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Top 100: Les Bleus écoeurent (encore) les Blacks
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Publié 14/06/2013 à 10:44 GMT+2
1983-2013: 30 ans et 100 grands moments de sport français. On entre vendredi dans les 60 premières places, un artiste nommé Zinédine Zidane. Nous trouvons aussi trace d'une victoire "typiquement française" du XV de France face à la Nouvelle-Zélande en Coupe du monde de rugby.
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Du 100e au 96eDu 95e au 91eDu 90e au 86eDu 85e au 81eDu 80e au 76eDu 75e au 71eDu 70e au 66eDu 65e au 61e
60. PISTE, CAPITALE BORDEAUX
C'était quoi? Une déroute transformée en triomphe. Le tout en quelques minutes. Etonnant. Inexplicable. Improbable. Français.
L'histoire: 1998, ce n'est pas que l'âge d'or du football français. Il n'y a pas 50 disciplines dans laquelle la France a survolé les débats durant un laps de temps plus ou moins long. Le cyclisme sur piste est une de celles-là. Après une première époque phare dans les années 60-70, dans le sillage de Daniel Morelon, la piste française a ensuite connu une longue éclipse, malgré quelques coups d'éclat, rares et dispersés dans le temps. Jusqu'aux années 90 et l'émergence d'une génération d'exception. Elle va culminer lors des Championnats du monde de Bordeaux, en 1998, en opérant une razzia absolument ahurissante: neuf médailles en douze épreuves, dont six en or. Arnaud Tournant est sacré sur le kilomètre, Florian Rousseau en vitesse individuelle, Philippe Ermenault en poursuite individuelle (en battant Francis Moreau en finale), alors que Félicia Ballanger domine à la fois la vitesse et le 500m, sans oublier le sacre en vitesse par équipes, épreuve toute fraiche au programme mondial. Toutes les autres nations envient alors à la France ses leaders et même ses entraineurs, Daniel Morelon et Gérard Quyntin. Bordeaux marque une sorte de chef d'œuvre collectif grâce à la plénitude athlétique atteinte simultanément par plusieurs champions d'exception.
Quelle portée? On mesure mieux aujourd'hui, avec 15 années de recul, à quel point la piste tricolore était riche à la fin du siècle dernier. Il reste aujourd'hui quelques champions dominateurs, à l'image, évidemment, de Grégory Baugé. Mais à l'époque, des Baugé, il y en avait cinq ou six. Surtout, la France brillait à la fois chez les hommes et chez les femmes, et dans une variété de disciplines beaucoup plus importante. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. La France a servi de modèle. Aujourd'hui, elle ne l'est plus. Son passé récent, glorieux, a laissé place à un avenir incertain.
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59. ZIDANE, UN CHEF D'ŒUVRE ET UN SOURIRE
C'était quoi? Et une, et deux, et trois victoires sur le Brésil. Un exploit collectif et un merveilleux numéro de soliste.
L'histoire: Il y a des habitudes, comme ça, qui se gardent au fil des générations. De très bonnes habitudes. Aucun autre pays ne peut se targuer d'avoir bouté hors de la Coupe du monde le Brésil à trois reprises en match à élimination directe. Les Français, eux, ont réussi ce tour de force en seulement deux décennies. Le dernier volet, celui qui nous occupe ici, date du Mondial 2006. Moribonds en début de compétition, les Bleus retrouvent la flamme au cours d'un huitième de finale superbe face à l'Espagne (3-1). Ce soir-là, l'équipe de Raymond Domenech opère une brutale métamorphose qui la mènera à une toute petite séance de tirs au but d'un deuxième titre suprême. Mais chaque chose en son temps. Après sa renaissance contre l'Espagne, l'équipe de France s'attaque donc au Brésil.
