côtés, avec entre autres un revers long de ligne dévastateur et un coup droit enroulé assez illisible et lourd, comment gérera-t-elle cette première grande occasion ? Elle-même ne le sait pas.
L’Américaine a les coups pour poser des problèmes à la numéro 3 mondiale, elle l’a prouvé à New York. Et si elle se persuade qu’elle n’a rien à perdre et joue totalement libérée, cette partie pourrait prendre une belle dimension. Mais en s’effondrant sur la Rod Laver Arena secouée par les sanglots et l’émotion à l’issue de sa demie contre Muchova, Brady a peut-être d’ores et déjà joué sa finale inconsciemment. On voit mal en tout cas Osaka se rater et il se pourrait bien que le match tourne court.
Notre pronostic : Naomi Osaka en 2 sets.

Naomi Osaka - Open d'Australie 2021

Crédit: Getty Images

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