Wimbledon 2026 | Simple messieurs, demi-finales : Jannik Sinner, l'heure du grand test face à Novak Djokovic : "Je devrai élever mon niveau…"

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S'il donne une impression de montée en puissance sur ce Wimbledon, Jannik Sinner n'a pas pour autant complètement levé toutes les questions autour de son niveau de jeu et de sa condition physique. Cette demi-finale face à Novak Djokovic, qui se trouve décidément toujours sur sa route, lui offre l'occasion parfaite de s'étalonner. Et peut-être aussi de rappeler qui est le boss…

Lettre d'amour à Djokovic

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Vous avez beaucoup vu Jannik Sinner à Wimbledon, vous ? Depuis son entrée en lice hautement piégeuse face à Miomir Kecmanovic, où il s'était retrouvé mené deux sets à un, le numéro un mondial a tracé sa route avec une discrétion inversement proportionnelle à son statut, et à ses habitudes. Pour l'instant, les projecteurs se sont surtout braqués sur d'autres. Et notamment sur Novak Djokovic, qui continue à 39 ans d'écrire sa légende sans fin et a remporté face à Felix Auger-Aliassime, en quart de finale, une victoire épique à rajouter à sa collection.
Djokovic, justement. C'est donc lui que Sinner va encore une fois retrouver en demi-finale, cet après-midi, on a presque envie d'écrire comme d'habitude. Les deux hommes, déjà si souvent comparés en termes de trajectoire et de style de jeu, ne se quittent plus ces derniers temps, surtout à ce niveau de la compétition. Depuis deux ans, ce sera leur cinquième demi-finale l'un contre l'autre en Grand Chelem.
Sinner a remporté les trois premières et, à vrai dire, on pensait bien qu'il avait fermé le ban en expédiant un Djokovic émoussé physiquement, ici-même, il y a un an. Un match qui, à l'époque, nous avait semblé être un parfait symbole d'une passation de témoin, d'autant qu'il s'agissait alors, tous tournois confondus, de sa cinquième victoire d'affilée contre son prestigieux aîné. Sauf que, sauf que… Le Serbe, un peu vite enterré pour la cent-millième fois de sa carrière, a tout relancé en remportant leur dernier duel en début d'année à l'Open d'Australie, en cinq sets.
De quoi redonner à cette demi-finale de demain un parfum de suspense qui s'était un peu évanoui auparavant. Le contexte du match est, de toute façon, entouré d'un certain nombre d'interrogations. Autour de Djokovic, déjà, et de la façon dont il aura récupéré physiquement après son marathon en quarts. Mais aussi et peut-être même surtout autour de Sinner qui, après la déflagration de son coup de chaud à Roland-Garros, n'a pas complètement répondu à toutes les questions que l'on se posait à son sujet au début de ce Wimbledon.
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Cette version "Wimbledon 2026" de Jannik Sinner est-elle aussi forte que celle de 2025, et du printemps dernier ? Franchement, c'est difficile à dire. Depuis son alerte du premier tour, le tenant du titre n'a plus perdu un set et si on ne l'a jamais vu sortir son meilleur tennis, c'est aussi parce qu'il n'en a pas eu besoin, au fil d'un tableau très à sa main. On l'a vu assez souvent commettre des fautes inhabituelles, notamment côté coup droit. Pas de quoi s'enthousiasmer, pas de quoi non plus s'inquiéter.
Une chose est sûre, je sers mieux que l'an dernier et c'est pour ça que je suis en demi-finale.
Mais s'il y a bien un domaine, en revanche, où il semble au point, c'est dans celui du service : 97 aces depuis le début de la quinzaine (contre 62 l'an passé dans l'entièreté du tournoi), 84% de points marqués derrière sa première balle, un seul break concédé sur ses deux derniers matches… Là, oui, c'est du solide. Du lourd. Du "clutch". Et c'est vrai depuis maintenant plusieurs mois, on en a d'ailleurs déjà parlé ici : Jannik Sinner est devenu un serveur exceptionnel, l'un des tout meilleurs du circuit.