Le match en lui-même ne laisse pas un souvenir impérissable. Il connaît néanmoins un fait "historique". Sur l'unique but de la rencontre, Zinédine Zidane sert Thierry Henry. La seule passe décisive de ""Zizou pour "Titi" sous le maillot bleu. Invraisemblable compte tenu du poids des deux hommes sur la sélection pendant de si longues années. Si Henry signe le but de la qualification pour les demi-finales, l'homme de cette soirée, c'est incontestablement Zidane. Il récite une partition proche de la perfection. Si l'état de grâce existe, le Madrilène le connaît soir-là. Toute sa palette technique y passe, mais toujours au service de l'efficacité. Puis il y a cette séquence où on le voit esquisser un sourire à la sortie d'un dribble. Pas de malice ni de mesquinerie dans cette attitude. Juste l'incarnation du plaisir. Zidane a connu de multiples moments forts en équipe de France. Avant ce France-Brésil de 2006, il a déjà inscrit deux buts en finale de Coupe du monde. Mais sur deux coups de tête, sur deux corners. Dans le jeu, dans sa capacité créatrice, le France-Brésil de 2006 reste sans doute son véritable chef d'œuvre.
Quelle portée? Cette troisième victoire française en vingt ans contre le Brésil ne possède ni la beauté de celle de Guadalajara en 1986 ni la portée la historique de la finale de 1998. En ce sens, de ses trois succès sur la Seleçao, celui de Francfort est probablement le moins puissant. Il n'en reste pas moins qu'une victoire contre le Brésil, en quart de finale de Coupe du monde, constitue en soi un évènement majeur. Mais au-delà de la performance collective, c'est d'abord l'image de la totale expression artistique de Zinédine Zidane qui occupe les esprits à l'évocation de cette rencontre. Quelques jours plus tard, en finale, Zizou cristallisera une fois encore l'attention. Pour le pire, cette fois…
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58. QUINON, UN ANGE PASSE
C'était quoi? L'impression d'un moment de grâce.
L'histoire: Pierre Quinon, c'était d'abord un regard. Bleu pénétrant. Impossible de s'en défaire. Un visage d'une douceur infinie, presque apaisant. On sait aujourd'hui que cette douceur maquait un tourment profond, qui a toujours accompagné son propriétaire. Des tourments qui finiront par le pousser à se jeter d'une fenêtre. Une descente de cinq mètres, fatale. 27 ans plus tôt, en 1984, dans le délicieux cadre du Los Angeles Coliseum, Pierre Quinon avait vécu un moment de grâce et de plénitude, lui qui concevait le saut à la perche comme une forme d'expression artistique. Un saut à 5,75m, au premier essai. Suffisant pour décrocher la médaille d'or, à 22 ans, au nez et à la barbe du "local", l'Américain Mike Tully, et Thierry Vigneron, médaillé de bronze d'un concours dont les Soviétiques et les Polonais étaient absents pour cause de boycott. Rien qui ne permette d'atténuer le bonheur de Quinon. "Mon père m'a amené vers l'athlé, racontera-t-il plus tard. J'ai découvert la perche un peu par hasard. Là, j'ai eu comme un flash, une révélation". Dans les airs, Quinon se sent bien. Champion de France à 20 ans à la surprise générale, il montre à Jean-Claude Perrin, qui n'avait d'abord pas voulu de lui, qu'il vaut vraiment le coup. Sa carrière aura du mal à se remettre de ce pur moment de bonheur. Après un record personnel à 5,90m en 1985, Pierre Quinon connaitra surtout des blessures. Au corps puis à l'âme. Ce qui a suivi sa carrière et le mènera jusqu'à mettre fin à ses jours en 2011 ne nous appartient pas. Mais cette nuit du 8 août 1984, elle, fait un peu partie de nous.
Quelle portée? Un champion olympique en athlétisme, pour la France, c'est un évènement en soi. En 1984, c'est encore plus vrai. Depuis 1896, Pierre Quinon n'était que le huitième athlète tricolore titré sur l'Olympe. Le premier depuis Guy Drut huit ans plus tôt à Montréal. Le tout premier, surtout, dans une épreuve de saut. Le sacre de Quinon a ouvert la voie à ceux de Jean Galfione, en 1996 et de Renaud Lavillenie, l'an passé, à Londres.
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Top 100 1984 Los Angeles Perche Pierre Quinon
Crédit: AFP
57. REBELOTE CONTRE LES BLACKS A CARDIFF
C'était quoi? Du 100% XV de France. Moribond, critiqué, donné perdant. Et finalement vainqueur. Une victoire comme seul le rugby français peut en produire. Quart de finale de Coupe du monde 2007...
