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Del Potro perdant épique, Tsonga et Krajicek régicides : Le Top 100 des matches de Wimbledon (30-21)

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Top 100 Wimbledon

Crédit: Eurosport

ParEurosport
08/07/2020 à 13:58 | Mis à jour 08/07/2020 à 13:59

WIMBLEDON - Notre voyage dans le temps se poursuit et notre classement des rencontres les plus marquantes au All England Club dans l'ère Open monte encore en gamme. Ce mercredi, place aux matches classés entre la 30e et la 21e place. Avec l'unique triomphe du Kid, des immenses surprises en quarts et Björn côté pile et côté face.

Dossier réalisé par Laurent Vergne, Maxime Battistella et Rémi Bourrières

  • 1ère partie : De la 100e à la 91e place
  • 2e partie : De la 90e à la 81e place
  • 3e partie : De la 80e à la 71e place
  • 4e partie : De la 70e à la 61e place
  • 5e partie : De la 60e à la 51e place
  • 6e partie : De la 50e à la 41e place
  • 7e partie : De la 40e à la 31e place
Wimbledon

"Plus belle finale de l'histoire", "Roger était le meilleur" : Djokovic-Federer, un an après

14/07/2020 À 09:36

30. Roger Taylor – Rod Laver

Edition : 1970
8e de finale
Vainqueur : Roger Taylor (Grande-Bretagne)
Adversaire : Rod Laver (Australie)
Score : 4-6, 6-4, 6-2, 6-1

La toute première des immenses surprises qui ont jalonné Wimbledon au fil de cette ère Open. A l'époque, Rod Laver, presque 32 ans, auteur l'année précédente de son deuxième Grand Chelem calendaire, a besoin de souffler un peu. Il n'a joué ni l'Open d'Australie ni Roland-Garros cette année-là, aussi parce qu'il est en contrat avec le circuit WCT où il connaît encore beaucoup de succès. Mais on ne le voit tout de même pas perdre aussi vite à Wimbledon, dont il est double tenant du titre et même en quelque sorte quadruple puisqu'il s'est aussi imposé en 1961 et 1962, avant d'en être éclipsé pendant six ans, pour cause de professionnalisme.

En face, le Britannique Roger Taylor, tête de série n°16, gaucher comme lui, est certes un bon spécialiste du gazon. C'est un excellent serveur, un peu "bourrin" mais diablement difficile à contrer sur rapide. Il a atteint ici les demi-finales en 1967, en l'absence toutefois des meilleurs mondiaux. Là, il aurait pu être éliminé bien plus tôt. Au 1er tour, il a été mené 4-1 au 5e set par le Néo-Zélandais Brian Fairlie. Au 3e tour, il a été bien aidé par un arbitrage ouvertement "maison" contre l'Américain Charlie Pasarell, volé notamment, sur une balle de 2e set, d'un coup gagnant "10 cm à l'intérieur du court", selon Tennis de France. A l'époque, l'histoire du tennis ne s'embarrassait pas de détails...

Mais Laver, c'est sûr, va remettre les pendules à l'heure. Jusqu'à 6-4, 4-4, tout se passe bien pour lui sur le Centre Court. Mais là, aussi soudainement qu'inexplicablement, il perd pied. L'Australien ne marquera plus que trois jeux jusqu'à la fin du match, trahi notamment par son service. Il commet d'ailleurs sa 9e double faute sur la balle de match, scellant sa défaite en 1h53. Emporté par un vent assez violent, il semble surtout manquer de sa hargne coutumière, presque indifférent à sa propre déconfiture.

En fait, la petite mort a commencé à lui mordre les jarrets. Rod Laver, imbattable un an plus tôt, ne dépassera plus jamais les quarts de finale d'un Grand Chelem. En revanche, Taylor atteindra à nouveau le dernier carré cette année-là (battu par Rosewall), puis de nouveau en 1973. Tout compte fait, Rod Laver n'a pas sombré contre n'importe qui...

