Wimbledon 2026 - Premier tour - Adrian Mannarino, le peuple de l'herbe

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Il en a plusieurs, on le sait. Mais l'une des singularités d'Adrian Mannarino, qui fait son entrée en lice ce mardi à Wimbledon contre Titouan Droguet, est d'être l'un des derniers véritables herbivores du circuit. Avec un tennis pourtant loin de l'archétype que l'on se fait d'un spécialiste du genre, il est même devenu le joueur français comptant le plus de succès sur gazon. Explications.

Adrian Mannarino après sa victoire face à Jakub Mensik lors du tournoi du Queen's 2026.

Crédit: Getty Images

Tout le monde le dit, sur le circuit : Adrian Mannarino est un être à part. Une sorte d'OVNI tennistique qui ne joue pas comme les autres, ne pense pas comme les autres et n'entretient pas ce culte de l'ego propre à bon nombre de ses congénères. Il pourrait, pourtant. Car à 38 ans, le Val-d'Oisien, qui fait son entrée en lice à Wimbledon ce mardi contre son compatriote Titouan Droguet, est toujours solidement accroché dans le top 40. Ce qui est d'autant plus remarquable pour un joueur qui, en plus de son grand âge, n'a ni un physique de golgoth, ni un coup qui fasse lever les foules. C'est qu'il doit bien avoir autre chose, l'ami "Manna".
Et encore : si le tennis, comme à ses débuts, se jouait exclusivement sur gazon, le Français, devenu au fil des années l'un des herbivores les plus chevronnés du circuit – l'un des derniers du genre -, serait à minima dans le top 20. Peut-être même pas loin du top 10. C'est presque mathématique. Sur les 1 139 points ATP qu'il compte à ce jour, il en a gagné près d'un tiers dans cette fenêtre de titre d'un mois que représente la saison sur tapis vert, entre sa finale à Newport l'an dernier et sa demi-finale cette année à 's-Hertogenbosch, où il est devenu le joueur français de l'ère Open comptant le plus de victoires sur gazon (77 désormais) sur le circuit principal.
Même s'il a aussi particulièrement bien joué sur dur l'an dernier lors de la saison nord-américaine, Mannarino sait que c'est là qu'il doit faire le plein. Et il le fait chaque année avec une remarquable régularité, étant aussi l'un des rares à jouer chaque semaine possible sur herbe. On ne sera donc pas surpris de rappeler qu'il a remporté deux de ses cinq titres sur gazon ('s-Hertogenbosch et Newport, justement, en 2019 et 2023), et que le gazon est aussi la surface sur laquelle il compte le meilleur taux de victoires (57,9%). Un chiffre dont on mesure mieux la portée si on le compare à ses maigres 20% de succès sur terre battue.
Un différentiel d'un autre temps, qui nous ramène aux années 90 et avant, quand il existait deux clans bien marqués entre les spécialistes de la terre et les spécialistes de l'herbe. Depuis le ralentissement du gazon et l'homogénéisation des surfaces à l'aube du 21e siècle, cette frontière a disparu, ou en tout cas n'existe plus de manière aussi marquée. Mais Mannarino, lui, est resté, avec son jeu également d'un autre temps, tout en coups de patte, en précision et en géométrie.
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Surface, récup, dotation : Pourquoi certains évitent le gazon

