Tsonga, Simon, Gasquet, Cornet ou l'art de la transmission : quand les "ex" débarquent au chevet du tennis français
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 28/11/2025 à 15:00 GMT+1
Parfois critiqué pour sa tendance au repli sur soi, le tennis français semble aujourd'hui enclin à l'ouverture. À l'image de Jo-Wilfried Tsonga via la Team BNP Paribas Jeunes Talents, de Richard Gasquet et Alizé Cornet à la FFT ou de Gilles Simon qui frappe à la porte, nos "ex"-gloires s'investissent désormais en masse dans la transmission. Ce qui, en France, n'a pas toujours coulé de source.
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La fin de l'année approche et traditionnellement, l'heure du bilan aussi. Celui du tennis français, qui s'est achevé sur une note amère avec la défaite en Coupe Davis face à la Belgique, aura été en 2025 d'un peu toutes les couleurs. Fait de promesses et de déceptions. De coups d'éclat fumants et de blessures frustrantes. Le tout parsemé de beaucoup d'émotion, avec les retraites de Richard Gasquet, Caroline Garcia, Alizé Cornet et Nicolas Mahut, plus l'annonce de Gaël Monfils (ce sera pour fin 2026) et en attendant d'en savoir plus sur l'avenir de Lucas Pouille, blessé de longue date.
Pour la plupart d'entre eux, la petite mort n'aura pas été très douloureuse. En tout cas, pas longtemps. Avant même de savoir s'il pourra un jour retrouver le chemin des courts, Pouille est devenu le coach à succès d'Arthur Rinderknech, tandis que Richard Gasquet et Alizé Cornet ont très vite rejoint la FFT, le premier en tant que membre de la nouvelle cellule Expert créée en septembre dernier par le responsable du haut niveau fédéral Ivan Ljubicic, la seconde en tant que manager des équipes de France féminines.
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Pas vraiment une surprise : Richard comme Alizé avaient balisé le terrain en manifestant à plusieurs reprises leur envie de se tenir à disposition du tennis français, et plus particulièrement de la jeunesse. "A la fin de ma carrière, j'ai décidé de passer mon Diplôme d'Etat justement pour cela, dans le but d'effectuer des missions de transmission, nous disait récemment Alizé Cornet, avant même sa nomination à la tête de la sélection nationale. Cette passion du tennis qui brûle toujours en moi, j'ai eu l'envie de la communiquer à d'autres. Servir autrement la cause du tennis, donner un autre sens à mon expérience, c'est aussi quelque chose qui m'a aidée à tourner la page de ma propre carrière."
Quand j'ai commencé ma carrière, certains anciens m'ont aidé, d'autres beaucoup moins...
Ce cycle naturel de la reconversion via la transmission paraît couler de source. Ça n'a pas toujours été le cas en France, du moins si l'on compare à d'autres pays. L'Espagne par exemple, où le compagnonnage est presque un art de vivre. "Quand j'ai commencé ma carrière, certains anciens comme Arnaud Clément m'ont aidé, d'autres beaucoup moins, raconte pour sa part Nicolas Mahut, très vite "recasé" lui aussi en tant qu'entraîneur de Benjamin Bonzi. Aujourd'hui, on sent que les joueurs de ma génération ont envie de transmettre. Il faut profiter de leur disponibilité car c'est une vraie chance pour les jeunes. Leur transmission est précieuse car le temps que l'on perd à se débrouiller seul, on ne le rattrape jamais."
On n'ira pas jusqu'à dire que c'est l'élément qui a privé la France du moindre titre du Grand Chelem – chez les hommes – depuis celui de Yannick Noah à Roland-Garros en 1983. La cause de cette traversée du désert est certainement multifactorielle. Mais le fait est que pour des raisons culturelles ou contextuelles, les anciens champions français étaient, jusqu'à un passé récent, assez peu enclins à vouloir se dédier à leurs héritiers une fois leur carrière terminée. Voire, parfois, pas loin de vouloir leur savonner la planche. Un manque, forcément. Richard Gasquet, qui - selon un titre fameux - aurait peut-être dû être "ce champion que la France attend", a souvent fait part de ses regrets de n'avoir pu s'appuyer sur une épaule suffisamment solide au moment où il en avait le plus besoin.
