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US Open - Simple dames - Caroline Garcia, candidate légitime ou syndrome de l'emballement ?
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Publié 28/08/2022 à 23:21 GMT+2
US OPEN - En remportant, en point d'orgue d'un été déjà magnifique, le WTA 1000 de Cincinnati, dernier gros rendez-vous avant l'US Open, Caroline Garcia s'est mise en première ligne avant le Grand Chelem américain, qui débute ce lundi. Au point d'en être l'une des favorites ? C'est dur de ne pas y penser. Mais gare à la classique et dangereuse "enflammade"…
La stat qui place Garcia dans la peau d'une outsider à l'US Open
Video credit: Eurosport
C'est inévitable, logique, terriblement humain – surtout paraît-il en France - mais aussi, quelque part, relativement dangereux. En remportant le troisième WTA 1 000 de sa carrière à Cincinnati – mais le premier depuis cinq ans et son doublé Wuhan/Pékin en 2017 -, signant ainsi définitivement son acte de renaissance après un été déjà copieux marqué par deux autres titres à Bad Hombourg et Varsovie sans oublier son huitième à Wimbledon, Caroline Garcia a attiré vers elle la lumière avant l'US Open. Pour lequel certains voient désormais en elle une grosse outsider, voire une favorite au même titre qu'une Iga Swiatek, une Simona Halep ou une Ons Jabeur.
C'est vrai que si l'on tient compte des résultats des trois derniers mois, la Lyonnaise, désormais remontée à la 17e place mondiale et surtout 9e à la Race, avec Masters en vue – tant qu'on y est… -, est l'une des, sinon LA joueuse la plus "hot" du moment. Classée 79e lors de Roland-Garros, où elle a fait son retour après deux mois d'absence (pied) et posé tout de suite la première pierre de sa reconstruction en remportant le double aux côtés de Kristina Mladenovic, elle a donc grignoté plus de 60 places au classement, gagné trois titres sur trois surfaces différentes et compilé 28 victoires dont quatre sur des joueuses du top 10 (Swiatek, Pegula, Sabalenka et Sakkari). Soit autant en un mois qu'en quatre ans.
A fortiori en comparaison de la relative perte de vitesse de certaines des meilleures comme Iga Swiatek, Ons Jabeur ou Elena Rybakina (sans parler des Maria Sakkari, Paula Badosa ou Anett Kontaveit), pas grand-monde peut se targuer d'une telle dynamique. Hormis peut-être une Simona Halep, qui a signé elle aussi son grand retour en triomphant à Toronto, une Jessica Pegula, de plus en plus régulière, ou la surprenante Brésilienne Beatriz Haddad Maia, auteure également d'un été meurtrier avec des titres à Nottingham et Birmingham plus sa finale à Toronto. Une Haddad Maia que Garcia pourrait d'ailleurs, après deux premiers tours relativement cléments (sur le papier du moins…), retrouver au 3e tour. A moins que Bianca Andreescu, gagnante à New York en 2019, ne retrouve toute sa superbe.
Bref, c'est vrai, difficile de ne pas s'enflammer. Et ne croyons pas que cet état d'esprit propice à tirer des plans sur la comète soit une spécialité uniquement française. Interviewée sur le plateau de Tennis Channel dans la foulée de son sacre à Cincinnati, avec son aussi imposant que déroutant trophée posé sur la table devant elle, la Française n'a d'ailleurs dû attendre que quelques minutes avant de se voir poser la question qui fâche par le présentateur et ancien joueur américain Prakash Amritraj : alors, l'US Open ?
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Jeu agressif, mental retrouvé et encadrement adéquat : les ingrédients du retour de Garcia
Video credit: Eurosport
"Voilà, c'est ce que je disais durant la semaine : il y a quelques mois en arrière, j'étais une moins que rien et maintenant, me voilà devenue une superstar, favorite de l'US Open, a pris soin d'éluder la Lyonnaise, consciente des dangers qui la guettent. Evidemment, je vais arriver avec beaucoup de confiance mais bon, tout est remis à zéro, c'est un nouveau tournoi. Il est possible que les filles soient encore plus motivées contre moi. Et puis, désormais, elles connaîtront bien mon style de jeu. Ça va être un gros challenge. Mais j'ai hâte et avant toute chose, j'espère profiter à fond de cet US Open."
Des propos similaires à ceux tenus le lendemain par le vainqueur masculin Borna Coric, auteur d'un revival tout aussi impressionnant – et sans doute encore plus surprenant – mais que personne, néanmoins, ne s'aventurerait à placer en favori chez les messieurs. Nuance toutefois : le Croate, tout en étant considéré comme un grand espoir il y a quelques années, n'a pas atteint la 4e place mondiale à 24 ans, comme Garcia en 2018, et n'a peut-être pas non plus été perçu comme un immense crack en puissance, y compris par certains des plus fins observateurs du jeu comme Andy Murray qui avait prédit un jour, rappelons-le encore, la place de n°1 à Caroline alors qu'elle avait 17 ans et tenait tête à Maria Sharapova au 1er tour de Roland-Garros.
C'était en 2011, l'ascension s'est poursuivie bon gré mal gré pendant plusieurs années, puis on connaît la suite : une incapacité à supporter le poids des attentes, une difficulté à définir une vraie identité de jeu, une rupture forcément déchirante avec le paternel, des blessures à répétition (et sans doute pas fortuites) puis une confiance qui finit par s'envoler … Après avoir amorcé sa reconstruction au sein de la Rafa Nadal Academy, où elle s'est notamment entraînée avec l'Espagnol francophone Gabriel Urpi, "Caro" a fini par trouver son équilibre personnel et professionnel au sein d'une structure restreinte mais totalement dédiée composée d'un entraîneur, Bertrand Perret, et d'une préparatrice physique, Laura Legoupil.
