Il est arrivé en terrain miné. Le sujet est sensible et nécessite une petite dose de langue de bois, propice à la période. "Il y a de la place pour les jeunes", a tenté Yohan Cabaye en mars dernier dans une interview accordée à L'Equipe. Le nouveau coordinateur sportif du PSG, recruté pour chapeauter la formation du club parisien, avance cependant sur des œufs. Car, cette saison, c'est précisément l'un des torts le plus souvent reproché à Mauricio Pochettino.
Au cumul, cette saison, l'Argentin n'a accordé que 515 minutes de jeu aux quatre derniers sortis du centre de formation parisien, Xavi Simons, Edouard Michut, Ismaël Gharbi et le colosse de 16 ans El Chadaille Bitshiabu. Bien loin des 861 minutes accumulées par Julian Draxler ou les 1 307 d'un Mauro Icardi perdu pour le PSG. Leonardo a beau démentir l'absence d'opportunités pour les titis parisiens, son discours se heurte à la vérité des chiffres.
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Crédit: Getty Images

"Même si quelques joueurs ont disputé quelques minutes en pro cette saison, ça fait quelques années que la formation est délaissée, regrette Tripy Makonda, titi de la génération 1990 et suiveur attentif des performances du PSG. En réalité, les jeunes sont barrés par deux types de joueurs : ceux avec des contrats trop élevés pour ne pas jouer et ceux avec des niveaux de performance trop élevés pour espérer les concurrencer".
Pour cette première catégorie, c'est encore Pochettino qui avait été le plus clair, en novembre dernier. "Nous avons 33 joueurs pro dans l’effectif que nous entraînons, avait détaillé le coach du PSG. Au poste de Xavi Simons, c’est peut-être là où c’est le plus engorgé en termes de concurrence. Nous répétons toujours la même chose : nous avons besoin de faire une place aux jeunes mais ce n’est malheureusement pas possible aujourd’hui".

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La tentation de la plus-value sèche

Un constat qui ulcère presque Anthony Vivien, président de l'association Titis du PSG qui suit les jeunes parisiens au quotidien depuis de très nombreuses années. "Je ne peux pas entendre cet argument de faire jouer des joueurs plus capés en raison de leur contrat, c'est l'argument d'un entraîneur qui s'assoit et qui n'est qu'un exécutant, assène-t-il. Le problème vient aussi peut-être de là". De là et d'ailleurs.
Car la place de la formation au PSG, c'est un serpent de mer qui revient à intervalles réguliers. Comment le club peut-il passer autant à côté du plus grand bassin de joueurs au monde ? Comment expliquer que Matteo Guendouzi, qui défiera le PSG ce dimanche avec l'OM (21h), Christopher Nkunku, Moussa Diaby, Kingsley Coman ou encore Mike Maignan soient devenus des internationaux excitants en s'épanouissant ailleurs que dans leur club formateur ? A questions multiples, réponses diverses.
"Avec les jeunes, il faut avoir une certaine politique sportive, estime Makonda. Pas pour leur promettre des choses mais qu'ils aient simplement une chance de montrer quelque chose. C'est au PSG de se demander s'ils veulent former des jeunes pour les faire jouer au niveau professionnel ou simplement pour former des jeunes et réaliser des plus-values à la revente". Ces dernières saisons, c'est surtout dans le dernier domaine que le PSG a appuyé.
Moussa Diaby, Christopher Nkunku, Stanley Nsoki, Timothy Weah, Arthur Zagre, Odsonne Edouard, Yacine Adli ou Jonathan Ikoné sont venus garnir des caisses asséchées par une politique de transfert coûteuse et bling-bling qui a touché ses limites en 2022. Et si les prêts de certains ont été régularisés, notamment concernant Alphonse Aréola, c'est uniquement dans une logique de dégraissage, bien éloignée de la stratégie employée avec Adrien Rabiot lors de son prêt à Toulouse au début de son ascension professionnelle.

