A quoi tient une belle aventure en Grand Chelem ? Parfois à trois fois rien, ou un petit coup du destin. C'est peut-être ce que se dit en ce moment Clara Burel, elle qui aurait pu échouer la semaine dernière aux portes du grand tableau. Alors qu'elle devait écarter une balle de match au 3e tour des qualifications contre la Japonaise Misaki Doi, la pluie a alors fait son apparition. Quelques heures, une bonne sieste, une seconde interruption et quatre autres balles de match sauvées plus tard, elle s'en sortait finalement 12 points à 10 dans le tie-break décisif.
Ce sacré tournant, la Bretonne de 21 ans en a profité à fond, puisqu'une fois dans le grand tableau de cet US Open, elle s'est offert les scalps de la récente championne de Wimbledon Elena Rybakina, puis de la 43e mondiale Alison Van Uytvanck - Burel était seulement 131e avant le tournoi - pour égaler sa meilleure performance en Majeurs. A l'automne 2020, alors qu'elle n'avait que 19 printemps, elle était ainsi devenue la plus jeune Française depuis Alizé Cornet en 2008 (18 ans) à se qualifier pour le 3e tour de Roland-Garros.
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Burel : "C'est ma plus grande victoire"

Prometteuse mais trop sujette aux pépins physiques

De précocité et de talent, Clara Burel n'en a jamais manqué. Sélectionnée en Coupe Davis en tant que remplaçante lors d'un 1er tour contre la Belgique par Yannick Noah alors qu'elle n'avait que 16 ans, elle avait très vite attiré l'attention chez les juniors. Dans l'antichambre du circuit professionnel, elle avait ainsi atteint les finales de l'Open d'Australie et de l'US Open en 2018, avant de finir l'année en tant que numéro 1 mondiale et donc avec le titre de championne du monde de cette catégorie.
Très vite attendue, la Rennaise de naissance a été aussi rapidement coupée dans son élan par son corps. Une blessure sérieuse au poignet contractée en février 2019 l'avait contrainte à se faire opérer et à tirer un trait sur sa saison, avant de voir ses projets de rebond contrariés par l'interruption des compétitions en 2020 liée à la pandémie de Covid. Mais comme tout(e) bon(ne) Breton(ne) qui se respecte, Burel est têtue et persévérante.
Sous l'égide de Thierry Champion, elle s'était formidablement relancée en 2021. Alors qu'elle avait démarré l'année 235e mondiale, elle l'avait terminée 77e, atteignant au passage sa première finale sur le circuit à Lausanne en juillet de cette même année. L'embellie n'a cependant pas duré et les blessures ont ressurgi cette saison, avec notamment deux déchirures aux abdominaux et des soucis à l'épaule qui l'ont fait replonger. Son meilleur résultat ? Un quart de finale anecdotique dans le WTA 125 de Makarska en Croatie sur terre battue.

Un revers long de ligne pour signer son exploit : la balle de match de Burel face à Rybakina

Sans coach, elle a fini par se retrouver : "J'ai changé d'état d'esprit"

Ressortie du Top 100 en juillet et sans entraîneur attitré désormais, elle ne se faisait donc pas d'illusion en débarquant aux qualifications à Flushing Meadows. D'autant qu'elle restait sur trois défaites, la dernière en date au 1er tour d'un tournoi ITF du Bronx contre la 137e mondiale Erika Andreeva. Mais en quelques jours, tout a donc changé.
"C'est une bouffée d'oxygène quand tu ne gagnes pas de matches pendant un moment. C'est le fait de réussir à enchaîner qui fait la différence. Je savais que ça allait être de mieux en mieux. J'ai changé d'état d'esprit en venant ici : je me suis dit que j'allais m'entraîner mieux et plus pour retrouver l'envie et un peu plus de plaisir", a-t-elle ensuite confié après son exploit contre Rybakina au 1er tour.
Comment expliquer cette résurgence soudaine ? Peut-être que le fait de se retrouver seule face à elle-même et son tennis (bien qu'accompagnée par son petit ami et le préparateur physique Paul Quétin à New York, NDLR) a fait office de déclic. Désormais sur une série de cinq victoires, Burel fait à nouveau plaisir à voir sur le court, montrant des qualités à même de lancer définitivement sa carrière : un sacré coup d'œil, une capacité à prendre la balle tôt aussi bien en coup droit qu'en revers, une belle présence au filet et surtout une certaine intelligence tactique.

Sabalenka, l'incroyable comeback

Une technique propre et beaucoup d'intelligence tactique

"J'ai essayé de la dérégler avec des petites variations et ça a plutôt bien fonctionné. J'avais regardé quelques vidéos et je la connaissais un peu. C'était vraiment le plan d'éviter le 'boum boum' avec elle parce que je savais qu'elle allait sûrement être meilleure que moi à ce jeu-là. J'ai vraiment essayé d'utiliser du slice, quelques ronds, ça marche toujours !", a-t-elle encore analysé après son succès contre Alison Van Uytvanck.
Face à la tête de série 6 Aryna Sabalenka, un phénomène de puissance mais qui déteste courir latéralement et les changements de rythme, l'objectif sera le même. Burel, qui n'a rien à perdre, sait tout faire et a indéniablement le tennis pour perturber la Biélorusse qui s'en est miraculeusement sortie lors de son 2e tour face à Kaia Kanepi (menée 6-2, 5-1, elle a accompli une superbe remontée en sauvant deux balles de match par ailleurs).
Au bout d'un éventuel nouvel exploit, un premier huitième de finale en Majeur et un retour dans le Top 100 lui tendraient les bras. De quoi se sublimer et confirmer, au moment où elle s'y attendait probablement le moins, qu'elle incarne (avec Diane Parry notamment) l'avenir du tennis féminin tricolore.
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