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Aujourd'hui, les temps ont changé et l'art de la transmission est quasiment en train de s'institutionnaliser. La FFT a créé cette année, on l'a dit, une cellule Expert que devraient rejoindre très rapidement quatre autres retraité(e)s, comme l'a récemment indiqué Ljubicic. C'est aussi dans cette optique qu'elle avait participé en 2018 à la création de la Team BNP Paribas Jeunes Talents, une cellule créée et financée par sa banque-partenaire historique et qui, comme son nom l'indique, a pour dessein d'accompagner de jeunes espoirs, financièrement ou en termes de formation.
L'espoir tricolore Moïse Kouamé (16 ans), dont la progression a été freinée cette année en raison d'une fracture au dos similaire à celle connue au même âge par Arthur Fils, est récemment devenu le cinquantième joueur français à en bénéficier, lors d'une "promotion" dont ont également fait partie le vainqueur de Petits As Mario Vukovic ou les champions de France 13-14 ans Mila Bastianelli et Samuel Dakessian. Mais aussi, avant eux, des joueurs comme Arthur Cazaux, Elsa Jacquemot, Luca Van Assche ou Diane Parry. Et désormais quelque 150 pépites dans le monde, notamment aux États-Unis avec le concours des frères McEnroe, en Belgique avec Justine Henin ou au Canada avec le père de Felix Auger-Aliassime.
La transmission est l'essence de ce que je fais aujourd'hui à travers mes différentes activités. Je considère que c'est à mon tour de partager ce que j'ai appris des autres.
Récemment présent à Paris dans le cadre d'un des séminaires annuels de la Team, dont il est le parrain depuis le début en 2018, Jo-Wilfried Tsonga a, ainsi, fortement placé sa retraite sous le signe de la transmission. "J'en ai moi-même bénéficié plus jeune mais c'est vrai que j'ai pu constater aussi, à certains moments de ma carrière, un manque d'échange avec les anciens, relate l'ancien numéro 1 français. C'est pour cela que la transmission est quelque chose qui me tient à cœur. C'est d'ailleurs l'essence de ce que je fais aujourd'hui à travers mes différentes activités, que ce soit à la All In Academy ou via la Team BNP. Je considère que c'est à mon tour de partager ce que j'ai appris des autres ou de mon expérience."
"Ce manque de relais entre les anciens et les jeunes, c'est clairement un truc qui a longtemps manqué au tennis français et c'est une erreur qui est en train d'être réparée, abonde Alizé Cornet. A mon époque, on réglait les problèmes quand on y faisait face mais on n'avait aucune expérience. Mes parents ont beaucoup pataugé dans la semoule ! Il y a désormais une volonté de gommer ce côté autodidacte. Cela passe par des choses simples. Les filles ont mon numéro et peuvent m'appeler à tout moment pour discuter. La transmission, cela doit être quelque chose de fluide et de naturel."
Le vouloir est une chose, encore faut-il le pouvoir aussi, en accédant aux postes adéquats. Recalé, comme Jo-Wilfried Tsonga, du capitanat de coupe Davis qu'il briguait il y a deux ans, Gilles Simon est venu le rappeler sur nos antennes en ce début de semaine. Invité de notre émission "Retour gagnant" et interviewé sur ce site, le Niçois, comme il l'avait fait il y a cinq ans dans son livre, a réitéré sa volonté d'investir une mission au CNE, et ses regrets de voir la France pas forcément à sa place au sommet du tennis mondial, en raison dit-il d'une "déperdition au niveau de la formation qui fait qu'un joueur qui pourrait gagner un Grand Chelem, chez nous, il va être 10e mondial."
Le "changement de logiciel", réclamé et évoqué par "Gillou", passe-t-il par cette démarche quasiment testamentaire qui semble porter tous nos anciens dans une sorte d'élan commun ? C'est en tout cas un premier pas qui va plutôt dans le bon sens. L'esprit d'ouverture, la mutualisation du savoir et de l'expérience n'ont, après tout, jamais fait de mal à personne, même dans le plus individualiste des sports individuels.
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