Christopher Nkunku

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Les autres, d'Adil Aouchiche à Tanguy Kouassi, ont décidé de signer pro ailleurs, pas convaincu par l'offre sportive proposée et la durée d'un premier contrat pro de trois ans que Leonardo n'a eu cesse de dénoncer avant de voir la législation française enfin s'aligner aux normes européennes. "Tant qu'on n'aura pas ouvert de manière permanente la porte à nos trois, quatre éléments talentueux, les joueurs ne croiront pas au projet Paris Saint-Germain", regrettait en 2018 François Rodrigues, l'ancien entraîneur de la réserve. Quatre ans plus tard, aucune nouveauté.

Retrouver une identité et des partenariats locaux

Alors, faut-il bouger le curseur ? "C'est évidemment impossible de ne s'appuyer que sur le centre de formation au PSG puisqu'il faut vendre des maillots, faut des paillettes pour attirer un public de consommateurs, on l'a bien compris sur les 10 dernières années, avance Anthony Vivien. Pour franchir un cap, il faut une équipe qui soit vraiment imprégnée par la culture club. Qui mieux que des joueurs formés au club pour la diffuser auprès des nouveaux arrivants ? Ça permettrait au passage d'entraîner plus de passions auprès des plus jeunes, qui peuvent se reconnaître dans le parcours de certains issus du cru".
Car dans son internationalisation totale, le PSG a quelque peu délaissé le local. En creux, les reproches du CUP à sa direction touchent à ce que Paris a perdu dans sa mue : son identité. "Honnêtement, je ne m'identifie plus trop à cette équipe, avoue le président des Titis du PSG. On manque de joueurs français à part Presko et Kylian. Ça manque aussi d'un entraîneur qui parle français et d'une réelle confiance envers les jeunes".

Christopher Nkunku, Mike Maignan, Adrien Rabiot et Presnel Kimpembe lors d'un entraînement de l'équipe de France

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Reste la question du niveau : les titis sont-ils les plus à même d'incarner un projet censé remporter la C1 à courte échéance ? Non. Mais le bonheur du PSG pourrait venir d'un meilleur équilibre entre les stars internationales et les gamins du cru. "Quand on fait la liste des joueurs qui jouent dans des grands clubs, qui jouent la C1, qui jouent les hauts de tableaux des championnats étrangers, on ne serait pas loin d'avoir un onze-type qui ferait bonne figure en C1, avance même Anthony Vivien. Et puis, si on ne les teste pas, on ne saura jamais vraiment s'ils ont le niveau pour le PSG…"

Vivier, formateurs : Paris a tout pour réussir

D'autant que dans les échelons inférieurs, le PSG travaille très bien, comme le prouvent les résultats des équipes de jeunes mais également l'attachement de certains formateurs à leur travail au quotidien, comme Zoumana Camara (U19) ou Stéphane Moreau (U17). L'arrivée de Yohan Cabaye a aussi permis de renouer le contact avec les familles des joueurs, pour éviter les malentendus et surinterprétations chez certains. Bref, Paris a tout pour mettre en valeur ce formidable vivier qu'est l'Ile-de-France. A condition de mieux cerner les enjeux de la formation.
"La direction a fait une grosse erreur en arrivant en disant qu'il voulait découvrir le "nouveau Messi", estime le président des Titis du PSG. Il est unique, il n'y en aura qu'un. Il aurait plutôt fallu dire 'on va tout faire pour avoir le "nouveau Presnel Kimpembe" ou le "nouveau Nkunku"', dans un discours plus en proximité avec des clubs de la région. Ce créneau-là, c'est le Paris FC qui est en train de l'accaparer. Je ne serais pas étonné que dans les 2, 3 ou 4 ans, le PFC soit constitué de nombreux jeunes issus de la région parisienne qui auront la possibilité de jouer en L1 s'ils finissent par monter".
Pour éviter ce scénario du pire, le PSG doit sans doute réagir. Alors, faut-il s'attendre à voir rapidement Warren Zaïre-Emery (16 ans), plus gros talent actuel du centre de formation, pointer le bout de son nez d'ici peu ? Possible d'autant que le déménagement du centre d'entraînement à Poissy, prévu pour 2023, pourrait changer les choses. "Au moins, là-bas, ils n'auront plus l'excuse de dire qu'ils ne les voient pas", sourit Anthony Vivien.
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