Pour la troisième fois en moins de 30 ans, l'AS Saint-Etienne pourrait retourner en Ligue 2. Pourtant européen lors de cinq des huit dernières saisons, dotés d'un centre de formation qui irrigue le football européen, les Verts ont fini par se faire rattraper par la fragilité de leurs institutions et de leurs finances. Mais aussi par les mauvais choix à foison de l'ensemble des strates d'un club qui côtoie le précipice depuis le départ de Jean-Louis Gasset au printemps 2019. Retour en 10 dates sur un effondrement devenu, par la force des choses, inévitable.

4 octobre 2019 : Les pleins pouvoirs pour Puel

Ligue 1
Avec Tudor, souffrance garantie sur facture
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Débarqué dans un club déjà à la dérive (19e), Claude Puel obtient les pleins pouvoirs comme manager. Il siège au directoire et place l'un de ses proches, Xavier Thuilot, comme directeur général. Puel peut façonner l'équipe à sa façon et l'ASSE lui accordera sa confiance plus que de raison, piégé par une situation inextricable. Comme à son habitude, il va d'abord s'atteler à tout déconstruire pour tenter de tout rebâtir selon ses souhaits. Une politique de la terre brûlée qui coûte cher à l'heure de faire les comptes.

Les joueurs, les coaches, les présidents : tous responsables du fiasco des Verts (visuel : Quentin Guichard)

Crédit: Eurosport

19 janvier 2020 : On tire sur l'ambulance Kolo

Très vite, les rapports se tendent entre le nouvel entraîneur et les cadres (M'Vila, Boudebouz, Khazri, Debuchy, Beric etc.). Puel promeut des jeunes et déséquilibre les rapports de force dans le vestiaire. En janvier, après une qualification en Coupe de France face au Paris FC, il dézingue Timothée Kolodziejczak : "Vous allez le voir de moins en moins. Pourquoi ? Parce que je veux garder le bon état d'esprit de l'équipe comme j'ai vu, ce soir. Vous en tirez les conclusions que vous voulez." Le rapport de force éreintant use les anciens patrons du vestiaire et sape leur confiance. Déjà en difficulté, Kolo ne sera plus que l'ombre de lui-même et sa responsabilité sera grande deux ans plus tard dans la saison terrible de l'ASSE.

21 février 2020 : Opération démolition, Ruffier au frigo

Le point d'orgue de cette démonstration de force. En cette fin février, Stéphane Ruffier joue le dernier de ses 383 matches avec les Verts. Puel écarte sans ménagement l'un des deux meilleurs joueurs de l'ASSE au XXIe siècle (avec Loïc Perrin). Jessy Moulin, son remplaçant, n'a pas l'étoffe pour prendre la relève. Etienne Green puis Paul Bernardoni se succèderont sans apporter l'assurance nécessaire à ce poste clé. Avec Ruffier, les Verts se sont tiré une balle dans le pied et boitent encore aujourd'hui.

Stéphane Ruffier sous le maillot des Verts

Crédit: Getty Images

11 août 2020 : Khazri, M'Vila, Boudebouz, par ici la sortie

C'est la grande braderie chez les Verts. Pour se débarrasser des gros salaires, Claude Puel établit une liste noire et écarte du stage de pré-saison Yann M'Vila, Ryad Boudebouz et Wahbi Khazri. Peu importe les conséquences sportives, Puel veut faire fondre le mammouth. L'ancien Rennais s'en ira mais Boudebouz et Khazri tiennent toujours à bout de bras les Verts. Le Tunisien et le Marocain, usés par des mois de défiance, n'ont sans doute pas exploité leur plein potentiel à l'AS Saint-Etienne.

2 octobre 2020 : Bye-bye Fofana, bonjour Aouchiche

Les Verts touchent leur limite. Alors qu'aucun grand actionnaire ne les protège, ils subissent de plein fouet la crise du Covid alors que celle des droits TV s'annonce. Obligée de vendre les bijoux de famille, l'ASSE laisse partir Wesley Fofana à Leicester un an après avoir vendu William Saliba à Arsenal. Deux hommes appelés à un avenir radieux, très loin du Forez. A l'inverse, Puel décide d'investir sur Adil Aouchiche et d'en faire la figure de proue de son projet. Remplaçant toute la saison, l'ancien Parisien n'a pas marqué depuis août dernier en L1. Il est le symbole d'une jeunesse talentueuse mais sans doute trop verte pour affronter une situation aussi périlleuse.

