2017 paraît bien loin. Il y a 4 ans, l’équipe de France remportait, sur son sol, sa 6e couronne mondiale, réaffirmant sa domination. A l’orée du championnat du monde organisé en Egypte (13-31 janvier), le premier à 32 équipes, les Bleus, pourtant composés d’une somme d’individualités de haut ou de très haut niveau, font désormais figure d’outsider, loin du temps où une demi-finale était considérée comme le plus mauvais résultat possible. Et pour cause, l’équipe tricolore, délestée de son titre mondial (3e, 2019) après avoir décroché une médaille de bronze à l’Euro 2018, a vécu, début 2020, un championnat d’Europe désastreux, avec la première élimination de son histoire dès le tour préliminaire. Un résultat qui a conduit au limogeage de Didier Dinart, entraîneur champion du monde trois ans plus tôt.
Cette équipe a besoin de temps et elle n’en a pas
Depuis, les Bleus n’ont jamais pu se relever de cet échec, privés de matches en raison de la pandémie de Covid-19. Guillaume Gille, remplaçant de Dinart après 4 ans passés au poste d'adjoint, a dû attendre ce début d’année pour vivre ses premières rencontres dans la peau du sélectionneur de la nation double championne olympique (2008, 2012). Avec un résultat plus que mitigé. La France a d’abord chuté face à la Serbie (27-24) avant d’obtenir, dans la douleur le week-end dernier un nul face à cette même équipe à Créteil (26-26).
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"Si on pense qu’on peut se permettre de perdre…" : les Bleus ne se laissent pas le choix
13/03/2021 À 22:51
Des performances qui, en plus de compliquer la tâche des Tricolores dans la course à la qualification à l’Euro de l’an prochain, confirme l'impression, ces dernières années, de déclassement d'une nation longtemps intouchable. Elles ont en tout cas laissé des doutes dans la tête des Bleus ainsi que chez les observateurs : "Je m’attendais à une réaction de leur part samedi. Ça n’a pas eu lieu. Je suis sorti de cette partie assez pessimiste, parce que j’ai l’impression que cette équipe a besoin de temps pour construire des choses collectives et qu’elle n’en a pas", expose Jérôme Fernandez, consultant pour Eurosport.
"On entre dans ce Mondial avec beaucoup d’humilité, a ainsi rappelé Gille en conférence de presse dimanche. Le projet initié au niveau du jeu, avec les joueurs, nécessite du temps pour être intégré par l’ensemble des athlètes. Il faut faire en sorte que, match après match, ce groupe révèle son potentiel et que les performances soient de plus en plus abouties". Incapables de museler une équipe largement à leur portée, beaucoup trop brouillons en attaque, les coéquipiers de Michael Guigou ont en effet montré beaucoup de carences. Trop pour espérer rivaliser avec les favoris annoncés de ce tournoi, parmi lesquels le Danemark, l’Espagne ou la Serbie ? Rien n'est joué, surtout que la préparation de certains de ces pays n'a pas non plus été tranquille. (Mal)heureux hasard du calendrier, c'est face à un autre prétendant à la victoire, la Norvège, vice-championne du monde en 2017 et 2019, l'équipe de l’ancien Parisien Sander Sagosen, tout frais vainqueur de la Ligue des champions avec Kiel, que les Bleus vont débuter leur tournoi ce jeudi (20h30).

Un gros morceau d’entrée pour la France

"Si la France veut faire un résultat face aux Norvégiens, il va falloir se reposer sur une très bonne défense, des arrêts de gardien et de bonnes montées de balle en contre-attaque, analyse Fernandez, meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France avec 1463 buts. Et en attaque placée, il faudra jouer plus sur les qualités individuelles du moment que sur le collectif". Les combinaisons offensives, en effet, ont cruellement manqué de variété et de précision. "Il faut qu’on soit capable de mettre beaucoup de rythme sur grand espace, que l’ensemble du groupe propose le meilleur de soi", appuyait ainsi le sélectionneur en conférence de presse.
Une défaite d’entrée ne serait pas rédhibitoire, mais elle rendrait un peu plus complexe la route vers le dernier carré, l’objectif annoncé par Gille. S’ils y parviennent, il y aura, avec l’apparition de quarts de finale, six matches aux Bleus pour peaufiner leur entente, eux qui réclament, logiquement, du temps pour renouer un lien sur le terrain et s’adapter aux principes du nouveau staff : "On veut donner plus de variations et plus de vitesse à cette équipe. On veut partir d’une défense très stable pour pouvoir se projeter vers l’avant de façon plus forte qu’auparavant. Avoir plus d’option devant avec des joueurs différents, les mettre dans de bonnes conditions", a détaillé l'ancien demi-centre.

Serbie-France en qualifications pour l'Euro-2022 de handball

Crédit: Getty Images

"Si tous les ingrédients y sont et qu'ils ont un peu de réussite, c’est évident que l’équipe de France a les joueurs pour être dans le dernier carré", espère Fernandez, soucieux de l’état du groupe, privé notamment de sa star et maître à jouer Nikola Karabatic, avant de rentrer dans cette compétition. Huit des vingt joueurs appelés pour le voyage en Egypte n'ont pas eu le temps de souffler, après leur participation au Final Four fin décembre, sans oublier Luc Abalo qui a joué une finale de coupe de Norvège avec Elverum le 29 décembre.
L'impression que les joueurs sont las
Dans les têtes et sur les corps, cela a laissé des traces, comme peut en témoigner Elohim Prandi, l’arrière gauche du PSG, appelé à jouer un rôle lors de ce Mondial et finalement forfait de dernière minute car touché à l’épaule. "J’ai l’impression que les garçons sont très fatigués, très las de ce début de saison, du contexte sanitaire, de tout ce qui se passe autour d’eux et à l’intérieur de cette équipe de France", s’inquiète Jérôme Fernandez.
"Après la Serbie c’était la soupe à la grimace, a imagé Kentin Mahé, un des participants du Final Four, avec Vezsprem. Mais on a un nouveau cycle qui commence, on essaye de passer à autre chose. L’ambiance est bonne, il n’y a pas de raison qu’on baisse la tête. Il faut qu’on continue à travailler, on est trop gentils encore ! Il faut de la hargne, de l’envie, qu’on se déplace un peu plus. Il faut qu’on se remette tous en question et qu’on arrive à avancer". Une demie finale, à l’heure actuelle, constituerait donc déjà un aboutissement inespéré. Mais l’équipe de France est une habituée des surprises, bonnes comme mauvaises. Tout dépendra du niveau affiché par ses cadres au Caire, de Vincent Gérard dans les buts à une base arrière qui a souvent "balbutié son handball", pour reprendre les termes de Nedim Remili après le deuxième match face aux Serbes.
"Il faut qu’ils y aillent en se disant qu’ils n’ont rien à perdre, il faut jouer tous les matches à fond, pense Fernandez. Et puis ensuite il faudra voir petit à petit quel rôle ils peuvent jouer dans ce Mondial. Mais j’ai le sentiment que ce championnat du monde va probablement plus servir de base de travail pour le tournoi de qualification olympique (prévu à Montpellier du 12 au 14 mars prochain) que de véritable objectif de résultat", expose l'ancien partenaire de Guillaume Gille en équipe de France. Si, après l’Egypte, les Bleus venaient à louper la qualification aux JO pour la première fois depuis 1988, ils poursuivrait indubitablement la sinistrose qui entoure l'équipe française la plus titrée, tout sports confondus. Loin du rêve qu’elle avait (encore une fois) fait vivre en 2017.

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