Video credit: Eurosport

Loin de l'archétype qu'on se fait du pur joueur de gazon, serveur-volleyeur avant tout, le Francilien incarne plutôt le tennis adapté au gazon moderne : un joueur de fond de court doté d'une belle main et capable surtout, grâce à des frappes très à plat (limite underspin côté revers), de garder la balle basse et d'exploiter le côté fusant du rebond sur gazon, un peu comme le faisait un Jimmy Connors à son époque. Avec ça, nul besoin d'une puissance hors normes : le Français se protège à l'échange, prend du temps à ses adversaires et se créée les ouvertures nécessaires. Son sens du jeu, son art du contre et son service slicé de gaucher font le reste. Sur herbe, Dieu soit loué, le timing suffit encore.
"Je pense quand même que l'efficacité de son jeu sur gazon repose à la fois dans son coup d'œil et dans son jeu de jambes, estime son père, Florent, qui a été son premier entraîneur. C'est aussi une question de gabarit : il est moins lourd et moins grand que la plupart des autres joueurs, ce qui le rend plus efficace sur cette surface." Alexander Zverev l'a lui-même rappelé récemment : si les grands gabarits dominent désormais le tennis moderne, ils demeurent plus en difficulté sur gazon, surface qui récompense davantage les déplacements légers et les appuis rapides.
Adrian a passé sa jeunesse au CSM Eaubonne où les terrains intérieurs étaient quasiment aussi rapides qu'un parquet.
Florent Mannarino, qui accompagnait Adrian à ses débuts sur le circuit, peut témoigner que le goût de son fils pour l'herbe est 100 % naturel. Lors de son tout premier tournoi sur gazon, au Challenger de Surbiton en 2008, le Francilien avait atteint les demi-finales. Dans un contexte certes particulier puisque la pluie l'avait contraint à disputer ses deux premiers tours en indoor. Mais en démontrant déjà, tout de même, une appétence particulière pour la surface, sans l'avoir jamais pratiquée.
"Il ne s'était jamais entraîné sur gazon avant ça mais, curieusement, il n'avait aucune appréhension à jouer dessus, se souvient Florent, lui-même professeur de tennis diplômé d'Etat. En fait, il a passé sa jeunesse à s'entraîner au CSM Eaubonne où, à l'époque, les terrains intérieurs étaient en granulastique, quasiment aussi rapides qu'un parquet. Le fait de jouer sur une surface aussi rapide, avec des rebonds très bas, ne le dérangeait absolument pas."
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Smash et contre-amortie : Mannarino réussit le point du jour pour se relancer

Video credit: Eurosport

Depuis, pas une année ou presque ne s'est écoulée sans que le joueur ne claque un truc sur herbe. En 2009, c'est à Wimbledon qu'il s'est extirpé pour la première fois des qualifications d'un Grand Chelem. En 2011, c'est au Queen's qu'il a épinglé l'un de ses premiers gros poissons en la personne de Juan Martin Del Potro. En 2013, c'est à Wimbledon, encore, qu'il a atteint pour la première fois la deuxième semaine d'un Grand Chelem. Et c'est peut-être bien lui qui aurait dû mettre un terme à la carrière de Roger Federer, en 2021, toujours à Londres, sans une blessure au genou qui l'avait contraint à l'abandon alors qu'il menait deux sets à un.
Personne, pas même les tout meilleurs, n'est particulièrement serein à l'idée d'affronter le Divin Chauve dans son jardin préféré. C'est lié, on l'a dit, à sa manière particulière de frapper la balle. Mais aussi à une qualité peut-être moins visible à l'œil nu : sa capacité, pour le coup unique, à retourner aussi bien et même mieux sur gazon que sur les autres surfaces.

Le retour, sa différence à lui

Son entraîneur actuel, Erwann Tortuyaux, pointait ainsi dans l'Equipe, il y a trois ans, une statistique particulièrement pertinente : "Pour la plupart des joueurs, même pour Djokovic, les statistiques en retour se dégradent sur herbe. Adrian, lui, reste complètement stable : 50 % de points gagnés sur deuxième service adverse et 22 % de jeux de retour gagnés. Beaucoup de joueurs déclinent parce que la surface accélère le service. Pas lui. Vu qu'il possède un très bon œil, qu'il s'organise tôt et qu'il a des préparations compactes, il retourne bien mieux que la moyenne sur gazon."
Les chiffres cités par Erwann "les bons tuyaux" sont toujours valables. Ils sont même devenus encore plus édifiants : aujourd'hui, Mannarino, c'est 51% de points gagnés sur deuxièmes balles adverses, contre 50 % sur dur et 47 % sur terre battue. Pas mal, non ? C'est français. C'est "Manna". Et ça ne sera pas de trop en vue d'une potentielle revanche au deuxième tour contre Alex de Minaur, qui vient de le battre à 's-Hertogenbosh, avec d'ailleurs des armes assez similaires. Mais chut : Mannarino ne voit certainement pas si loin dans sa partie de tableau. Et, en l'occurrence, il a bien raison.
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