29. Björn Borg – Jimmy Connors

Edition : 1977
Finale
Vainqueur : Björn Borg (Suède)
Adversaire : Jimmy Connors (Etats-Unis)
Score : 3-6, 6-2, 6-1, 5-7, 6-4

A Wimbledon, avant les mythiques finales entre Borg et McEnroe, il y eut Borg - Connors. Deux finales consécutives, en 1977 et 1978. Si la seconde, survolée par le Suédois en trois sets, demeure très oubliable, celle de 1977 constitue en revanche un "must". A l'époque, Björn Borg est le tenant du titre, mais l'imaginer en tyran sur cinq années pleines n'a rien d'une évidence. Vainqueur de son côté en 1974, Jimmy Connors entend bien reprendre possession du trophée.

Une finale intense et superbe, que l'Américain démarre pied au plancher avant d'en perdre le contrôle. A compter du 2e set, Jimbo passe en mode "réaction", tentant de suivre le rythme imposé par Borg. En bon guerrier qu'il est, il revient à chaque fois qu'on le croit mort. Mené deux manches à une, il arrache un 5e set au forceps. Dans celui-ci, Borg s'envole pour mener rapidement 4-0. La messe semble dite pour de bon.

Mais Connors efface ce double break de retard pour égaliser à quatre partout. Le point qu'il gagne pour effacer son second break de retard est un modèle du genre, avec deux volées somptueuses, en coup droit puis en revers. Remporter une finale de Wimbledon après avoir été mené 4-0 au 5e, voilà un exploit majuscule, historique. Mais c'est au moment où tout redevenait possible que Connors va coincer. "Peut-être que je me suis trop précipité dans ce jeu, avoue la tête de série numéro un. Au lieu de prendre mon temps, je me suis laissé gagner par l'excitation".

De fait, Borg le punit en prenant à nouveau son service. Cette fois, il n'y aura pas de deuxième miracle. Le tenant du titre finit sur un jeu blanc. Mais c'est d'abord une défaite tactique pour Connors, qui s'est entêté dans une bataille de fond de court qu'il n'avait que peu de chances de gagner. Borg l'a entraîné sur son terrain. A 21 ans, il confirme qu'il est bien le nouveau maître des lieux. Et son règne ne fait encore que commencer.

28. Jo-Wilfried Tsonga – Roger Federer

Edition : 2011
Quart de finale
Vainqueur : Jo-Wilfried Tsonga (France)
Adversaire : Roger Federer (Suisse)
Score : 3-6, 6-7(3), 6-4, 6-4, 6-4

Parmi les grandes performances de Jo-Wilfried Tsonga en Grand Chelem, celle-ci figure sûrement tout en haut. Car si la demie éblouissante du Manceau en Australie contre Rafael Nadal en 2008 avait quelque chose de surnaturel, ce quart de finale face à Roger Federer est celui de la maturité. La confirmation que le Français pouvait jouer les facteurs X face aux cadors, qu’il n’était nullement intimidé par cette élite exceptionnelle, même s’il lui aura toujours manqué un petit quelque chose pour les battre successivement.

Pour vous donner une idée de la qualité de la prestation de l’ami Jo, il faut avoir conscience de ce qui lui était proposé de l’autre côté du filet. Avec 75 % de premières balles pendant plus de trois heures (dont 17 aces et une petite double faute) et 71 % de réussite derrière sa seconde, Federer n’avait pas amusé la galerie. Le Bâlois sera pourtant breaké trois fois, à l’entame des 3e, 4e et 5e sets dans une partie au scénario dont Tsonga n’aurait sûrement pas osé rêver.

Car, au-delà de la victoire sur le Maestro dans son jardin, l’exploit réside surtout dans la manière : le Tricolore est le premier à avoir gagné face à Federer en Grand Chelem avec deux sets de débours. Le Bâlois cueille ainsi à froid Tsonga, le breakant d’entrée sur sa première occasion qui sera également… sa dernière. En confiance après l’un de ses meilleurs Roland-Garros, le numéro 3 mondial mène ensuite parfaitement sa barque dans le jeu décisif de la deuxième manche.

