Avec la sélection suédoise, Zlatan Ibrahimovic n'est pas parti comme un roi. Pour revenir comme une légende lors de l'Euro 2020 ? C'est en tout cas ce qu'a laissé entendre l'attaquant qui a fêté ses 39 ans cet automne. Le lundi 2 novembre, l'ancien Parisien a lancé un appel du pied à Janne Andersson, le sélectionneur de la Suède, sur les réseaux sociaux. "Long time no see" ("ça fait si longtemps"), a-t-il écrit avec une photo de lui portant le maillot de la sélection scandinave.

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01/06/2020 À 22:18

"Après son tweet, beaucoup de Suédois se sont dits : 'Ok, qu'est-ce qu'il veut promouvoir maintenant ?'", raconte Richard Henriksson, journaliste à Radiosporten. "La dernière fois qu'il a fait ça, c'était pour faire de la publicité pour un opérateur suédois de paris en ligne, rappelle Siavoush Fallahi, notre confrère d'Eurosport Suède. Cela lui a faire perdre de la crédibilité. Beaucoup de gens aiment Zlatan ici, mais lui joue parfois avec leurs sentiments."

Deux mois avant le coup d'envoi du Mondial russe, le Scandinave estimait que la probabilité de le voir jouer était "très élevée". Une Coupe du monde 2018 qu'il a en effet vécue de l'intérieur... grâce à son partenariat avec BetHard. A huis mois du championnat d'Europe, quelle était la cause de ce nouveau message ambigu ? Quelques minutes après AC Milan-Hellas Vérone (2-2), le 8 novembre dernier, Zlatan Ibrahimovic a levé le doute sur ses intentions : "Irriter" la Suède.

Zlatan a fait ça pour qu'on parle de lui et être au centre des attentions

C'est donc à se demander à quoi joue l'ex-Parisien avec son équipe nationale ? "Je ne pense pas qu'il soit sincère quand il évoque un éventuel retour. Il a fait ça pour qu'on parle de lui et être au centre des attentions car il n'a aucune ambition avec la Suède. Il a été très critique envers la sélection et Janne Andersson", analyse Richard Henriksson. Depuis quatre ans, Zlatan Ibrahimovic n'a pas ménagé le sélectionneur suédois. C'est le moins que l'on puisse dire.

"France 2018, c’est la fille spirituelle de 1998"

Le 8 octobre 2019, alors qu'il s'apprête à quitter les LA Galaxy, Zlatan Ibrahimovic accorde une très longue interview au média suédois Expressen où il accuse le sélectionneur scandinave de racisme. "Combien de joueurs issus de la diversité ont été appelés pour sa première liste en septembre 2016 ? Aucun. Quand la question lui a été posée, il s'est fait dessus. Lors de sa deuxième liste, il y en avait davantage. C'était du politiquement correct", a pointé du doigt l'ex-joueur de la Juventus Turin. Sans filtre.

Onze mois plus tard, Zlatan Ibrahimovic a prouvé qu'il maîtrisait toujours aussi bien l'art du high kick. Même à bientôt 40 ans. Que ce soit sur le terrain ou en dehors. Et encore une fois, c'est Janne Andersson qui en a fait les frais. "Quelle putain de blague. Encore une preuve que des personnes incompétentes aux mauvais postes étouffent le football suédois", a-t-il écrit sur son compte Twitter en septembre dernier, en référence à la non-titularisation de Dejan Kulusevski, le grand espoir du football suédois qui a rejoint la Vieille Dame, lors de Suède-France (0-1) en Ligue des nations.

Meilleur buteur de Serie A devant CR7

Au vu de ses dernières prestations avec l'AC Milan, imaginer Zlatan Ibrahimovic revêtir le maillot de la sélection suédoise paraît légitime sur le plan sportif. Après 21 mois de bonne facture aux LA Galaxy, le Suédois est revenu en Lombardie au début de l'année 2020. Avec l'ex-joueur de l'Ajax Amsterdam, le club milanais renaît de ses cendres. Entre le 8 mars et le 5 novembre (défaite face à Lille en Ligue Europa), les Rossoneri sont restés sur une magnifique série de 24 matches sans défaite. Après sept journées de championnat cette saison, l'AC Milan figure en tête de la Serie A, avec deux points d'avance sur Sassuolo, et déjà quatre sur la Juventus (5e).

