Pas touche au "roi" : Comment l'Italie a protégé Jannik Sinner depuis son affaire de dopage

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Blanchi par un tribunal indépendant après avoir été testé positif au clostébol à deux reprises en mars 2024, Jannik Sinner, grand vainqueur de l'US Open dimanche, a vu son pays faire bloc derrière lui après la révélation de cette affaire. Médias, supporters, instances... Toute l'Italie a défendu celui qui, à seulement 23 ans, continue d'écrire l'histoire nationale de son sport.

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"Jannik Sinner positif à cause d'un médicament : il est innocent".  En ce mardi 20 août 2024, La Gazzetta dello Sport ne veut affoler personne. Alors, pour prévenir ses abonnés de la révélation de l'affaire de dopage qui concerne le héros national, elle décide d'envoyer une alerte où toutes les informations sont données, mais où chaque mot est pesé.
Dans son chapô, le quotidien aux pages roses précise d'emblée qu'il s'agit d'une quantité "infime" de clostébol et que la notion de non-intentionnalité a été retenue par un tribunal indépendant, ce qui "innocente" sans contestation possible le numéro un mondial. "Il perdra seulement le prize money et ses points. Mais Jannik est innocent et pourra jouer l'US Open", ajoute le média sportif transalpin le plus lu de l'autre côté des Alpes. Pas de panique, donc. Une fois le pays tranquillisé, place aux explications.
Sinner a subi en mars 2024 deux contrôles antidopage positifs à huit jours d'intervalle : le 10 mars durant le tournoi d'Indian Wells et le 18 mars hors compétition mais juste avant le tournoi de Miami. Des quantités infimes de clostébol ont été retrouvées dans ses urines. L'Italien s'est défendu en expliquant avoir subi "une contamination par un membre de son staff, qui avait appliqué sur sa propre main un spray en vente libre contenant du clostébol pour soigner une petite blessure", selon l'Agence internationale pour l'intégrité du tennis (Itia).
Explication acceptée par l'agence qui a dévoilé mardi l'affaire tenue secrète jusque-là. Mais rapidement, une partie du circuit prend position et s'étonne du traitement réservé au joueur transalpin. Pouille, Kyrgios... Les voix s'élèvent et s'indignent un peu partout. Seul contre (presque) tous, Sinner peut alors compter sur son pays, qui décide de faire bloc derrière lui.

Pas touche à Jannik

Si tout n'a pas toujours été rose entre le numéro un mondial et les médias locaux, l'unité est cette fois de rigueur. Les querelles du passé, déjà oubliées depuis pas mal de temps, sont cette fois enterrées définitivement. On ne touche pas au numéro un mondial. Et bas les pattes du héros national, dont la dimension dépasse aujourd'hui le simple cadre du sport. "Il est innocent" peut-on lire à l'époque sur les sites du Corriere dello Sport et Tuttosport, les deux autres quotidiens sportifs du pays. Le lendemain, le ton est le même dans les pages écrites. Pas question de remettre en cause l'intégrité de Sinner.
"Positif, mais déjà innocenté (...) Tout cela provient du spray utilisé par un membre du staff", rapporte en Une de La Gazzetta dello Sport. La presse généraliste s'en mêle aussi, vrai révélateur du statut pris par le joueur de l'autre côté des Alpes. "Accusé et innocenté, il a été trahi par les mains de son masseur", titre la Repubblica. "L'erreur provient de son staff, Sinner est innocent", clame le Corriere della Sera, quotidien le plus lu du pays. "Positif et innocent", indique Il Messaggero, qui estime toutefois qu'un tel champion "devrait être mieux géré". Et qu'une telle faute ne devrait pas arriver. Un avis partagé par beaucoup. Quelques semaines plus tard, Sinner décide de se délester de son kinésithérapeute, Giacomo Naldi, et de son préparateur physique, Umberto Ferrara.
Les critiques ? Des crétins et des frustrés
Du côté des instances, on se mobilise aussi. Hors de question d'abandonner celui qui fait rayonner tout un mouvement et déclenche des inscriptions à la pelle. "On a eu peur, mais il en sortira plus fort, déclare le président de la Fédération italienne de tennis Angelo Binaghi le 21 août. Je crois que personne n'aurait parié un euro sur un cas de dopage de Sinner, ils auraient probablement plus misé sur un braquage de banque. L'affaire a été éclaircie dans les moindres détails. Tous les doutes sont levés. Les critiques proviennent des plus crétins et des plus frustrés, notamment ceux qui avaient plus de qualités techniques pour devenir numéro un mondial et ont failli comme des misérables. La frustration amène ces commentaires." Nick Kyrgios a dû apprécier.
Pas toujours tendre avec les joueurs italiens, Nicola Pietrangeli prend lui aussi la défense de Sinner. "Je suis certain qu'il est propre, et si j'étais lui, je me ferais rendre l'argent gagné avec mérite à Indian Wells. Je ne comprends pas pourquoi on lui a retiré sa prime et ses points tout en le considérant innocent. Ce tribunal indépendant ne me convainc pas tellement, c'est une 'demi-décision', ça me laisse dubitatif", déclare-t-il alors au Corriere dello Sport.
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US Open : Top 5 Sinner

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Adriano Panatta lui emboîte le pas. "Je suis absolument et fermement convaincu de son intégrité, assure l'une des légendes du tennis transalpin sur le plateau de la Rai. Certains se plaignent sur le fait que d'autres joueurs ont été punis. Mais soit ils ont fait appel, soit les appels en question ont été rejetés."
Dans les coulisses du circuit, les rangs italiens se resserrent. "C'est impressionnant de voir comment il a réussi à gérer tout ça, surtout à son âge. Il a obtenu d’excellents résultats malgré tout. Je suis absolument certain qu'il s'agit d'une erreur", se félicite son ami Matteo Berrettini. Personne ne doute du numéro un mondial. Et toute cette vague de soutien va l'aider à se surpasser durant cet US Open. Jusqu'à le porter au grand triomphe de dimanche, ce qui lui a valu d'être qualifié de "roi" dans les colonnes de la Gazzetta le lendemain.
"C'est grâce à mes proches qui étaient là au quotidien, des gens qui me connaissent depuis mon enfance, ma famille et mon équipe qui m'encouragent tous les jours, a confirmé Sinner après sa finale victorieuse contre Taylor Fritz. J'essaie de toujours rester avec eux, surtout dans les moments difficiles, car je sais qu'ils sont alors une aide précieuse. C'est toujours (l'affaire) un peu dans mon esprit. Mais quand je suis sur le court j'essaie de me concentrer sur mon jeu, de gérer les choses le mieux possible. Ça n'a pas été facile mais je pense avoir fait un super boulot mentalement en restant présent sur chaque point."
Pendant ce temps, Angelo Binaghi, lui, a cherché Nick Kyrgios dans les travées de Flushing Meadows. "Mais je ne l'ai pas vu...", a ironisé le patron de la Fédération italienne de tennis sur le plateau de la chaîne transalpine SuperTennis. Avant de conclure : "Il a mis tous ses détracteurs en file indienne. Et il a donné une sacrée leçon à chacun." Morale de l'histoire : toucher à Sinner, c'est maintenant toucher à toute l'Italie. Avec le risque de se la mettre à dos.

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