Et puis à 1-1 dans le troisième set, un soupçon de relâchement suffit pour bouleverser l’ordre établi. Auteur d’un passing de coup droit en bout de course qui accroche l’extérieur de la ligne après un recours au hawk-eye, Tsonga breake et tout bascule. Comparé à Mohamed Ali à Melbourne trois ans plus tôt pour leur ressemblance physique et son tennis de puncheur, Jo se met à frapper sur tout ce qui bouge, y compris en revers à une main. Habitué à dicter l’échange, Federer se retrouve soudain sur les talons, à subir. Le vent a tourné et le match échappe inexorablement au Suisse, plus passif sur la fin de partie car saoulé de coups.

Il s’incline d’ailleurs sur une énième mine en première extérieure du Français. Déjà sorti en quart l’année précédente par Tomas Berdych, il fait face à la presse qui l’interroge sur la fin d’une ère. "Je ne crois pas, j'ai trop bien joué pour penser cela. Jo a fait un grand match. Il ne m'a pas laissé beaucoup de chances", souligne-t-il en guise d’hommage. La suite lui donnera raison.

27. Cédric Pioline - Michael Stich

Edition : 1997
Demi-finale
Vainqueur : Cédric Pioline (France)
Adversaire : Michael Stich (Allemagne)
Score : 6-7, 6-2, 6-1, 5-7, 6-4

Un match immense, tout simplement. Un bijou. Un bonheur. "C'était proche de la perfection. Ce genre de match est rare. Je suis content d'en avoir fait partie." Ce n'est pas le vainqueur de cette demi-finale, Cédric Pioline, qui s'exprime ainsi en sortant du court, mais sa victime, Michael Stich. L'Allemand, vainqueur du tournoi en 1991, a annoncé qu'il mettrait un terme à sa carrière après ce Wimbledon 1997. Il n'a pas encore 29 ans, mais son épaule droite, en vrac, l'incite au grand départ. Malgré cette défaite, ce sera un adieu en beauté.

Wimbledon a pourtant du mal à s'enthousiasmer pour cette demi-finale. Londres rêvait d'un duel 100% britannique entre Tim Henman et Greg Rusedski. Les deux sont tombés en quarts, respectivement contre Stich et Pioline. D'où un accueil frais, à l'image du mercure, sous un ciel d'encre chargé comme une Toussaint. L'un (Pioline) pointe à la 44e place à l'ATP. L'autre (Stich) a dégringolé au 88e rang. Mais ces chiffres-là ne veulent rien dire. Accordant leurs violons, ils livrent à deux un vrai récital. C'est simple, il s'agit là d'un des plus beaux matches de la décennie.

Après la perte de la 1ère manche, déjà magnifique, au jeu décisif, Pioline livre sans doute les deux plus beaux sets de sa carrière. Il colle 6-2, 6-1 à Stich en 46 minutes. Tout y passe : qualité du service, du retour, solidité au filet, variations, pertinence des choix, autorité, confiance. C'est du grand art. "Je n'ai jamais vu Cédric jouer comme ça, souligne l'Allemand. Il a notamment réussi des volées dont je ne sais pas d'où il a pu les sortir. Il fallait que je gagne chaque point au moins trois fois pour y arriver."

Puis, comme cela lui arrive parfois, voire souvent, le Parisien se tend à l'approche de la possible conclusion. En fin de 4e set, il vendange un smash de minime 2e année et perd son service pour la toute première fois du match. Stich saute sur l'occasion et égalise à deux manches partout. On craint alors ce scénario trop bien connu pour Pioline, roi des défaites épiques en cinq manches. Mais il breake d'entrée et va maintenir jusqu'au bout son avantage. Plus encore que son titre à Monte-Carlo ou ses succès contre Kuerten à Flushing ou Safin à Roland-Garros, c'est le chef-d'œuvre de sa carrière.