"Au PSG, Zlatan a tout ravagé sur son passage"

Sur le plan personnel, l'attaquant milanais brille de mille feux. Avec déjà huit buts inscrits, dont trois doublés en cinq rencontres de Serie A, le natif de Malmö domine le classement des buteurs du championnat italien (CR7 totalise six réalisations). Comme il y a dix ou douze ans quand il concurrençait les David Trezeguet, Alessandro Del Piero, Adriano ou Kaka. Une prouesse qui pourrait lui ouvrir in-extremis les portes du prochain Euro ? Malgré nos sollicitations, plusieurs ex-internationaux suédois, des années 90 et 2000, n'ont pas souhaité répondre à cette question.

S'il tient le même rôle qu'à l'AC Milan, ça peut marcher

"Je ne le vois pas revenir, à cause de ses déclarations sur Janne Andersson, estime Richard Henriksson. Si Zlatan l'avait appelé il y a deux ans, juste avant le Mondial russe, pour dire 'je regrette ma décision', le sélectionneur l'aurait rappelé et accueilli à bras ouverts. Au lieu de ça, il a dit qu'il était raciste. Aujourd'hui, je ne vois pas Zlatan lui présenter des excuses, il est trop fier pour ça." En revanche notre confrère d'Eurosport Suède voit une petite porte entrouverte pour l'ex-joueur du PSG, qui tient un nouveau rôle avec l'AC Milan.

"Il est plus mature et ça se voit lors de ses derniers matches qui ont été d'une très grande qualité. Aujourd'hui, c'est un peu le papa de l'équipe. On sent qu'il est à l'écoute de ses partenaires pour leur transmettre son expérience. S'il tient le même rôle qu'actuellement à l'AC Milan, ça peut marcher. Mais il devra convaincre le sélectionneur, qui ne veut pas de lui, souligne Siavoush Fallahi. Après si jamais tu rappelles Zlatan, ce n'est pas pour le mettre sur le banc de touche. Mais pour être le point central du jeu et concentrer l'attention des défenseurs adverses. Je ne pense pas que ce soit impossible mais Janne Andersson a plus une vision sur le long terme."

La Suède sait aussi briller sans Ibra

Il faut remonter au 22 juin 2016 pour retrouver la trace du dernier match du Milanais en sélection. Ce jour-là, la Suède était éliminée de l'Euro sans honneur, sans réalisation de son buteur maison et avec un petit point au compteur. Depuis le championnat d'Europe en France, Janne Andersson a reconstruit une équipe plus homogène. Et définitivement installé les Emil Forsberg (Leipzig) ou Marcus Berg (Krasnodar). Puis lancé les Robin Quaison (Mayence) ou Alexander Isak (Real Sociedad) depuis un an. Moins clinquant mais les résultats sont là. "Avant il y avait 10 hommes qui jouaient pour Zlatan. Depuis que Janne Andersson est en poste, c'est le collectif qui est le plus important", note Siavoush Fallahi.

Lors des qualifications à la Coupe du monde 2018, la Suède a inquiété la France à l'aller (défaite 1-2) puis écoeuré les Bleus à Solna (victoire 2-1). Hugo Lloris s'en souvient encore. Quatre mois plus tard, les Suédois éliminaient l'Italie en barrages du Mondial. Un Mondial russe où les Scandinaves ont brillé : premier d'un groupe relevé avec le Mexique, la Corée du Sud et l'Allemagne puis un quart de finale perdu contre l'Angleterre (0-2). Depuis sa troisième place lors de la World Cup 1994, la Suède n'avait jamais fait mieux. Aujourd'hui, les coéquipiers de Victor Lindelöf sont qualifiés pour l'Euro 2020 après avoir terminé deuxième de leur groupe derrière l'Espagne, tenue en échec dans le Nord de l'Europe (1-1). Et devant la Norvège d'Erling Haaland.

Moins indispensable que par le passé, Zlatan Ibrahimovic va-t-il débloquer un jour son compteur, figé à 116 sélections avec la sélection suèdoise (pour 62 buts) ? Ultra-performant avec l'AC Milan, le géant scandinave devra faire un pas vers son sélectionneur, s'il veut jouer le cinquième Euro de sa carrière. Comme toujours, la balle est dans les pieds de Zlatan Ibrahimovic.

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