L'antisèche de la finale Alcaraz-Sinner : La légende et le prodige
Eurosport sur GoogleCarlos Alcaraz s’est relevé de tout ce dimanche en finale de Roland-Garros pour conserver sa couronne après un combat épique, au scénario légendaire, achevé dans un super tie-break qu’il a survolé (4-6, 6-7, 6-4, 7-6, 7-6). En sauvant trois balles de match dans la quatrième manche, il a renversé une situation plus que mal embarquée. Son sacre est celui d’un mental d’exception. Notre antisèche.
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Le pourquoi du comment
Peut-être fallait-t-il s’y attendre à cette folie, à cette finale indécise, délicieuse, spectaculaire et au final haletant. Dès le premier jeu, long de 12 minutes, les ogives ont plu sur le court Philippe-Chatrier et les titans se sont expliqués. Au démarrage, ce fut Carlos Alcaraz le plus entreprenant et le plus saignant sur les jeux adverses. Mais ses ratés sur les balles de break ont redessiné une dynamique finalement longtemps à sens unique. Comme face à Novak Djokovic en demi-finale, Jannik Sinner fut trop endurant, trop puissant, trop dominant pour laisser espérer une autre issue que la défaite à l’Espagnol.
Par ses fulgurances, "Carlitos" a survécu mais on le sentait noyé et sans vraie solution face à l'horlogerie adverse. Le créatif n'avait aucun espace artistique, harcelé dans le jeu en cadence et dans l'incapacité de casser le rythme avec ses effets ou ses amorties. Au mental, en allant parfois chercher le public – ce que n'a jamais su/voulu faire Sinner -, il a serré les dents et tenu bon. Même en cédant le premier set sur un break. Même en courbant l'échine dans le tie-break de la seconde manche. Il a su attendre une faille, une seule, pour s'y immiscer.
Au début de la troisième manche, alors que Sinner avait breaké d'entrée, il s'est offert un débreak inattendu. Rien ne fut linéaire, jamais dans cette finale. Mais le voir remporter le troisième set revêtissait une forme de logique. Reste que l'impression générale restait la même : quand Sinner veut, Sinner gagne. A 3-3 dans le quatrième set, il a réappuyé sur la pédale d'accélérateur - si tant est que cela soit possible vu le bruit engendré par ses coups de raquette - pour s'offrir un break décisif, pensait-on. Le char d'assaut italien avançait sans se retourner, au point de mener 5-3, 0-40 sur service adverse. La fin était proche, Alcaraz était dans les cordes.
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Alcaraz.
Crédit: Getty Images
Mais ce gamin est fait d'un autre bois, celle des champions aux nerfs d'acier, des géants avec du cran. Patiemment, en s'appuyant sur un public acquis à sa cause et en comptant sur un Sinner soudainement moins patient, il a effacé les trois balles de match. Avant d'enquiller comme si rien ne s'était passé pour rafler la quatrième manche.
Le vent avait tourné. Mais il n'avait pas encore choisi son vainqueur. Malgré un break en poche, Alcaraz coinça au moment de servir pour le match. Dès lors, cette finale, déjà transportée par une autre dimension, rentra d'emblée dans la légende. A 5-5, ce fut un ballet sur un fil, un combat de chaque instant ou le public du Chatrier retenait son souffle à chaque balle flottante et éructait de joie à chaque folie, qui furent nombreuses. A ce petit jeu-là, dans le sublime et l'inattendu, Alcaraz était à domicile.
C'est après un super tie-break joué à la perfection, où il mena 7-0, que le prodige s'auto-proclama roi de Roland-Garros à nouveau. Il n'a pas survolé sa quinzaine, ni même sa finale. Mais même en étant imparfait, il reste un champion. Carlos Alcaraz, dans toute sa splendeur.
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Carlos Alcaraz
Crédit: Getty Images
Le moment-clé
Pas très compliqué à identifier. 19h12 : Sinner mène deux sets à un, 5-3 et 0-40 sur le service d'Alcaraz. La fin est proche, presque écrite. L'Italien, trop fort, va réclamer son dû, étendre son royaume et sa domination à l'ocre parisien. D'une défense liftée et d'un coup de patte croisé, Alcaraz en efface une. Sinner en gâche une autre sur son retour de revers trop long avant d'en rater une troisième sur un énième coup de défense adverse qu'il renvoie dans le filet. Il n'y aura plus de balle de match pour l'Italien.
Porté par une euphorie légitime et par un public avide de sensations fortes, l'Espagnol s'envole pour empocher la quatrième manche. Sinner ne s'est pas écroulé. Alcaraz a simplement ressuscité.
La stat : 3
Ils sont neuf dans l'histoire à avoir réussi à emporter une finale de Grand Chelem après avoir cédé les deux premières manches. Mais ils ne sont que trois à avoir décroché la couronne en sauvant des balles de match dans l'ère Open. Gaston Gaudio ici-même face à Guillermo Coria en 2004, et Novak Djokovic à Wimbledon en 2019 face à Roger Federer. C'est dire la rareté de ces renversements de situation dans des décorums pareils. C'est dire la folie réussie par Alcaraz.
La décla : Carlos Alcaraz, sur France Télévisions
Quand j’étais moins bien, je n’avais plus de force, j’ai essayé de penser à Rafa, à toutes les remontadas qu’il a faites
La question : Alcaraz, vainqueur de la plus grande finale de l'histoire ?
Il conviendra de se poser, à froid, sur ce scénario de légende, que seul le tennis au meilleur des cinq sets est capable d'offrir. Les spécialistes se chargeront de donner sa juste place à cette finale dans les grimoires d'histoire. L'essentiel est finalement ailleurs, dans ces moments suspendus qui auront jalonné cette finale, dans cette furieuse impression de chaos après chaque point et dans ce combat entre deux gladiateurs disputé sur un fil au-dessus du vide. Il y avait de quoi avoir le vertige.
Aucun des deux ne l'a vraiment eu, pas même Sinner au moment de conclure. Ce n'est pas son bras tremblant qui a privé l'Italien de son premier sacre ici. C'est la curieuse impression que l'Histoire avait choisi son poulain, que le destin voulait, à nouveau, adouber un prodige. De Carlos Alcaraz, on a dit beaucoup avant et pendant cette quinzaine. Tantôt brillant, tantôt frustrant : tel est son ADN et sa peine. À trop en attendre de lui, on en vient parfois à être déçu.
Mais, plutôt que ses formidables fulgurances, il faut souligner ce dimanche son incroyable ténacité. Jamais il n'a perdu en cinq finales de Grand Chelem. Il n'y a pas de hasard. Ce dimanche, malgré tous les signaux qui pointaient en direction de Sinner, il n'a jamais baissé les bras et a toujours cherché à faire dérailler le scénario dessiné par la domination adverse. Cette négation de la défaite est un don rare, qui ne s'apprend pas. C'est peut-être la plus belle arme d'un joueur qui dispose pourtant d'un arsenal rarement vu dans l'histoire de ce sport. C'était une finale de légende sublimée par le cran d'un géant.
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Carlos Alcaraz après sa victoire de légende face à Jannik Sinner à Roland-Garros
Crédit: Getty Images
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