L'histoire: Le moment le plus fort de cette soirée, c'est… l'avant-match qui nous l'a offert. Au moment du haka, les Français, alignés, vêtus de maillot blanc, bleu ou rouge, s'avancent vers les Blacks. Ils terminent nez à nez avec eux. Un incroyable moment de tension palpable dans le stade. Un vrai frisson. Une façon pour ce groupe critiqué de toutes parts de se souder dans la difficulté. Lancée par un tel moment d'adrénaline, la soirée ne pouvait être qu'exceptionnelle. Rien n'était normal, de toute façon, dans ce quart de finale. C'est la Coupe du monde en France mais les Bleus doivent se délocaliser à… Cardiff. Battus pour leur premier match par l'Argentine, ils n'ont d'autre choix que de se coltiner les Blacks. Franchement, personne n'y croit vraiment. C'est le fiasco annoncé. La lessiveuse est prête pour cette équipe et tout particulièrement pour son sélectionneur, Bernard Laporte. Quand les Néo-Zélandais mènent 13-0 en première période, les papiers sont déjà quasiment prêts en tribune de presse. Mais c'est bien connu, le XV de France n'est jamais aussi dangereux que quand plus personne ne croit en lui. Alors, la botte de Beauxis par ci, un essai de Dusautoir par là, un autre de Jauzion et, surtout, une défense héroïque suffiront à transformer un fiasco annoncé en improbable triomphe.
Quelle portée? Cette victoire tellement française a été suivie d'un échec retentissant, tout aussi caractéristique du XV tricolore, en demi-finale, contre l'Angleterre. L'exploit de Cardiff fut donc sans lendemain, comme celui de Sydney en 1987 ou celui de Twickenham en 1999. Comme si le bonheur français, en Coupe du monde, n'avait pas vocation à être durable. N'empêche, le match de Cardiff, sans avoir l'étoffe du Bleus-Blacks de 1999, reste le grand moment de l'ère Laporte et, pour beaucoup de joueurs présents sur le terrain, le sommet de leur carrière.
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56. GUY-LLAUME, LES COMPERES DU COMBINE
C'était quoi? Une victoire, magistrale et attendue. Une deuxième place, exceptionnelle sur la forme et inespérée sur le fond. Au cumul de ces deux éléments, une après-midi inoubliable et historique pour le ski nordique français.
L'histoire: Il y a plus beau encore qu'être sacré champion olympique. Il y a être sacré champion olympique à domicile. Triompher devant son public, aux Jeux, c'est vivre une expérience unique. C'est la cerise sur le gâteau. Comme Edgar Grospiron et les filles du biathlon en relais, Fabrice Guy a eu cette chance en 1992 à Albertville. A l'époque, Guy domine le combiné nordique. Arrivé en favori aux J.O., il va justifier son statut. Troisième après le saut, le champion de Mouthe fait la différence en ski de fond, sa discipline de prédilection. Prenant la tête à mi-parcours, Guy survole son sujet. A 23 ans, il a préparé son affaire avec une minutie extrême, en vrai professionnel. Ce qui aurait pu être un grand moment va en fait s'avérer une séquence fabuleuse. L'or de Guy aurait suffi au bonheur de la délégation tricolore. Mais derrière, Sylvain Guillaume va presque réussir à voler la vedette à son pote. Seulement 13e à l'issue du saut, il réussit un parcours hallucinant en fond. Il dépasse tous ses adversaires, un à un, y compris le redoutable fondeur autrichien Sulzenbacher. Guillaume est comme transcendé par le public de Courchevel. Seul Fabrice Guy résiste à son retour. Les deux gars du Jura offrent ainsi à la France un retentissant et inoubliable doublé.
Quelle portée? Pour une nation comme la France, les doublés aux Jeux Olympiques constituent une exception, pas une norme. L'or de Fabrice Guy et l'argent de Sylvain Guillaume entrent donc dans le cadre d'une performance extraordinaire au sens propre du terme. C'est encore plus vrai pour le ski nordique, maillon faible traditionnel de la France aux Jeux d'hiver. La force de ce doublé est aussi dû au fait qu'il a été réalisé à domicile. Paradoxalement, c'est presque davantage la deuxième place de Guillaume qui fait tout le sel de ce moment. Le sacre de Fabrice Guy, attendu, tant le Jurassien dominait les débats cet hiver là, n'aurait probablement pas suffi à lui seul à faire passer durablement cette journée à la postérité. Le retour d'enfer de Sylvain Guillaume, beaucoup plus improbable lui, a donné à cette course sa dimension historique pour le sport français.
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