Wimbledon 2026 - Le physique de Sinner peut-il être un frein à sa légende ? "On sent qu'il n'est pas à l'aise dès que ça dure…"

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Tout le reste étant quasiment parfait chez lui, le physique demeure sans doute la seule dernière interrogation autour de Jannik Sinner, qui fait son entrée en lice ce lundi à Wimbledon. Un vrai sujet tout de même, après sa défaillance de Roland-Garros. Ses fragilités, relatives mais récurrentes, peuvent-elles l'empêcher de se bâtir un palmarès à la hauteur de son talent ? That's the question.

Sinner, un génie beaucoup trop banalisé

Video credit: Eurosport

Tout va très bien, Madame la marquise. Jannik Sinner l'a répété à l'envi ces derniers jours : il va mieux, beaucoup mieux. Le voilà fin prêt pour attaquer la défense de son titre à Wimbledon, où il ouvrira le bal du Centre Court, ce lundi à 13h30 (14h30 locales) contre Miomir Kecmanovic. Sa spectaculaire défaillance au deuxième tour de Roland-Garros, il y a un mois, n'est plus qu'un mauvais souvenir. La moitié du corps médical de l'Italie s'est penché à son chevet pour n'en tirer, du moins officiellement, aucune conclusion. "Tous les examens sont bons", a résumé le numéro 1 mondial, qui a juste évoqué, à demi-mots, un coup de chaud et une accumulation d'efforts.
On n'en saura pas plus. C'est de bonne guerre : chez les joueurs de tennis, le secret médical est désormais mieux gardé qu'un coffre-fort. Cela peut se comprendre. Pour Jannik Sinner, le timing n'est pas bon pour étaler ses faiblesses, à un stade de sa carrière où il est lancé à grandes enjambées dans la course aux records, surtout en l'absence de son rival Carlos Alcaraz. À bientôt 25 ans, l'Italien a désormais remporté tous les Masters 1000 et trois Grands Chelems sur quatre (Roland-Garros restant l'exception). Ce n'est pas le moment de faiblir.
Au fond, sa défaillance parisienne n'aurait pas fait couler tant d'encre si elle était restée un incident isolé. Mais les coups de bambou commencent à s'accumuler. Juste avant Roland-Garros, il y avait eu, déjà, ce passage à vide contre Daniil Medvedev à Rome. En début de saison, à l'Open d'Australie, cet énorme coup de chaud (déjà) contre Eliot Spizzirri. Et pas mal d'autres précédents. À côté de ça, il y a cette statistique qui revient de plus en plus souvent : toujours pas la moindre victoire dans un match de plus de 3h48, son record, face à Ilya Ivashaka à l'US Open 2022. Et un bilan très déficitaire dans des matches en cinq sets (6-12, soit 33%).
Ce dernier chiffre, avouons-le, fait un peu désordre quand on sait que toutes les plus grandes légendes du tennis, sans exception, affichent des bilans largement positifs dans ces matches au long cours. C'est même à ça qu'on les reconnaît, bien souvent. Jannik Sinner, avec le palmarès qui est déjà le sien, ne peut être jugé que dans cette cour des plus grands. Et force est de constater que son bilan en la matière, pour l'heure, n'est pas bon. Après déjà six saisons pleines sur le circuit, difficile de croire que ce soit totalement le fruit du hasard.
On ne lui trouve pas beaucoup de défauts physiques liés au tennis, mais il y quand même encore, sans doute, un petit déficit sur le plan de l'endurance musculaire.
"Vu que, sur le plan mental, il n'a plus rien à prouver, on peut effectivement penser que c'est l'aspect physique qui pêche un peu chez lui dans ces matches longs, constate Laurent Laffite, préparateur physique de l'équipe de France de Coupe Davis. Jannik est quelqu'un d'explosif, très efficace dans ses déplacements et, pour avoir beaucoup observé sa routine, très précautionneux de sa santé articulaire. On ne lui trouve pas beaucoup de défauts physiques liés au tennis, mais il y quand même encore, sans doute, un petit déficit sur le plan de l'endurance musculaire. Je n'ai pas ses données physiologiques, mais on voit bien qu'il n'est pas à l'aise dès que ça dure..."
Évidemment, tout est relatif. On parle du numéro 1 mondial, pas du 30/1 du coin. Les contre-exemples sont aussi nombreux des matches où Sinner n'a pas cillé physiquement, notamment lors de ces deux combats monumentaux de plus de cinq heures contre Carlos Alcaraz, en finale de Roland-Garros 2025 et en quart de finale de l'US Open 2022. Mais ces matches-là, au bout du compte, il les a perdus. Comme à chaque fois que la pendule a dépassé les quatre heures. Sans aller jusqu'à parler de point faible, disons que Jannik Sinner est un peu le Jean-Claude Dusse du tennis mondial : il ne peut pas tout miser sur son physique.
Attention toutefois à ne pas tout mélanger : les coups de chaud qui ont ponctué sa carrière et ses difficultés dans les matches en cinq sets ne relèvent pas forcément du même phénomène. Les premiers interrogent sur sa capacité à supporter les conditions extrêmes ; les secondes sur sa capacité à maintenir son niveau au-delà d'une certaine durée.  Reste que tout cela se rejoint sur un point : le physique reste le seul secteur dans lequel Sinner ne domine pas ses rivaux. Et quand on connaît l'importance de ce secteur dans le tennis moderne, c'est forcément préoccupant.
Umberto Ferrara, préparateur physique du Transalpin depuis 2022, avait lui-même expliqué il y a quelques années que l'un des grands chantiers entrepris à l'époque consistait à développer sa masse musculaire et sa capacité à enchaîner les matches sans perte de rendement. Aujourd'hui, la communication du clan est devenue minimaliste sur ces questions liées au corps et à la santé, surtout depuis l'affaire du Clostebol. Mais entre les lignes, on devine que le chantier n'est pas fini. Et que Sinner, à la base, n'est pas une "bête" physique naturelle, comme peut l'être un Carlos Alcaraz.

