US Open 2026 | Finale messieurs - L'Amérique attend depuis trop longtemps : Shelton, un homme en mission

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Ben Shelton ne visera pas seulement son premier titre du Grand Chelem, ce dimanche face à Alexander Zverev, en finale de l'US Open. Il aura aussi pour lourde responsabilité de mettre fin à 23 ans de disette pour le tennis masculin américain, qui n'a plus remporté de titre majeur depuis Andy Roddick en 2003. Une attente presque humiliante pour le plus grand pays de l'histoire du tennis.

Shelton n'est plus seulement un bourrin

Video credit: Eurosport

On sait reconnaître un homme en mission quand on en voit un. Ben Shelton aurait pu se rouler par terre, fondre en larmes et hurler son bonheur à la terre entière, vendredi, après avoir scellé face à Frances Tiafoe sa première qualification pour une finale de Grand Chelem. Il n'a rien fait de tout cela. Cette fois, point de geste chambreur ou d'arrogance affichée. Certes parce qu'il y avait en face un compatriote, un ami et presque un "frère". Mais aussi et peut-être surtout parce que Shelton sait qu'il est très loin d'en avoir fini avec son US Open. Pour lui, tout commence aujourd'hui, ce dimanche, lors de cette finale face à Alexander Zverev. Tout le reste n'a d'ores et déjà plus d'importance, ou si peu.
Ben Shelton porte une responsabilité immense, qui va au-delà de sa propre carrière. Celle de mettre fin à une traversée du désert de 23 ans du tennis masculin américain, qui n'a plus remporté de Grand Chelem depuis Andy Roddick, ici-même à l'US Open, en 2003. Vingt-trois ans, par une amusante coïncidence chiffrée, c'est justement l'âge de Shelton. Mais vingt-trois ans, c'est surtout beaucoup trop pour les Etats-Unis qui, à défaut d'être la nation fondatrice du tennis, en sont la nation reine, détentrice en tout cas du record du nombre de titres majeurs dans l'histoire.
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Shelton prend rendez-vous avec Zverev : les temps forts de sa demie face à Tiafoe

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Fût-un temps où gagner les Internationaux des Etats-Unis, pour un Américain, c'était quasiment un pléonasme. Les représentants de l'Oncle Sam ont ainsi trusté 44 des 45 premières éditions de l'histoire du tournoi, entre 1881 et 1925. La plupart grâce aux seuls Richard Sears, Williams Larned et Bill Tilden (sept titres chacun), qui en demeurent à ce jour les trois champions les plus titrés. Une autre époque, direz-vous. Mais même dans l'ère moderne, les "Ricains" avaient gardé la main, empochant 19 des 36 premières éditions de l'ère Open, soit un peu plus d'un titre tous les deux ans.
Mais depuis Roddick, donc, rideau. Plus rien. Alors que l'épicentre du jeu s'est progressivement déplacé vers l'Europe, devenue ces dernières années le continent ultra-dominateur grâce à la main-mise du Big Three, relayé par Jannik Sinner et Carlos Alcaraz, les Etats-Unis ont été relégués au rang d'une vulgaire nation comme une autre. Une nation qui galère à faire régner sa loi y compris sur son propre sol. Lui-même grand fan de tennis – il était d'ailleurs présent l'an dernier lors de la finale -, Donald Trump pourrait s'en étouffer de rage.
Car au fur et à mesure que le tennis s'est internationalisé durant les dernières décennies, gagner un Grand Chelem à la maison est devenu une denrée rare, pour les Américains comme pour les autres. Faut-il rappeler que Yannick Noah demeure le dernier joueur français vainqueur à Roland-Garros (le dernier vainqueur en Grand Chelem tout court), en 1983. C'est encore pire pour l'Australie, qui n'a plus sacré l'un de ses représentants à domicile depuis Mark Edmonson en 1976. La Grande-Bretagne, qui a longtemps été à la traîne dans l'ère Open, s'en sort le mieux aujourd'hui grâce à Andy Murray, victorieux à Wimbledon en 2013 puis 2016. Mais ça fait dix ans, déjà.
Pour une raison étrange, l'anomalie semble plus grande encore pour les Etats-Unis. Peut-être parce que là-bas, justement, tout est plus grand. Que la défaite ne semble pas une option, encore moins un mode de vie. Mais c'est aussi parce que l'on sent aujourd'hui un net frémissement, quelque chose d'annonciateur de la lumière au bout du tunnel. Cette année, les Etats-Unis avaient tout de même placé cinq de représentants en deuxième semaine, une première depuis 1995. La demi-finale Shelton-Tiafoe était la deuxième 100% américaine en trois éditions (après le Fritz-Tiafoe de 2024), alors que ça n'était plus arrivé auparavant depuis 2005. Bref, voilà un moment que le tennis US est à nouveau secoué de bonnes "vibes".
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On a vécu le dernier jeu de la demi-finale à côté de Bryan, le père de Ben Shelton

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Contre Alcaraz, je me sentais un peu extatique à la fin. Cette fois, j'ai abordé les choses d'une manière plus méthodique.
Mais c'est dire, malgré tout, le poids des attentes qui repose sur les épaules de Ben Shelton. On sait qu'il les a fortes (les épaules), mais tout de même. Voilà une donnée qu'il lui sera impossible d'ignorer ce dimanche. Et, dans une demi-finale jouée le jour-même des commémorations du 11 Septembre, le gaucher de Géorgie a d'ailleurs tout suite activé la fibre patriotique. "Dimanche, j'aurai besoin de vous, a-t-il lancé à la foule du "stadium" Arthur-Ashe après son succès. Je serai présent, je donnerai tout ce que j'ai sur le court, et j'espère que vous serez derrière moi. Faisons-le pour les Etats-Unis." On se croirait presque dans un script hollywoodien. Ben Shelton sera-t-il taillé pour le rôle ?
L'impression générale qu'il a donnée sur cet US Open laisse à penser que oui. Beaucoup plus que Taylor Fritz il y a deux ans, contre Sinner. Shelton lui-même s'est dit "choqué" par le calme dont il a fait preuve pour conclure face à Tiafoe, ce même calme qui avait déjà frappé les esprits lors du super tie break victorieux face à Carlos Alcaraz, en quart de finale. "Calme, confiant et concentré, a résumé Shelton en trois mots. Ce sont les ingrédients nécessaires pour gérer ce genre de situation et s'imposer au plus haut niveau. Tout ça est tellement mental. Contre Alcaraz, je me sentais un peu extatique à la fin, comme sur un petit nuage. Cette fois, j'ai abordé les choses d'une manière plus méthodique. C'est un sentiment intéressant. Je suis prêt désormais à passer l'étape suivante et j'ai hâte de jouer cette finale."
Et comme s'il n'y avait pas assez d'enjeux comme ça, le futur numéro 4 mondial sera aussi attendu par toute une communauté, lui qui sera le premier joueur aux origines afro-américaines à disputer la finale de l'US Open depuis Arthur Ashe en 1972. Ici, sur le court éponyme. Ceux qui, depuis longtemps, se demandent ce qu'a réellement Ben Shelton dans l'estomac (et dans la raquette) seront vite fixés. Le match qu'il disputera ce dimanche, face à Alexander Zverev, nous en dira beaucoup plus que les 240 précédents qu'il a déjà disputés dans sa jeune carrière.
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