26. Novak Djokovic - Juan Martin Del Potro

Edition : 2013
Demi-finale
Vainqueur : Novak Djokovic (Serbie)
Adversaire : Juan Martin Del Potro (Argentine)
Score : 7-5, 4-6, 7-6(2), 6-7(6), 6-3

S’il fallait utiliser un mot à la mode pour désigner la plus grande qualité de Novak Djokovic, celui de résilience serait bien adapté. Dans les grandes occasions, le Serbe a parfois plié, rarement rompu. Parlez-en à Juan Martin Del Potro qui n’est pourtant pas le dernier quand il s’agit de s’accrocher ou d’effectuer des retours de nulle part, notamment après de graves blessures. Ce 5 juillet 2013, son adversaire a résisté à tout.

"J’ai joué le meilleur tennis sur gazon de ma vie, mais ce n’était pas suffisant", soufflera d’ailleurs l’Argentin, après 4h43 d’une somptueuse bataille, alors la plus longue demi-finale du tournoi. Si les deux joueurs n’avaient pas lâché le moindre set dans la quinzaine, l’état physique de l’Argentin inquiétait. Il s’était tordu le genou gauche en début de tournoi et la douleur s’était intensifiée. Un mal pour un bien peut-être, puisque l’intéressé s’est jeté à corps perdu dans cette demie.

Alors mené 8-3 dans leur bilan commun, Del Potro pouvait toutefois s’appuyer sur sa victoire lors de leur seul duel sur gazon, un an plus tôt pour la médaille de bronze aux Jeux de Londres. Malgré une certaine nervosité initiale – Djokovic s’en souvenait très bien –, la pression à la relance (limitant à 4 aces son adversaire) du numéro 1 mondial paie et il vire en tête (7-5) avant d’obtenir quatre balles de break en début de deuxième acte. Le KO semble proche, mais la Tour de Tandil s'accroche et fait la différence dans la foulée. C’est le début d’un chassé-croisé fantastique qui atteint sa plénitude dans la quatrième manche.

Mené deux sets à un, Del Potro lâche son engagement. Mais il se sublime, catapultant les balles sur le Centre Court à grands coups de marteau, en coup droit comme en revers, pour revenir. Djoko obtient ensuite deux balles de finale à 6-4 dans le tie-break, mais l’Argentin sort encore l’artillerie lourde pour aligner quatre points et prolonger les débats pour la plus grande joie d’un public surexcité.

Alors que des "Come on Del Boy !" descendent des tribunes, le Djoker ne moufte pas. Souvent le nez dans le gazon, il résiste, fait le break décisif à 4-3, sauve une balle de débreak d’une amortie pleine de sang-froid et finit par l’emporter à sa troisième opportunité. Il aura bien mérité sa 11e finale de Grand Chelem, la 2e à Wimbledon, mais manquera d’énergie pour empêcher Andy Murray de mettre un terme à une (trop) longue disette britannique.

25. Andre Agassi - Goran Ivanisevic

Edition : 1992
Finale
Vainqueur : Andre Agassi (Etats-Unis)
Finaliste : Goran Ivanisevic (Croatie)
Score : 6-7, 6-4, 6-4, 1-6, 6-4

Andre Agassi vainqueur de Wimbledon. Pour un peu, cela aurait sonné comme une vaste blague. Incapable de mettre un pied devant l'autre sur herbe à ses débuts, le Kid de Vegas détestait ce tournoi. C'est pourtant ici qu'il va ouvrir en 1992 son palmarès en Grand Chelem après trois échecs en finale et trois autres en demie. Près de trente ans plus tard, si Agassi conserve un tout petit regret, c'est d'ailleurs d'avoir vécu cette consécration comme "un soulagement", au moins autant que comme "un grand bonheur", le premier atténuant la puissance du second.

Pour cette première finale depuis cinq ans sans Boris Becker ou Stefan Edberg, l'affiche Agassi – Ivanisevic a le charme du renouvellement et de la jeunesse. Elle aura aussi l'éclat des grandes finales. Cinq sets d'une opposition de style appréciable doublée d'un combat haletant.

