En sport, peu importe lequel, la prise de date existe. Il y a deux façons de la voir devenir réalité : soit après un échec, si traumatisant qu'il vous change, soit après être passé tout près de décrocher son Graal personnel. Dans le cas d'Alexander Zverev, impossible de le classer quelque part pour le moment. Le 4e mondial n'a encore que 24 ans et il a encore une grosse partie de sa carrière devant lui. Son parcours jusqu'ici est plus qu'honorable. Il est même bon, bien que le longiligne droitier soit un personnage complexe. Vainqueur de cinq Masters 1000, du Masters en 2018, tout frais champion olympique, 4e mondial, "Sascha" pèse assez lourd alors qu'il n'a même pas 25 ans.
Vérité absolue et factuelle : il excelle sur des rencontres en deux sets gagnants. Il est probablement le meilleur du circuit dans cet exercice. Bien évidemment, pour lui, comme pour d'autres, la priorité reste d'épingler un Grand Chelem à sa besace. Avoir un Grand Chelem, c'est avoir sa carte de membre dans un club bien select. Pour le moment, Zverev se fait refouler à l'entrée par le videur, alors qu'il a mis un joli costume et ciré ses chaussures. Oui, mais voilà, tout beau soit ce costume, "Sascha" ne sait pas faire un noeud de cravate correctement. Pour cela, il faut de la pratique.
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En Grand Chelem, c'est pareil, il faut des kilomètres. Zverev coince encore au meilleur des trois sets car il n'a pas encore tout assemblé, mentalement et techniquement, sur ces rencontres où il faut plus de contrôle, principalement pour battre meilleur que soi. Il a déjà réussi à gravir une marche importante : il a largement amélioré ses résultats depuis deux ans. Depuis l'Open d'Australie 2020, où il a joué sa première demi-finale, il a toujours accédé à la deuxième semaine, partout. Il n'avait jamais fait ça avant.

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Je m'en souviens, j'ai toujours ce souvenir dans un coin de ma tête
Le 4e mondial attaque cet US Open 2021 dans un contexte particulier. Il en est le finaliste sortant et cette première défaite en finale de Grand Chelem lui a fait mal, très mal. Il y a un an sur le court du Stadium Arthur-Ashe, le joueur de Hambourg avait failli décrocher la timbale. Face à un Dominic Thiem méconnaissable, il avait mené deux manches à rien, avant de disparaitre à son tour. Il avait ensuite servi pour le gain du match à 5-3, dans un 5e acte bien décousu, avant de passer à deux points du sacre dans un jeu décisif en mode tremblote. A l'époque, le grand allemand n'avait pas su se mettre en position de conclure. Il avait tremblé. Dominic Thiem aussi. Mais à ce petit jeu, l'Autrichien, triple finaliste en Grand Chelem avant ce dimanche 14 septembre 2020, avait les clés mentales pour trembler un peu moins à la fin.
Malgré la douleur, Zverev, que l'on pensait inconsolable, est toujours debout. Il a réussi à repartir, même s'il ressasse encore ce moment où il n'a pas réussi à grimper sur l'avant-dernière marche de l'échelle. "Dans un certain sens, ça m'a vraiment boosté. J'ai été à deux points de le faire, je n'étais pas très loin. Je m'en souviens encore et j'ai toujours ce souvenir dans un coin de ma tête. J'y pense toujours", a-t-il reconnu avant le tournoi. Il l'assure, cette défaite, si cruelle soit-t-elle, est aujourd'hui un moteur pour lui, principalement à l'heure de revenir sur le court où tout a failli basculer. "J'ai hâte d'être sur ce court et commencer à jouer parce que je n'étais pas très loin l'année dernière. On verra comment ça se passe cette année. Mais je suis, très, très, motivé. Je suis meilleur qu'il y a un an et je joue très bien cette année."

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Zverev débute justement son tournoi sur le Arthur-Ashe, mardi à 18h00 heure française, face à un client : Sam Querrey. L'imprévisible américain a complètement perdu pied depuis son départ en catimini de Russie fin 2020 - une fuite digne d'un roman de Ian Fleming - afin d'échapper à une quarantaine sanitaire, mais il n'en reste pas moins un danger, surtout sur le ciment de Flushing. Face au lance-missiles californien, Zverev va pouvoir se tester d'entrée de tournoi. S'il survit, sa première semaine sera corsée (Ramos ou Pouille au 2e tour, Bublik, Sock ou Nishioka au 3e tour, puis Monfils ou Sinner en 8e). Si l'ancien protégé de David Ferrer tient son rang, il pourra ensuite se projeter et penser à une éventuelle demie contre Novak Djokovic, le test ultime en trois sets. Mais tout ceci, ce sera pour après.