"Une chose est sûre, je sers mieux que l'an dernier et c'est pour ça que je suis en demi-finale car sur gazon, c'est essentiel, a-t-il déclaré à Londres aux médias italiens. Je pense que ma progression dans ce secteur vient avant tout du travail physique. Je me sens plus fort, et donc plus stable. Globalement, c'est un coup que j'ai énormément travaillé ces deux dernières années. Nous avons modifié le geste, le lancer, le timing… L'objectif n'était pas uniquement de gagner en vitesse, mais surtout de savoir utiliser le bon service au bon moment. Et là, ça se passe bien. Il est vrai qu'il fait chaud, donc la balle avance plus vite. Mais sur gazon, le plus important est le pourcentage de premières. Plus il est élevé, plus cela vous donne confiance dans les jeux de retour."
Face à un Djokovic qui présente des statistiques pratiquement aussi flatteuses au service, il paraît évident que la clé du duel sera le dialogue service-retour. Et il n'est pas étonnant que Sinner ait été aperçu en train de mettre l'accent sur ces deux secteurs clés, ce jeudi lors d'un entraînement effectué, comme par hasard, en plein soleil. Car si cette demi-finale, programmée en deuxième rotation en dépit du bon sens (Sinner et Djokovic ayant joué un jour plus tôt que Zverev et Féry), devrait éviter les heures les plus chaudes, l'Italien est désormais très attentif à ce "détail" météorologique qui lui a tant coûté à Paris, et même avant.
Si je veux avoir une chance, je vais devoir élever mon niveau de jeu.
Pour le reste, sur son niveau de jeu général, Jannik Sinner est comme nous. Pas horrifié, loin de là, mais pas complètement convaincu. Mitigé, quoi. "Disons que je suis plus ou moins satisfait, a-t-il répondu. Je sais que si je veux avoir une chance de battre Djokovic, je vais devoir l'élever. J'ai encore une marge de progression, c'est certain. Mais je suis assez serein, parce que je sais que je peux monter en puissance. Et en général, je suis présent dans les grands rendez-vous. Après, je ne peux pas prédire l'avenir…"
Nous non plus. On peut, en revanche, se repencher sur le passé, et sur cette drôle de trajectoire commune qui unit décidément Jannik Sinner et Novak Djokovic. Les deux hommes sont tous deux passés par l'académie de Ricardo Piatti, en Italie, et ce n'est certainement pas un hasard s'ils parlent le même langage tennistique, l'un étant considéré comme la version moderne de l'autre. Leur histoire a en tout cas débuté il y a longtemps, bien avant leur premier affrontement sur le circuit, à Monte Carlo, en 2021 (victoire de Djokovic 6-4, 6-2).
"La première fois que je l'ai vu, c'était aussi à Monte Carlo, pendant un de ses entraînements, se souvenait Sinner. Je devais avoir 14 ou 15 ans et j'avais pris une photo avec lui que j'ai toujours, où j'ai un sweat bleu et les cheveux longs. A l'époque, il me paraissait inaccessible. J'ai toujours été quelqu'un de terre-à-terre, et je me disais que jamais je n'atteindrais un tel niveau. Puis il y a eu ce premier match à Monte Carlo. J'étais déjà heureux d'être sur le court face à lui, quel que soit le résultat. En fait, j'espérais seulement mettre un jeu… Aujourd'hui, les choses ont changé sans vraiment changer. Il y a forcément de la pression, mais je la vis plutôt bien. Je suis simplement heureux d'être là."
Miroirs l'un de l'autre, les deux hommes vont finalement se révéler à eux-mêmes l'un face à l'autre. On verra ce vendredi si Novak Djokovic a encore en lui ce fameux 25e titre en Grand Chelem. On verra si Jannik Sinner a définitivement repris le leadership non seulement face au Serbe, mais plus globalement sur le circuit. Même en cas de défaite, il restera l'incontestable numéro un, c'est vrai. Mais un numéro un sans Grand Chelem aux deux tiers de la saison. Donc un numéro un peu moins incontestable, malgré tout.
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