Résumées ainsi, les choses paraissent simples, et rapides. Mais il faut s'imaginer les moments de galère traversés par une joueuse devenue par moments l'ombre d'elle-même, au point d'être aspirée par les abysses du classement mondial et tentée par l'idée de tout balancer. "Elle a fait preuve d'une sacrée résilience parce que, quand on est aussi attendue qu'elle a pu l'être toutes ces années, notamment par les médias français, et qu'on n'y arrive pas, c'est très compliqué à gérer, admire notre consultant Mats Wilander. Il faut être costaud mentalement pour ne pas sombrer. Moi, j'aurais arrêté le tennis depuis longtemps si ça n'avait pas marché pendant des années. Donc elle a une vraie force de caractère."
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Caroline Garcia à l'assaut de l'US Open.
Crédit: Imago
Wilander : "Sa trajectoire me fait penser à celle de Wawrinka"
L'ancien n°1 mondial, qui avoue lui-même s'enflammer assez pour la joueuse française, fait partie de ceux qui pensent que Garcia peut gagner l'US Open. Il l'espère même, puisqu'il ne cache pas non plus ses affinités avec une fille qu'il qualifie de "super". Et il va même encore un peu plus loin en se demandant si la Française, âgée de 28 ans, n'est pas vouée désormais à s'installer durablement parmi les meilleures, dans un processus de maturation tardive similaire à celui de Stan Wawrinka, dont le talent était connu depuis longtemps mais qui avait attendu d'avoir 28 ans (tiens, tiens…) pour disputer sa première demi-finale de Grand Chelem, avant de décrocher peu après son premier titre majeur, à l'Open d'Australie, en 2014.
"Caroline a toujours été très talentueuse. Elle avait tout : un physique solide, un bon déplacement, de la puissance, tous les coups du tennis… Je ne comprenais pas pourquoi ça ne marchait pas. Désormais, pour moi, il n'y a aucune raison pour qu'elle ne soit pas une menace dans la course à la victoire en Grand Chelem, estime le triple vainqueur de Roland-Garros. Sa trajectoire me fait vraiment penser à celle de Stan Wawrinka qui, lui aussi, a exploité très tardivement son potentiel. J'ai l'impression qu'elle est forte mentalement parce qu'elle prend du plaisir sur le court. Oui, si elle garde cet état d'esprit, elle peut gagner l'US Open. Et franchement, ce serait un des trucs les plus excitants à vivre pour moi depuis 15 ans que je suis à Eurosport !"
C'est vrai qu'on peut parler de technique autant que l'on veut, on peut être épaté par le tennis résolument agressif développé ces derniers mois par la Française, le plus frappant au fond, c'est peut-être sa transformation hors du court, où son épanouissement et sa maturité crèvent les yeux. Et c'était un peu pareil pour Stan Wawrinka qui, malgré son tennis brillant, pouvait paraître un peu timide dans ses jeunes années, avant de devenir presque subitement un homme, affirmé, sûr de lui et décidé à prendre sa destinée en mains. Ça transpirait hors du court. Et ça s'était retranscrit sur le court.
Cincinnati-US Open, un enchaînement toujours délicat
Un sort similaire est bien sûr éminemment souhaitable pour celle qui vient aussi de redevenir n°1 française. Maintenant, dès l'US Open ? Tout ne plaide pas en sa faveur, à commencer par le fait que le Grand Chelem américain n'est historiquement pas son préféré, le seul en tout cas où elle n'a encore jamais atteint la deuxième semaine. On rajouterait bien qu'on ne peut pas décerner un statut de favorite à une joueuse qui n'a encore jamais dépassé les quarts de finale en Majeur. Mais le tennis féminin ne semble guère s'embarrasser de ce genre de détails depuis quelques années, spécialement à l'US Open où Emma Raducanu l'an dernier et Bianca Andreescu en 2019 n'avaient même jamais dépassé les huitièmes avant de triompher. Même si, il est vrai, elles étaient nettement plus jeunes.
Autre statistique à même de tempérer les ardeurs : s'imposer à Cincinnati n'est pas un gage de réussite à New York, ça semble même être un peu le contraire depuis quelques années. En fait, seules Kim Clijsters en 2010 et Serena Williams en 2014 ont réussi le doublé Cincinnati/US Open. Du calme, donc. En rappelant par ailleurs qu'Ashleigh Barty, elle aussi titrée dans l'Ohio l'an dernier et de manière assez impressionnante, avait chuté dès le 3e tour à New York, épuisée physiquement (et mentalement). Un autre danger, forcément, pour Caroline, qui a beaucoup tiré sur la corde ces dernières semaines.
Mais le danger principal, on le sait tous, est plutôt lié aux attentes qui pèseront sur ses épaules, bien plus fortes à New York que sur tous les tournois dans lesquels elle a brillé cet été. L'intéressée avoue sans peine n'avoir jamais aimé ces attentes extérieures. Mais elle se dit "prête" aussi, désormais, à s'y confronter. S'y confronter, ça ne veut pas dire s'y aligner. Plutôt se fixer des ambitions congruentes à ses propres attentes, et non pas à celles du public. Or, quand la Française évoque l'US Open, le mot "plaisir" revient souvent, celui de "favorite" jamais. Peut-être vaut-il mieux s'aligner sur son ressenti : une joueuse à suivre, assurément. Mais une favorite, peut-être pas. Pas encore. Tout en se disant qu'on n'est pas à l'abri, en revanche, d'une belle surprise.
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Caroline Garcia a remporté le WTA 1000 de Cincinnati, dimanche 21 août 2022.
Crédit: Getty Images
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