Le déclic Tokyo

Révélé en 2014, chez lui à Hambourg, Alexander Zverev a été décortiqué et passé au peigne fin après déjà sept années sur le circuit. Grand, puissant, complet, il a la panoplie du joueur de futur. Ce qui lui manquait, c'était plus d'être en harmonie avec lui-même et être bien dans sa tête. En ce sens, son sacre olympique à Tokyo lui a offert une nouvelle dimension, comme Andy Murray en 2012. C'est ce que pense notre consultant, un certain Boris Becker, qui s'y connaît en matière de très haut niveau. L'Allemand estime que l'heure de son compatriote arrive, en témoigne son superbe été où il a décroché l'or olympique, en ayant renversé Novak Djokovic en demi-finale sans bien jouer pendant un set et demi, avant de remporter le Masters 1000 de Cincinnati.
Selon Becker, Tokyo est un toboggan qui va propulser rapidement Zverev vers un sacre en Grand Chelem. "Je ne l'avais jamais vu jouer au tennis aussi bien. Cela s'applique aussi à son mental. Car il était mené d'un set et un break face à Novak Djokovic. Et il a joué complètement libéré", a noté l'homme aux six Grands Chelems pour Eurosport. "Tout commence dans la tête, avec le mental et la capacité à endurer la pression. Et il a montré des qualités en ce sens. Tout doucement, il commence à endosser le costume d'un très grand joueur et d'un champion. C'est à ce niveau qu'il joue en ce moment. Il a fait un gros pas en avant à Cincinnati, avec son niveau de jeu et la manière dont il a remporté le tournoi."
Alex Corretja, double finaliste en Grand Chelem, et également consultant pour Eurosport, abonde dans le sens de Becker. Selon lui, Zverev a franchi un cap mentalement ces dernières semaines. "Je pense que Sascha est maintenant convaincu qu'il peut gagner des gros titres. Avant, il pensait juste être un très bon joueur, mais il lui manquait encore quelque chose. Il a pris de l'expérience, il est plus détendu, plus calme. Il arrive à mieux contrôler ses émotions", a analysé l'Espagnol. "A Tokyo, quelque chose lui est arrivé sur le plan psychologique", ajoute Becker. 'Il a réussi à se libérer de la pression qui a toujours pesé sur lui, celle qu'il s'inflige, celle du public et celle qu'il a ressenti vis-à-vis de sa famille".

Zverev a achevé sa démonstration par un service-volée

Il a trouvé l'équilibre
Mentalement, Zverev a réussi à connecter tous les câbles, lui qui est invaincu depuis sa défaite en 8e de finale du dernier Wimbledon. Sur le plan technique aussi, il y a eu de l'amélioration depuis douze mois. Le grand droitier a principalement retrouvé une première balle, il commet moins de doubles fautes (209 en 39 rencontres en 2021, contre 220 en 28 rencontres en 2020 et 392 en 44 rencontres en 2019) et il lâche plus ses coups. "A Tokyo, il a joué de la manière dont il a toujours souhaité : de manière offensive", observe Becker. "Son coup droit était agressif et son service était incroyablement bon".
Pour Corretja, la révolution chez Zverev se situe au niveau du style de jeu. "Il sait que son service est maintenant est une arme massive. Son coup droit est bien meilleur et il a trouvé l'équilibre entre agressivité et être trop défensif. Je pense qu'il est prêt pour gagner un Grand Chelem. L'année dernière, il était vraiment proche, mais maintenant on voit qu'il est convaincu qu'il peut le faire. Gagner l'or à Tokyo lui a donné beaucoup de confiance, mais sa victoire à Cincinnati a montré qu'il était plus mature. Je ne suis pas sûr qu'il gagnera à New York. Mais je suis convaincu qu'il gagnera beaucoup plus qu'un seul titre du Grand Chelem."

"Il manque la conviction absolue à la nouvelle génération pour battre Djokovic en Grand Chelem"

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