La dernière fois qu'il a franchi la ligne d'arrivée, l'Europe n'avait jamais entendu parler d'un nouveau coronavirus. Une éternité et un monde nouveau plus tard, le roi est de retour. Ce week-end, à Portimão, Marc Marquez va enfourcher sa Honda, 271 jours après un crash qui lui avait coûté une fracture de l'humérus, 271 jours moins une semaine après avoir tenté un impossible retour postopératoire. Attendue, espérée, scrutée, la reprise du sextuple champion du monde est surtout entourée de très nombreuses interrogations. Une seule certitude : avec lui, un nouveau championnat débute.
L'Espagnol avait fait l'impasse sur les deux épreuves qatariennes préférant suivre, cette fois-ci, les recommandations de ses médecins. Malchance du calendrier, le pilote de Cervera s'apprête à tester la résistance de son bras droit sur un circuit bien plus exigeant que celui de Losail, un peu plus de quatre mois après sa troisième opération. Personne ne lui reprochera de s'être autorisé du rabe alors qu'il avait pris des risques insensés - de son propre aveu - l'été dernier.
Malgré cela, il faudrait être fou pour imaginer le Catalan retrouver rapidement son meilleur niveau. Mais il faudrait aussi bien mal le connaître pour croire qu'il en est incapable. "On sait qu'il est génial, qu'il peut nous surprendre, glissait Johann Zarco sur Canal+. [...] À mon avis, le Grand Prix du Portugal pourrait être comme une sorte de test pour lui, afin de tenter d'être encore plus fort en vue de Jérez."
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Johann Zarco (Ducati Pramac) au Grand Prix du Qatar 2021

Crédit: Getty Images

En Andalousie, il retrouverait ainsi, dans de meilleures conditions, le circuit de son dernier coup d'éclat. Avant le crash qui lui a brisé le bras, l'Espagnol avait chuté une première fois dès le cinquième tour. Alors relégué au seizième rang, il avait dynamité le peloton pour se retrouver à quelques dixièmes du podium, moins de quinze boucles plus tard.

Un énorme exploit ou un gigantesque gâchis

À la régulière, à son meilleur niveau et sur la durée, Marquez est intouchable. Ou était, pour être plus rigoureux. Son retour pourrait donc être une sorte de tout ou rien. S'il ne parvient pas à redevenir le pilote qu'il était, sa carrière flirterait quelque peu avec une forme de gâchis, même si l'Espagnol s'est d'ores et déjà forgé l'un des plus beaux palmarès de l'histoire en à peine huit saisons parmi l'élite. Dans le cas contraire, il s'agirait de l'un des exploits les plus marquants de la discipline, comparable au retour couronné de succès du légendaire Mick Doohan dans les années 1990.
D'autant qu'entre-temps, le Continental Circus a bien changé. Son adversaire le plus sérieux entre 2017 et 2019, Andrea Dovizioso, n'est même plus sur la grille. De l'autre côté de son box, son petit frère Alex a été remplacé par son rival de jeunesse, Pol Espargaro. Aussi, le peloton est devenu plus homogène que jamais : en son absence, cinq pilotes ont décroché leur premier succès en catégorie reine.
Surtout, une nouvelle génération de pilotes, jeunes et extrêmement talentueux, en ont profité pour jouer les premiers rôles ; Fabio Quartararo, infiniment plus complet qu'il ne l'était à l'époque de ses premières batailles avec le maître de la discipline, Joan Mir, champion du monde en son absence, mais aussi Francesco Bagnaia et Jorge Martin, les deux joyaux de l'armada Ducati emmenée par Johann Zarco.
Tous ceux-là ont pris du galon. Et rehaussé leurs ambitions. "Qu'il soit de retour est bon pour le championnat, avait confié Quartararo en marge du Grand Prix du Qatar, avant que l'Espagnol ne décide de repousser son retour. Il m'a énormément aidé la première année. 'Aidé' parce que j'ai tenté de le suivre et cela m'a aidé à pousser mes limites. Le voir aussi tôt dans la saison va avoir un effet sur pas mal de pilotes. Dont moi. Ça donne une motivation supplémentaire." Preuve que Marquez ne fait plus aussi peur qu'avant. Pour l'instant.
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