"Enfin ! Pour une fois…" : Stefanos Tsitsipas l’a dit dans un sourire mais son constat était pourtant bien sincère. Enfin, pour une fois, le tirage au sort d’un Majeur a épargné la "NextGen". Novak Djokovic, Rafael Nadal et Roger Federer dans le haut du tableau, c’était l’assurance qu’un seul de ces trois-là pourrait rallier la finale. Forcément, tous les yeux se sont alors tournés vers lui : vainqueur à Monte-Carlo et Lyon, finaliste à Barcelone, l'Apollon grec était attendu au tournant, et avec lui Sascha Zverev.
Mais un invité de dernière minute s’est ajouté à la liste : l’inattendu Daniil Medvedev. Non pas que le Russe soit un inconnu du circuit, la preuve il est tête de série numéro 2, mais on ne l’attendait pas à pareille fête et lui non plus, sans doute. "Je pense que Tsitsipas, Zverev et moi, on est contents de les avoir dans l’autre partie de tableau, a d’ailleurs admis le Russe dimanche en référence au fameux Big Three. Parce que ça veut dire qu’on peut arriver en finale sans se frotter à eux, et avoir une chance de les battre en finale, ce qui reste notre meilleure chance".
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Tsitsipas n’en pense pas moins mais cogite sans doute un peu plus. Car ce mardi, c’est bien avec Medvedev qu’il va croiser le fer. Et ça ne l’enchante guère. Le jeu du Russe, si atypique, est le meilleur antidote au tennis offensif du Grec. "C'est juste pénible de jouer contre lui, vous n'êtes jamais à l'aise", avait ainsi expliqué Tsitsipas en 2019. Deux ans plus tard, il n’a trouvé la clé qu'à une seule reprise.
A Londres, lors du Masters, c’est avec un soulagement infini qu’il avait savouré sa première victoire sur son rival russe. Sa seule jusqu’à présent. "Cette victoire veut dire plus que beaucoup de choses pour moi, avait-il avancé. Je l’ai attendue pendant très longtemps et c’est génial que j'y sois arrivé à ce moment". Ce succès londonien sonnait comme une fin en soi pour lui, à même de briser le signe indien. Mais le mauvais sort Medvedev semble encore planer au-dessus de son crâne.

Stefanos Tsitsipas et Daniil Medvedev lors de leur demi-finale à Melbourne

Crédit: Imago

Miami, le début de l’histoire

Au fond, tout s’est noué très tôt entre ces deux-là. A Miami, en 2018, au cours d’un premier tour qui aura laissé des traces. Après un match frustrant pour le Grec, perdu au 3e set (2-6, 6-4, 6-2), il lâche un "Bullshit Russian" à destination de son adversaire. Poignée de mains glaciale et réplique de Medvedev sur le court : "C’est un petit garçon qui ne sait pas se battre". Un incident qui aura laissé des traces mais surtout presque entériné la supériorité du protégé de Gilles Cervera sur celui de Patrick Mouratoglou.
Car entre cet accroc de Miami et la défaite londonienne, Medvedev aura toujours pris l’ascendant : à Flushing, à Bâle, à Monte-Carlo ou Shanghaï, Tsitsipas ne parvient jamais à totalement déboulonner le Russe. Dans la raquette, peu de choses les séparent. Mais le mind-game imposé par l’actuel numéro 2 mondial est terrible. Alors, forcément, quand vient Londres, on pense à un déclic.

Stefanos Tsitsipas après sa victoire sur Daniil Medvedev au Masters 2019 à Londres

Crédit: Getty Images

Ce soir-là, Tsitsipas met de l’eau dans son vin. "Je n’ai jamais dit que je ne l’aimais pas, souligne-t-il. Clairement, notre alchimie n’est pas la meilleure qu’on puisse avoir sur le circuit, mais ça peut arriver, on ne peut pas aimer tout le monde. Donc je ne le déteste pas, mais disons que je n’irais pas dîner avec lui. Par contre, vous pouvez être sûr que je le respecte".

6-1 et le coup de massue de Melbourne

Vient Melbourne 2021 et une nouvelle claque pour Tsitsipas, corrigé en trois sets après une prestation éblouissante du Russe. "Il est devenu Daniil Medvedev pendant trois sets d’affilée", explique-t-il après sa demi-finale perdue avant de presque soutenir la candidature de son bourreau pour se couronner en finale. Ça épicerait un petit peu les choses de changer de noms dans la liste des vainqueurs en Grand Chelem. Ce ne serait pas mal". Vous connaissez la suite de l'histoire.

46 coups gagnants pour une perf' XXL : Medvedev a surclassé Tsitsipas

Alors, pourquoi Medvedev lui cause-t-il autant de souci ? "Il lit vraiment bien le jeu, il a ce service incroyable que je décrirais bien comme proche de celui de John Isner, avait-il expliqué en Australie. Et il a un tennis de fond de court fantastique, ce qui rend la tâche extrêmement difficile. Donc même si vous parvenez à le retourner, vous êtes loin d’avoir le point garanti. Il faut vraiment travailler dur pour le gagner". "Il sert vraiment bien, je dois le dire, a-t-il ajouté dimanche. Il a vraiment progressé dans ce domaine et c’est quelque chose auquel je vais devoir faire face".
Ce mardi, avant d’entrer dans l’arène, Tsitsipas est donc mené 6-1 dans leur historique personnel. Mais à l’écouter, le Grec n’a aucune intention de surjouer ou de tenter un coup. Il l’assure, une victoire passera d’abord par sa performance à lui, sans regarder celle de son ennemi de l’autre côté du filet : "Avec le niveau que j’ai eu jusqu’à présent, j’ai l’impression que je ne dois pas plus penser à qui j’affronte ou pas, je dois juste jouer mon jeu et le reste viendra de lui-même".
De son côté, Medvedev a été moins loquace au moment d’évoquer son adversaire. Mais excellent pour décrire finalement le défi auquel va se frotter Tsitsipas mardi sur le Central. "Ici, comme je l’ai dit avant chaque match, pour me battre, mon adversaire va devoir bien jouer, a-t-il estimé avant de se pencher sur le cas du Grec. Si on regarde les résultats sur terre, il est clairement Top 3, Top 4 avec Sascha, Novak, Rafa. Donc j’ai hâte de disputer ce match et de voir ce que je peux lui proposer". C’était dit avec un petit sourire en coin, comme si son plan était déjà établi…
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