Valtteri Bottas n'a plus à regarder devant. Il a plutôt le devoir de surveiller ses arrières. Dimanche dernier, au Nürburgring, la première défaillance technique subie par Mercedes cette saison a encore dissipé ses maigres espoirs de titre, au moment même où Lewis Hamilton devenait l'égal de Michael Schumacher au nombre de succès en carrière. Bottas a quitté l'Eifel avec la certitude de finir numéro 2, au mieux, et l'inquiétude de se faire griller par Max Verstappen, au pire. Un drôle de constat qui ne doit certainement pas amuser le pilote de Nastola, mais qui dit tout de ce qu'il est devenu.

Le Finlandais a bien tenté de faire illusion, après la course, sans toutefois nier l'évidence : "L'écart avec Lewis est assez grand en termes de points, a concédé celui qui a été repoussé à 69 unités du leader du Mondial. Il faudrait certainement un miracle. Mais comme toujours, il ne sert à rien d'abandonner. Je dois garder la tête haute et continuer à essayer."

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C'est aussi ce qu'il avait vainement tenté de faire en piste : capable de contenir Hamilton au départ, il avait flanché au 13e passage après une erreur d'appréciation et un blocage de roue au virage N.1, bien avant la perte de puissance de son moteur.

Finalement, sa prestation fut à l'image de toute son aventure chez Mercedes, débutée en 2017 : le pilote de 31 ans a parfois été capable de challenger son encombrant coéquipier mais il n'a jamais pu le faire sur l'ensemble d'un exercice, contrairement à son prédécesseur, Nico Rosberg. En 2019, il tenait la comparaison lors des cinq manches inaugurales, vantant les mérites de nouvelles approches mentales et techniques et ordonnant à tous ses détracteurs "d'aller se faire foutre" dans un accès de rage qui ne le caractérisait pas.

Pour battre Hamilton, il faut être capable de rentrer dans sa tête

Le caractère, justement : il avait été capital, sinon décisif pour hériter du volant du champion allemand. Toto Wolff, le patron de l'écurie - et son manager d'alors - l'avait choisi pour s'offrir un peu de répit, après une année d'une rivalité interne hors norme ayant éreinté toute l'écurie.

Face à la presse, le dirigeant s'était abstenu de lui conférer un statut de N.2. "Je ne suis pas là pour ça, avançait Bottas au cours d'une de ses premières interviews comme pilote Mercedes, à Sky Sports. Je pense que c'est possible. Nico a montré que battre Lewis est possible."

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Un temps, Bottas avait pourtant fini par accepter de jouer le faire-valoir, ne s'estimant pas au niveau pour viser mieux. Pour lui, l'hiver 2018 fut un déclic. Techniquement, le pilote de Nastola s'est attardé sur les gains marginaux : dernièrement, lors du Grand Prix de Styrie, il n'avait pas apprécié que la hauteur de caisse de sa W11 soit erronée de quelques millimètres.

Mentalement, il a appris à faire le vide, d'une épreuve à l'autre, afin de ne pas se laisser écraser par les entreprises de démolition du "King" britannique. Rosberg, lui, s'était entouré d'un psychologue avec lequel il effectuait deux heures de préparation mentale tous les deux jours.

Bottas sous une menace permanente

Le Finlandais a toujours décliné cette méthode, estimant à juste titre qu'elle n'était pas forcément transposable d'une personnalité à l'autre. Jusqu'ici, toutes ses approches sont restées inefficaces mais malgré cela, le numéro 77 n'a pas souhaité se saisir d'une autre clé délivrée par Rosberg.

"Pour battre Hamilton, il faut être capable d'entrer dans sa tête, révélait-il à Sky Sport il y a quelques mois. Là, il n'est pas aussi fort qu'il peut l'être ailleurs. Ce n'est pas simple et il faut aussi savoir performer de manière régulière. Lewis doit sentir sa présence en permanence, au point que c'en devienne une obsession."

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Depuis qu'il a débarqué chez les Flèches d'Argent, Bottas n'a jamais cumulé deux succès de rang. Il s'est toujours refusé à enclencher le mind-game, car il en connaît les risques. Et Mercedes s'est prémunie.

Jusqu'ici, la firme allemande n'a offert que des contrats d'un an à celui qui est devenu vice-champion du monde pour la première fois en 2019, tout en brandissant de manière plus ou moins concrète la menace d'un remplacement par le prodige en couveuse, George Russell. Le Finlandais vit dans un sursis perpétuel. C'est peut-être là sa plus grande limite.

Valtteri Bottas (Mercedes) après sa pole position au Nürburgring, au Grand Prix de l'Eifel 2020

Crédit: Getty Images

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