Le roi a fait son retour. Mais il est encore très loin d'avoir retrouvé son trône. Il y a un peu moins d'un mois, Marc Marquez enfourchait son prototype de compétition pour la première depuis sa deuxième opération de l'humérus, et cette fois-ci pour de bon. Depuis, l'Espagnol a disputé deux Grands Prix, au Portugal et en Espagne, qu'il a bouclés là où il n'a jamais pris l'habitude d'être. Dans le peloton. Relativement loin du vainqueur. Et pas vraiment au contact du Top 5. Le sextuple champion du monde a fait sa rentrée dans le rang... pour longtemps ?
Septième à Portimão puis neuvième à Jérez, le Catalan a au moins eu le mérite de répondre à une question que certains se posaient encore il y a quelques mois. Oui, il est humain. "On s'est souvent demandé si Marc était quelqu'un de normal ou un extraterrestre, confiait récemment à As son successeur au palmarès, Joan Mir. On en a douté ! Mais finalement, tu te rends compte que ce n'est facile pour personne. Tu ne peux pas arriver et dire : 'Je suis Marc Marquez, c'est le MotoGP et j'y fais ce que je veux.' Dans cette catégorie, le niveau est toujours plus élevé, les pilotes sont préparés, l'écart de performances entre les moto ne cesse de se réduire. C'est difficile pour tout le monde. Y compris pour Marc, même s'il ne faut douter ni de ses capacités ni de son talent."
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Il n'a effectivement suffi que de quelques tours pour en avoir le cœur net. Sur une moto, Marquez fait toujours du Marquez. À l'œil nu, difficile de déceler de réelles différences : sur un tour lancé, sa posture est la même, sa manière d'aborder les virages aussi. Mais la répétitions des efforts pose encore problème, pour la simple et bonne raison qu'il n'a pas encore totalement retrouvé son volume musculaire à l'épaule, au bras et à l'avant-bras. Et aucun autre pilote que lui n'a lié son style de pilotage à une dimension physique aussi importante.
Détruit physiquement
Hasard malheureux du calendrier, les circuits sur lesquels il a roulé jusqu'à présent font partie des plus éprouvants pour l'organisme - ce n'est pas Fabio Quartararo qui dira le contraire. Et les lourdes chutes qu'il a subies aux essais à Jérez ne l'ont pas vraiment aidé non plus. En Espagne, Marquez a tenu le rythme malgré "certaines contusions", "la nuque et le dos très tendus" et même "quelques sensations de vertige" consécutives à une suspicion de commotion passée sous silence, la veille.

Marc Marquez (Honda) après sa chute au warm-up du Grand Prix d'Espagne, le 2 mai 2021, à Jérez

Crédit: Getty Images

"Une chute comme celle-ci affecte forcément, avait-il admis le dimanche. Mais c'est l'état de mon bras qui m'inquiète le plus. Et sur ce point, je me sens de mieux en mieux. C'est le plus important." Le Catalan a subi le contrecoup le lendemain et dû faire l'impasse sur une grande partie des tests prévus. "Détruit physiquement", comme il a fini par l'admettre. Ces essais constituaient pourtant un enjeu majeur. Car si Marquez est toujours lui-même, sa Honda, elle, n'est plus tout à fait la sienne.
Absent la saison dernière et cet hiver, le champion du monde n'a pu prendre part au développement de la RCV. Et, même si le règlement a limité les possibilités d'évolution en 2021, la machine japonaise a pris du retard sur ses concurrentes. "Là où on perd le plus de temps, c'est en milieu et en sortie de courbe, expliquait-il à Motorsport. Et si tu veux aller vite et être régulier, c'est précisément à ces endroits qu'il faut être performant." Autrefois réputée pour ne convenir qu'à son style de pilotage, la RCV semble désormais ne plaire... à plus personne.

Sur le papier, le titre est encore à sa portée

Mais pour Honda, l'essentiel est ailleurs. Le constructeur japonais pouvait craindre que son leader souffre du "syndrome Lorenzo". En 2019, le triple champion du monde, incapable de retrouver son naturel sur une machine après plusieurs chutes particulièrement marquantes physiquement et mentalement, avait décidé de mettre un terme à sa carrière. Après le Grand Prix du Portugal, Marquez s'était écroulé sous l'émotion lorsqu'une journaliste de DAZN l'avait interrogé sur les démons qu'il avait dû affronter durant sa convalescence, y compris le spectre d'une retraite anticipée. "Il y a eu des moments très difficiles", avait-il simplement lâché avant de fondre en larmes.
Depuis, Marquez a retrouvé ses esprits. Et ses ambitions. L'Espagnol refuse encore d'évoquer le titre. Mais il sait aussi qu'il est, sur le papier, encore à sa portée. Le Catalan n'a "que" 50 points de retard sur le leader du Mondial, Francesco Bagnaia. L'homogénéité des performances des favoris (3 vainqueurs différents en 4 manches) pourrait faire son jeu. Et ses progrès physiques devraient refaire de lui un pilote dangereux pour Quartararo, Bagnaia ou encore Viñales. "J'ai pu me reposer, continuer à m'entraîner et à faire de la rééducation. Je me sens de mieux en mieux, a confié l'Espagnol, avant de débarquer au Mans. L'objectif est d'avoir moins de difficultés." Au vu des précisions météo pour ce Grand Prix, le ciel n'a pas prévu de l'y aider.

Marc Marquez (Honda) au Grand Prix d'Espagne 2021

Crédit: Getty Images

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