Pour tous ceux qui douteraient encore de l'importance prépondérante de la dimension psychologique dans ce drôle de sport qu'est le tennis, la fin de match entre Daniil Medvedev et Novak Djokovic constitue un excellent cas d'étude. A un point près, le Russe aurait réussi le match parfait. 6-4, 6-4, 5-2, 40-30. Balle de match. Balle de titre. Sur son service. Puis le trou noir. Double faute. Double faute. Faute directe. Débreak. Tout s'est bien terminé pour lui. Mais ce qu'a vécu Medvedev entre cette première balle de match à 5-2 et ce dénouement heureux un peu plus tard s'apparente à une sorte de calvaire.
"J'ai clairement senti la pression", a admis en conférence de presse le nouveau prince de New York, avant de faire une confidence à peine croyable : "A 5-3, j'ai commencé à avoir des crampes, je pense à cause de la pression et de ce qui s'était passé à 5-2 quand je n'avais pas converti ma balle de match. A partir de 5-3, mes jambes m'ont abandonné. A 5-4, dans le dernier jeu, jambe gauche, je pouvais à peine marcher. Si vous regardez attentivement le ralenti, quand je vais chercher ma serviette, ma jambe part derrière. J'essayais de ne pas le montrer parce que, si Novak le sent, ce n'est pas bon."
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Quand il perd ce premier break, c'est presque comme si un nouveau match commençait
Un joueur qui crampe de stress alors qu'il mène deux sets zéro et break dans le troisième set, ce n'est pas commun. En théorie, Medvedev avait toujours le contrôle du score et du match. Largement, même. Dans la pratique, il n'avait plus le contrôle de lui-même. "C'était un moment très difficile, pour nous et pour lui aussi, avoue également son entraîneur, Gilles Cervara. Il m'a dit après le match qu'il avait crampé un peu à cause de la pression. Quand il perd ce premier break, c'est presque comme si un nouveau match commençait. Il fallait trouver les ressources pour servir beaucoup mieux sur le jeu de service suivant."
La deuxième chance a été la bonne, non sans difficulté, donc. Et non sans une ultime frayeur : la deuxième balle de match a connu le même destin que la première deux jeux plus tôt. Double faute. "A 40-15, raconte le Russe, deux nouvelles balles de match. Allez, tente un ace, essaie juste de le sortir. Et je fais une énorme double faute. Genre deuxième service dans le milieu du filet. OK, j'en ai encore une. Essaie juste de mettre ta première balle. Je l'ai fait, et je suis vraiment heureux." C'est peut-être encore plus beau comme cela, finalement, même si, sur le moment, il se serait certainement passé de cette adrénaline supplémentaire.

Medvedev en transe, Djokovic en pleurs : les temps forts d'une finale à sens unique

Le public ? "Je ne pense pas que c'était contre moi"

Cette fin de match a été rendue plus compliquée encore à gérer de par l'attitude du public, massivement rangé derrière Novak Djokovic. Ce fut le cas dès le premier set, mais dans le contexte de cette fin de match, la foule du court Arthur-Ashe est devenue "borderline". Sur sa toute première balle de match, à 5-2 40-30, Medvedev a d'ailleurs dû attendre longtemps pour pouvoir servir. Le public manifestait, y compris entre sa première et sa seconde balle. Lui qui aime enchaîner très rapidement entre les points a été contraint de casser son rythme.
"C'était dur, vraiment dur, je ne peux pas dire le contraire, glisse le numéro 2 mondial à propos de l'attitude du public. Je devais me concentrer sur moi, sur ce que j'avais à faire pour finir ce match. Je ne pense pas que c'était contre moi. C'était plus pour lui. Bon, ils voulaient voir leur favori faire le Grand Chelem ? Ça m'a poussé à commettre ces doubles fautes, oui. Mais ça rend encore plus savoureux le fait d'avoir réussi à passer cette première sur la troisième balle de match."

Le point du match : quand Medvedev ne craque pas sous la pression du public

Si un autre match avait débuté après le premier débreak, comme le suggère Gilles Cervara, à quoi aurait-il ressemblé si Daniil Medvedev avait concédé à nouveau sa mise en jeu à 5-4 ? Avec un public probablement en délire, cette finale aurait pu sortir de toute rationalité, celle qui avait si confortablement installé le Russe dans le fauteuil du pilote. "On ne sait jamais ce qui aurait pu se passer, mais je serais peut-être devenu complètement fou ou un truc comme ça, sourit l'intéressé. Mais ce n'est pas arrivé, alors on ne le saura jamais."

Le souvenir de Sydney

Ce que l'on sait en revanche avec certitude, c'est que, même dans la douleur, Medvedev a eu la force et les ressources de mettre fin à ce début d'incendie. Le fruit du vécu, même dans un contexte moins "historique". Car le père Daniil a eu une impression de déjà-vu. En janvier 2018, il avait remporté son tout premier titre. C'était à Sydney, contre Alex De Minaur. "Un match dingue, se souvient-il. Devant son public. Je mène 4-0 double break dans le troisième. Puis je sers pour le match à 5-3. J'ai fini par gagner 7-5. C'était un sacré match, avec énormément de nervosité. J'étais encore plus nerveux ce jour-là que ce soir."
Comment comparer une finale d'un ATP 250 avec une finale de Grand Chelem ? Tout simplement parce que, pour lui, ce premier titre à portée de bras, à 21 ans, c'était à l'époque son Everest, son Grand Chelem à lui. "Avoir déjà vécu ces moments m'a permis de mieux maîtriser mes émotions ce soir, même s'il y avait beaucoup de stress bien sûr, explique-t-il. Mais je sais comment le gérer." Un premier Grand Chelem valait bien une petite frayeur.

Daniil Medvedev - US Open 2021

Crédit: Getty Images

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