Un "retard" en Grand Chelem au passage des 25 ans

"Ce n'est pas effectivement ce qui se dégage chez lui en premier, confirme Laurent Laffite, qui est également le préparateur physique, à titre individuel, de Luca Van Assche. Je pense que, quand on est jeune, on développe ses points forts pour masquer ou mettre de côté ses points faibles. Or, quand on voit à quel point Jannik est efficace dans sa gestuelle et dans ses déplacements en termes de coût énergétique, c'est qu'il a forcément dû compenser un certain déficit physique par cette efficience technique. Et aujourd'hui, sans aller jusqu'à dire qu'il s'agit d'un point faible, je pense que le physique reste le domaine où il peut encore le plus progresser."
Reste cette question fondamentale : si le physique de Jannik Sinner demeure, disons, un point "moins fort" chez lui, à quel point pourra-t-il être un frein à la construction de son palmarès ? L'avenir le dira. En attendant, le présent interroge. Le Tyrolien compte aujourd'hui quatre Grands Chelems, ce qui est évidemment fabuleux, mais pas exceptionnel à l'échelle, par exemple, d'un Rafael Nadal, qui en avait déjà 10 au moment de fêter ses 25 ans, ou d'un Carlos Alcaraz qui en compte sept avec deux ans de moins.
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Sans préparation sur gazon : faut-il s’inquiéter pour Sinner ?

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Son tableau de marche le rapprocherait plutôt – comme toujours – de Novak Djokovic, qui avait remporté cinq titres majeurs au même âge que l'Italien, lequel pourrait donc "égaliser" s'il triomphe à Wimbledon. Comme Sinner, le Serbe a d'ailleurs mis quelques années avant de construire le phénomène physique que l'on a connu ensuite. Au début, entre ses soucis respiratoires, son allergie au gluten et une résistance à la chaleur assez suspecte pour lui aussi, ça n'était pas gagné. Il était difficile d'imaginer qu'il deviendrait l'un des plus grands marathoniens de ce sport.
Est-ce que Sinner a cette capacité à aller au bout du bout de lui-même, comme peut avoir un Djokovic ?
Souhaitons à Jannik Sinner de connaître la même évolution et on peut lui faire confiance, à lui et son équipe, pour rechercher activement et intelligemment toutes les solutions. Wimbledon, où l'on prévoit des températures plus clémentes après cet épisode caniculaire qui a également touché l'Angleterre, s'annonce comme l'occasion idoine, pour lui, de remettre l'église au centre du village. Mais en attendant, les questions demeurent.
"Si vraiment il a eu un coup de chaud à Roland-Garros, c'est quand même étonnant qu'il n'ait pas pu finir son match, conclut celui qui a également été le préparateur physique de Garbiñe Muguruza et Victoria Azarenka. Cela pose une question : est-ce que Sinner a cette capacité à aller au bout du bout de lui-même, comme peut avoir un Djokovic ? Est-ce qu'il ne cherche pas parfois, plus ou moins consciemment, à se préserver, à ne pas trop puiser au fond de lui, pour éviter de se blesser ? Cela reste une interrogation. Quoi qu'il en soit, s'il ne résout pas ses problèmes de résistance à la chaleur, cela peut être un problème pour son palmarès, oui. Car il fait chaud, aujourd'hui, presque partout."
Et a priori, les choses n'iront pas en se rafraîchissant.
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