La vraie bonne nouvelle pour l'Américain, et sans doute une des raisons de sa victoire, c'est qu'il aborde pour la première fois une finale majeure sans porter sur son dos le poids de la pancarte du favori. "C'était un tel soulagement de rentrer sur le court pour jouer une finale et enfin, enfin, de croiser quelqu'un qui était supposé me battre, va-t-il ensuite expliquer. Ce seul sentiment m'a aidé à ne pas avoir l'esprit pollué."

Rien ne va l'atteindre, pas même la perte du premier set au bout d'un tie-break long de 18 points. Pas même ce trou d'air du 4e set, évaporé en vingt minutes (6-1) alors qu'il semblait avoir pour de bon le contrôle du match. Contraint de courir après le score en permanence dans la manche décisive, Goran Ivanisevic finit par craquer au pire moment, dans le 10e jeu. Deux doubles fautes pour commencer puis, sur la première et unique balle de match, une volée dans les pieds manquée.

Ivanisevic, né pour gagner Wimbledon, finira par y arriver après bien des tourments, au début du millénaire suivant. Agassi, l'homme qui haïssait le gazon anglais, en devient le roi. Un souverain éphémère, certes, avant le début de l'hégémonie d'un certain Pete Sampras. Mais il gardera toujours un sentiment particulier pour cette finale 1992, celle qui l'a libéré d'une partie de ses démons et a rendu tout le reste possible.

24. Goran Ivanisevic -Tim Henman

Edition : 2001
Demi-finale
Vainqueur : Goran Ivanisevic (Croatie)
Adversaire : Tim Henman (Grande-Bretagne)
Score : 7-5, 6-7, 0-6, 7-6, 6-3

Comme un passage de témoin que la suite révèlera idéal, Pete Sampras s'est incliné en huitième de finale face au jeune Roger Federer. Le quadruple tenant du titre au tapis, cette édition 2001 est un cœur à prendre. Alors, qui ? Agassi ? Rafter ? Les deux hommes s'affrontent en demi-finale. L'autre ticket pour la finale se joue entre les deux grands maudits du temple du gazon, Tim Henman et Goran Ivanisevic. Un match fou à ne pas mettre devant tous les nerfs, qui va s'étirer sur cinq sets, quasiment quatre heures et... trois jours, pour s'achever le dimanche, date traditionnelle de la grande finale.

La pluie et le scénario du match vont mettre à rude épreuve les cœurs fragiles de ces deux courtisans de longue date. Un "drame" en trois actes, donc :

. Vendredi : Goran Ivanisevic remporte le 1er set, Tim Henman réplique en arrachant le jeu décisif dans le 2e. Puis c'est la démonstration. Le Croate lâche prise, l'Anglais virevolte et colle à son adversaire un 6-0 en à peine un quart d'heure. Goran déguste, Wimbledon savoure. Malheureusement, la pluie éjecte tout le monde du Centre Court.

. Samedi : On ne jouera que 51 petites minutes. Mais jamais Henman ne va passer aussi près d'une finale de Wimbledon que lors de ce bref passage. Dans le tie-break du 4e set, à 5-5, il ne lui manque que deux petits points. Une goutte d'eau en théorie, un océan à traverser dans ce contexte. Ivanisevic s'en sort et embarque le Britannique dans un 5e set. Celui-ci est stoppé à nouveau à 3-2 par la pluie. Rendez-vous dimanche.

. Dimanche : Il ne faut qu'une demi-heure à Ivanisevic pour plier l'affaire. Henman finit par craquer, même si Goran a vu des papillons au moment de servir pour le match : "J'étais tellement stressé que j'avais l'impression que mon bras pesait 10 kilos chaque fois que je servais. Mais j'ai tenu. Je suis désolé pour Tim, vraiment. Mais c'est le destin. Dieu veut que je gagne ce tournoi." Ivanisevic, 125e mondial, ne doit sa présence à Londres qu'à une wild-card. Et il va y jouer sa 4e finale. Tim Henman, lui, n'en verra jamais la couleur.