Le braquage Fofana et science du mercato : "Dans la tête de Puel, il est vendu depuis deux mois"

31 août 2021 : Le symbole Ramirez

Sergi Palencia, Alpha Sissoko, Panagiotis Retsos, Jean-Philippe Krasso, Anthony Modeste : depuis l'été 2019, le recrutement des Verts offre un joli festival de ratés. Un homme symbolise le naufrage de la cellule recrutement. Ignacio Ramirez, débarqué le dernier jour du mercato d'été 2021, jouera 123 minutes en Ligue 1, incapable de s'adapter au schéma de jeu de Puel, Sablé et même Dupraz. Son niveau à l'entraînement a atterré ses coaches successifs et il aura coûté près de 900 000 euros. En un an et demi, les Verts auront recruté trois avant-centres : Anthony Modeste, Ignacio Ramirez et Enzo Crivelli. Résultat : 0 but et 490 minutes de jeu. Brillant. Pendant ce temps-là, Robert Beric enquillait les buts à Chicago.

13 janvier 2021 : Les Verts à vendre mais…

Les finances des Verts sont exsangues, l'urgence est de trouver un repreneur capable d'injecter du cash dans la machine. Dans une lettre adressée aux supporters, Roland Romeyer et Bernard Caïazzo officialisent leur désir de vendre leur club. Mais les deux présidents sont-ils sur la même longueur d'onde ? Souhaitent-ils véritablement passer la main ? Un an plus tard, rien n'a bougé, la vente est même repoussée. Symbole des atermoiements d'un couple présidentiel dont les divergences de vue ont coûté cher, cette vente fantôme a alimenté la confusion et la déstabilisation de l'institution.

Romeyer et Caïazzo, les deux dirigeants de l'AS Saint-Etienne

Crédit: Getty Images

21 janvier 2022 : Gnagnon, ah bon ?

Un match et demi avec la réserve, aucune minute chez les pros. Recruté en novembre par Claude Puel, Joris Gnagnon incarne mieux que personne les échecs de la cellule de recrutement. Hors de forme, il n'est même pas allé au-delà de son contrat de six mois… Arrivé cet hiver, Eliaquim Mangala a brillé par son manque de rythme, Bakary Sacko n'a jamais pesé et Enzo Crivelli a squatté l'infirmerie. Hormis Falaye Sacko, les recrues ont aussi plombé les Verts.

17 mars 2022 : "Si on se maintient, je ferai un match avec les ultras"

Au début de l'année, Pascal Dupraz redonne du souffle et de l'envie à des Verts moribonds. Alors qu'ils sortent enfin de la zone rouge, le coach des Verts se laisse aller à une confidence en conférence de presse : "Si on se maintient, je ferai un match dans le kop avec les ultras." Grosse faute de communication. A force de vouloir brosser le poil de ses supporters, Dupraz en oublie l'essentiel : les siens ne sont pas sauvés et il faut rester mobilisé. Depuis cette sortie malheureuse, l'ASSE a pris 4 points en 8 journées.

Pascal Dupraz avec Romain Hamouma et Denis Bouanga lors de Nice - ASSE

Crédit: Getty Images

7 mai 2022 : Un enterrement en toute intimité

ASSE-Reims où l'occasion rêvée de sauver ce qui peut encore l'être et finir barragiste. Une victoire et la 18e place sera quasiment assurée. Dans un silence de cathédrale, au sein d'un huis clos crispant, les Verts s'offrent un enterrement en toute intimité face à une équipe qui n'a plus rien à jouer. Défense aux abois, physique qui flanche, têtes qui explosent : toujours le même scénario avec un Pascal Dupraz impuissant et des joueurs sans ressource. Le spectacle serre le cœur. Les Verts filent en Ligue 2.
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