"Sincèrement, oui, c’est la pire saison que j’ai vécue en tant que professionnel". Du haut de ses 41 printemps, dont 22 passés sur les terrains de D2 et D1 dans l’Hexagone, Patrice Annonay, le gardien de Tremblay, ne mâche pas ses mots pour évoquer la situation dans laquelle évoluent les handballeurs en ces temps de crise sanitaire. Avec des reports de matches réguliers, ceux-ci ont presque perdu tous leurs repères : "En général, quand on commence la saison, on part sur une planification à six mois, expose Annonay. Là, au fur et à mesure des cas Covid et des matches reportés, on avait une planification à un mois, une semaine, puis parfois à deux jours. Cette incertitude créée, je pense, beaucoup d’anxiété".

L’idée c’est de toujours se préparer comme si on allait jouer,. Et si ça s’annule tant pis.
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Et encore, l’ancien joueur du PSG, de 2005 à 2016, ne dispute pas de coupe d’Europe cette saison. Alors imaginez un peu quand, comme Nantes et Paris, les deux formations tricolores qui participent à la C1, vous êtes censés jouer trois matches tous les 7 jours. Il n’y a qu’à prendre le calendrier du club de la capitale sur cette semaine pour s’en rendre compte : le PSG devait initialement affronter le Vardar Skopje, en match en retard mardi, avant de retrouver Kielce jeudi puis de recevoir Istres dimanche. Au final, il ne jouera aucune de ces parties, reportées à chaque fois pour des cas de Covid. Le club, touché d’entrée de saison par les reports, en a profité pour reprogrammer son match initialement prévu le 21 novembre dernier face à Chartres dimanche. Une maigre consolation.

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"Le maître-mot, c’est l’adaptation, pose, en maître zen, le capitaine du HBC Nantes Rock Feliho. L’idée c’est de toujours se préparer comme si on allait jouer, sinon c’est compliqué. Et si ça s’annule tant pis". Il faut dire que le joueur d’Alberto Entrerrios en a lui aussi vu des vertes et des pas mûres depuis quelques semaines. Lors des cinq dernières journées de C1, le "H" n’a pas pu jouer quatre rencontres pour cause de coronavirus. Ce, autant dans les rangs du club aux trois hermines que chez ses adversaires.

A ce compte, femmes et hommes sont à égalité. Car Metz et Brest, les deux clubs de l’Hexagone engagés en C1 chez les filles, sont eux aussi touchés par ces reports incessants, qui voit par exemple, dans le groupe A de Metz, une équipe (Kristiansand), compter 4 matches de moins qu'une autre (Bucarest, qui a joué 8 fois).

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"C’est hyper difficile à gérer pour nous", regrette Pauline Coatanea, l’ailière brestoise. Le club breton a par exemple accepté de disputer, sur le terrain de Podravka, l’affrontement de la 7e journée prévu d’abord à la Brest Arena mais reporté pour cause de Covid, deux jours après le match de la 8e journée face aux Croates. "Je fonctionne beaucoup aux objectifs, je me dis que telle semaine je dois faire ça, puis ça, et en fait à chaque fois on est plongé dans l’incertitude, on ne sait pas si les équipes ont passé leurs tests, on ne connait pas encore leurs résultats… C’est difficile, il faut rester concentrée et ce n’est pas simple tous les jours", reconnait l’internationale tricolore.

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Cela doit aussi bouillonner dans la tête des coaches, obligés de changer leur programmation (entraînements et jours de repos) toutes les semaines, et qui doivent, en plus des habituelles blessures, elles aussi plus nombreuses depuis le retour de la compétition après une longue période d’inactivité, faire face aux effets du Covid-19 sur leurs protégés : "Tu as des joueurs qui sont touchés et qui peuvent mettre plus de temps que d’autres à revenir. Il n’y a pas d’égalité par rapport au virus, même si pour la plupart des cas que j’ai vu ça c’est bien passé", explique Feliho.

Il y a un problème de rythme, ça fatigue plus que de jouer des matches

Alors que, depuis de nombreuses années, les acteurs du jeu s’inquiètent du rythme fou de leurs saisons, entre championnat, Coupe d’Europe, mais aussi semaines internationales, avec de minces plages d’inactivité, l’argument du repos des organismes dû au calendrier parfois allégé par les reports ne peut même pas être brandi. "Ça te coupe un peu quand même. Nous on est habitués à jouer tous les 3 jours, c’est ça qu’on aime, qui est motivant et excitant. Là on a eu ce rythme au début, puis on est arrêté, ça nous est même arrivé d’avoir 15 jours sans matches, après on se relance, on s’arrête… C’est difficile, parce qu’il n’y a pas eu de vrai départ" de la saison, constate Feliho.

"Au niveau de la forme physique, ce n’est pas facile, puisqu’on alterne entre des périodes parfois chargées, où on joue un match très important, puis on ne joue plus derrière, abonde Ana Gros, du BBH. Il y a un problème de rythme, ça fatigue presque plus que de jouer les matches. On prépare et on travaille la vidéo pour une rencontre, et finalement derrière on ne joue pas. Ça ne sert pas à rien, mais c’est vrai que mentalement c’est difficile".

Compliqué également pour les coaches de donner le cap à leurs équipes, notamment lors de cette phase de poules de Ligue des champions, comme l’indique Laurent Bezeau, le coach breton. "C’est difficile de se fixer des objectifs car on ne sait absolument pas comment ça va se passer à cause de la pandémie et comment ils vont réussir à faire un classement. Il se dit qu’ils (l’EHF) diviseraient le nombre de points par le nombre de matches joués". Comme l’avait fait la Ligue 1 au printemps dernier, avec tous les recours judiciaires que cela avait entraîné. "On se retrouve quelque part dans une iniquité sportive parce qu’une équipe qui n’a pas joué les plus gros peut se retrouver bien placée, puisqu’elle n’a joué que des équipes de bas de tableau et qu’elle a remporté tous ses matches", s'insurge Bezeau à l'évocation de cette possibilité.

L'EHF "n'exclut pas totalement d'autres scénarios" de fin de saison

"Nous n'excluons pas totalement d'autres scénarios" pour finir la saison, nous a-t-on simplement expliqué du côté de l'instance européenne. En insistant d’abord sur le fait que l’organisateur de la C1 se concentre pour le moment "pleinement sur la reprogrammation des matches reportés afin de les faire jouer". En revanche, du côté du championnat de France, le spectre de la "formule alternative" pour la fin de saison, avec des phases de poules puis des play-offs, comme prévu dans le règlement, se précise. La deadline du 21 décembre, où chaque équipe doit avoir disputé au moins dix matches se rapproche, et des équipes comme Chartres et Aix n’en comptent que 6.

Les handballeurs français sont aussi forcés de jouer plus tard, à l’image de Nantes, dont le dernier match de l’année est prévu contre Tremblay le… 23 décembre. A l’Anglaise. "Quand il faut constamment s’adapter, il n’y a qu’une seule règle, il faut tout gagner, car on ne sait pas de quoi demain est fait. Pour éviter les problèmes ou les calculs, il faut gagner", expose Hadatou Sako, la portière de Metz Handball. Rejointe par Rock Feliho : "On connaissait tous les règles. Si jamais d’ici Noël on passe en phase de poules, et qu’à la fin de l’année on est champions, bah on s’en fout !". Déboussolés, les handballeurs n’ont donc plus que la victoire comme point cardinal.

Rock Feliho avec le HBC Nantes lors du Final Four de la Ligue des champions, en 2018

Crédit: Getty Images

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