Tim Henman et Goran Ivanisevic après leur incroyable demi-finale en 2001.

Crédit: Getty Images

23. Rafael Nadal - Juan Martin Del Potro

Edition : 2018
Quart de finale
Vainqueur : Rafael Nadal (Espagne)
Adversaire : Juan Martin Del Potro (Argentine)
Score : 7-5 6-7(7), 4-6, 6-4, 6-4

On veut bien ne pas croire aux signes, mais là, quand même... Dix ans jour pour jour après sa finale de légende remportée face à Roger Federer en 4h48, Rafael Nadal met exactement le même temps pour terrasser Juan Martin Del Potro, dans un quart de finale certes moins prestigieux mais tout aussi titanesque en qualité pure.

Ce match, l'Espagnol, qui est alors n°1 mondial, aurait pu tout aussi bien le perdre ou le gagner plus vite. Il galvaude en effet quatre balles de 2 sets à rien, dont trois consécutives dans le jeu décisif. L'Argentin saute évidemment sur l'occasion pour relancer une partie qui, dès lors, bascule dans une nouvelle dimension.

D'abord un peu émoussé par son autre marathon de 4h24 disputé au tour précédent face à Gilles Simon, Del Potro est désormais bien dérouillé. Il se détache 2 sets à 1 en envoyant du gros bois. Débordé à l'échange, Nadal, avec son intelligence de jeu, refait surface à son tour en usant d'une tactique de plus en plus offensive. En tout et pour tout, il monte 47 fois au filet, pour 36 points marqués.

L'Espagnol revient à 2 sets partout et réussit le break à 2-2 au 5e. C'est précisément à partir de là que le match, déjà fantastique, touche au sublime. Del Potro crache ses dernières flammes pour tenter de revenir : il obtient deux balles de débreak à 2-3, puis trois autres à 3-4, lors d'un jeu de 18 points qui constitue le moment de jouissance ultime de cet orgasme tennistique.

En salle de presse, les journalistes anglais ont détourné leur attention de la demi-finale de Coupe du Monde de football Angleterre-Croatie, qui se dispute en même temps. Sur Twitter, Simona Halep parle du plus beau match qu'elle ait jamais vu. Le spectacle est grandiose, véritablement. Pour manquer ça et là d'un peu de réalisme, à l'image de cette attaque de coup droit "facile" (mais boisée) sur l'une de ses balles de débreak au 5e set, Del Potro finit par s'incliner, jouant une fois de plus le rôle de perdant magnifique qui lui va si bien. Nadal achève le boulot par un service-volée d'école en guise de paraphe à un chef d'œuvre de plus dans sa légende personnelle.

22. Richard Krajicek - Pete Sampras

Edition : 1996
Quart de finale
Vainqueur : Richard Krajicek (Pays-Bas)
Adversaire : Pete Sampras (Etats-Unis)
Score : 7-5, 7-6(3), 6-4

Bien que dépassé par Roger Federer au classement des hommes les plus titrés à Wimbledon, Pete Sampras reste celui qui y a obtenu la plus forte concentration de succès dans l'espace-temps le plus court : 7 en 8 éditions, entre 1993 et 2000. C'est dire à quel point sa seule défaite dans l'intervalle résonne encore comme un coup de tonnerre.

Coïncidence ou pas, cette défaite de Sampras intervient l'année où il réussit son meilleur parcours à Roland Garros (demi-finale), un parcours éreintant après lequel il choisit de déroger à sa tradition en faisant l'impasse sur le Queen's. Elle doit aussi beaucoup à la qualité de son tombeur : Richard Krajicek, devenu au fil des ans une véritable bête noire pour l'Américain, qu'il a battu 6 fois sur 10.

Ce quart de finale, tronqué plusieurs fois par la pluie, Krajicek le gagne en faisant du Sampras, écrasant notamment la bataille des services : 28 aces à 8 et aucun break concédé. Pete, pourtant, a pléthore d'occasions, notamment 6 dans ses deux premiers jeux de retour. Krajicek les sauve toutes, avant que le match ne soit interrompu une première fois à 2-2.

"A la reprise, c'était un autre joueur, écrira Sampras dans son autobiographie. D'habitude, contre les serveurs-volleyeurs, je mettais beaucoup de pression sur les deuxièmes balles et ça marchait. A partir du moment où il a réussi à m'empêcher de lire sa deuxième, cela a créé une réaction en chaîne. Je me suis mis à ressentir plus de pression sur mon propre engagement. Richard l'a senti et cela l'a libéré dans tous les compartiments."

Comme souvent quand il doute, Pete enchaîne les doubles fautes (8). En plus, il n'a rien avec lui, à l'image de ce retour de revers annoncé faute pour quelques millimètres alors qu'il bénéficie (quand même) d'une précieuse balle de break à 5-5 au 2e.

A nouveau perturbé par la pluie, le match est finalement reporté au lendemain alors que Krajicek mène 2 sets à rien, 1-1 dans le 3e set. Mais la nuit n'y change rien. A la reprise, le Hollandais reprend son bombardement pour parachever son exploit. Quoique le véritable exploit, finalement, n'est pas tant cette victoire. C'est de l'avoir validée derrière par deux succès beaucoup plus attendus pour boucler son seul titre du Grand Chelem, à 24 ans.

21. John McEnroe - Björn Borg

Edition : 1981
Finale
Vainqueur : John McEnroe (Etats-Unis)
Adversaire : Björn Borg (Suède)
Score : 4-6, 7-6(1), 7-6(4), 6-4

Moins culte que leur affrontement, en finale déjà, un an plus tôt au même endroit, la finale 1981 entre John McEnroe et Björn Borg n'en marque pas moins une date majeure de l'histoire du tournoi, et même du tennis. Quintuple tenant du titre, le Suédois chute ce jour-là sur le 42e obstacle en s'inclinant en quatre sets contre son grand rival. La fin d'un règne, annonciateur du prochain départ prématuré à la retraite de l'icône de Stockholm. Ce match, c'est tout simplement le dernier joué à Wimbledon par Björn Borg.

Déjà passé près de la sortie en demi-finale face à Connors, Borg empoche pourtant le 1er set et pendant un set et demi, il semble afficher son autorité naturelle. Une simple illusion. La suite est en grande partie une histoire de tie-breaks, mais ils n'auront ni la saveur ni le souffle du 18-16 de 1980. L'Américain rafle les deux jeux décisifs des deuxième et troisième sets, 7-1 et 7-4 et cette fois, chacun pressent que Borg ne s'en relèvera pas. Le match a tourné pour de bon dans le 3e acte, au cours duquel Borg a mené 4-1 avant d'obtenir deux balles de set sur le service de McEnroe à 5-4.

Mais le New-Yorkais se montre parfait dans la gestion des moments les plus chauds. A l'issue de cette finale, une statistique résume tout : McEnroe a sauvé 13 des 15 balles de break auxquelles il a dû faire face. Dans le 10e jeu du 4e set, le fil sur lequel évolue Borg se casse. Il concède le break fatal. Au bout de ces 3h22 de match, une page de l'histoire du tennis se tourne. John McEnroe va dominer Wimbledon et son sport jusqu'au milieu de cette décennie naissante, alors que Borg s'apprête à s'en aller.

Il n'y a rien de pire que l'acceptation de la défaite. Borg le confiera plus tard, en rentrant au vestiaire ce 4 juillet 1981, il n'était ni triste ni déçu. Pas même soulagé. Il ne ressentait rien. Vainqueur ou vaincu, son propre destin avait fini par l'indifférer. Cette finale souffre de l'injuste comparaison avec sa devancière. Très attendue par le public et les médias, elle n'a pourtant pas manqué d'intérêt. Son seul tort ? Ne pas avoir été à la hauteur de celle de 1980. Mais comment être à la hauteur d'un fantasme ?

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