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Top 100: Noah et Roger-Vasselin pour un mercredi de folie
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Publié 15/06/2013 à 12:00 GMT+2
1983-2013: 30 ans et 100 grands moments de sport français. Au menu samedi, des sacres à gogo: le premier de Sébastien Loeb, celui du PSG en Coupe des coupes, des Costauds en 2001 à domicile ou de Jalabert sur la Vuelta. Mais aussi un moment de folie à Roland-Garros un jour de 1983.
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55. LOEB IMPOSE SA DYNASTIE
C'était quoi? Le début de la plus longue et plus impressionnante hégémonie d'un sportif français sur sa discipline. Le sacre annoncé d'un surdoué.
L'histoire: Par la volonté de son employeur, Sébastien Loeb a dû s'asseoir sur le titre de champion du monde en 2003, au profit de Petter Solberg. Citroën avait choisi de privilégier la couronne constructeurs, niant ainsi à son pilote vedette le droit de jouer à fond sa carte dans le dernier rallye, le RAC. Pour un minuscule point, il doit laisser le titre à Solberg. Ce point, Loeb va le ruminer durant toute l'intersaison. Il aborde l'exercice 2004 le couteau entre les dents, avec la promesse faite par Citroën que, cette fois, ce sera tout pour lui. Vainqueur de la première manche de la saison, le Monte-Carlo, Loeb ne va pas laisser une seule fois le leadership du championnat au cours de la saison. Patron, d'un bout à l'autre, il signe six victoires et autant de deuxièmes places, affichant une régularité exceptionnelle. Il ne termine que deux fois en dehors des points en 16 épreuves. Au passage, il écrit l'histoire, ci et là, comme en Suède, devenant le premier pilote non scandinave à s'imposer sur la neige. A 29 ans, Loeb est au sommet. Il succède à Didier Auriol, premier champion du monde français des rallyes, dix ans plus tôt. Son sacre, c'est celui d'un triomphe annoncé. Daniel Elena, son co-pilote, avait dit de lui la première fois qu'il est monté dans la même voiture, "soit c'est un fou, soit c'est un génie". Fin 2004, le doute n'est déjà plus permis.
Quelle portée? Personne ne peut raisonnablement prétendre qu'il aurait imaginé fin 2004, au soir du premier titre mondial de Sébastien Loeb, que l'Alsacien dominerait le Championnat du monde des Rallyes pendant neuf années consécutives. En revanche, chacun pressentait bien que, sauf accident, ce premier titre avait tout pour ne pas être le dernier. Ce qui, chez beaucoup, est un aboutissement, n'a constitué chez Loeb qu'un commencement. Un amuse-bouche. C'est là la spécificité du pilote français, qui a pulvérisé un à un tous les records de sa discipline, à l'instar d'un Michael Schumacher en Formule 1. On peut toujours ergoter, non sans raisons, sur la concurrence minimaliste en rallye du fait du très faible nombre de voitures compétitives, de la prédominance de la compétitivité de la machine (merci Citroën) mais, objectivement, Loeb est un immense champion, un des plus grands que le sport français ait connu.
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54. EN ATTENDANT LES EXPERTS, LES COSTAUDS
C'était quoi? Une histoire qui commence comme A bout de souffle pour se finir en Y a d'la joie.
L'histoire: Le handball français a eu deux mérites immenses au cours des 20-25 dernières années. Le premier a été de se hisser au sommet. Le second, plus dur sans doute encore à réaliser, a été de s'y maintenir. L'aventure des Bronzés, à Barcelone, a été le formidable catalyseur d'une des plus belles histoires collectives du sport français. Ces Bronzés devenus Barjots incarnent une génération sacrée championne du monde en 1995, avait marqué l'histoire. Six ans plus tard, la France organise le Championnat du monde. Un cadeau. Potentiellement empoisonné. Car les Bleus vivent une période difficile. Quatre mois plus tôt, ils se sont inclinés en quarts de finale des Jeux Olympiques de Sydney, face à la Yougoslavie. Un match complètement raté. Le groupe a mal vécu ces J.O. Daniel Costantini est mis en cause, pour la première fois. Certains tolèrent de plus en plus mal ce qu'ils considèrent comme de l'autoritarisme. Les langues se délient. Costantini, vexé, annonce du coup que ce Mondial 2011 sera sa dernière campagne. Après, il ira voir ailleurs. "Je suis un revenant, même pas un survivant. Je suis mort dans ma fonction à Sydney. Je reviens donner un coup de main pour une dernière échéance, qui n'est pas vraiment la mienne. Je suis arrivé au bout de mon histoire", clame-t-il avant le tournoi .Gueric Kervadec, un des meilleurs pivots du monde, annonce sa retraite internationale à 28 ans. Le sélectionneur clame publiquement que, sans le Breton, le titre mondial est hors de portée. Même à domicile.
C'est donc dans une drôle d'ambiance, plus proche de la crise intestine voire du règlement de compte que de l'euphorie collective, que débute fin janvier 2001 ce Mondial à la maison. Le groupe aurait pu imploser. Il va se souder. "Tout le monde a mis de l'eau dans son vin, on a beaucoup parlé, on a décidé d'y aller à fond", résume Joël Abati. Deux matches restent dans les annales. Deux séquences, même. Deux miracles. En quarts de finale, les Costauds, comme on les surnomme (personne n'avait trouvé mieux…), encaissent un but à moins de 20 secondes de la fin. Ils sont menés d'un but par l'Allemagne. Il faudra un tir à la hanche de Jackson Richardson pour arracher la prolongation, au cours de laquelle les Français prennent l'ascendant. En finale, face à la Suède, grande favorite du tournoi, rebelote. Cette fois, c'est à 18 secondes du terme que les Tricolores se retrouvent avec un but de handicap. Cette fois, le sauveur se nomme Greg Anquetil, dans un angle impossible, sur son aile droite. Là encore, prolongation au forceps. Les Bleus en sortiront vainqueurs, plongeant Bercy dans une savoureuse allégresse. Le handball avait apporté à la France son premier titre planétaire dans un sport collectif. Il reste aussi le seul, à ce jour, à en avoir connu plus d'un…
Quelle portée? Difficile de dire quel titre est le plus beau, de tous ceux que les handballeurs français ont remporté depuis deux décennies. C'est là un problème de riche que beaucoup de disciplines aimeraient connaître. Ce titre 2001 n'est peut-être pas le plus marquant, car il n'est pas le premier. Il n'est pas non plus le plus abouti de tous. Les Experts, derrière, ont dépassé assez largement ces Costauds en termes de maitrise. Mais il a une saveur particulière. Pas tant parce qu'il a été conquis à domicile, même si cela joue. Non, c'est surtout qu'il est le plus inattendu. Parce qu'il vient de très loin, aussi. Il a fallu les deux miracles signés Richardson et Anquetil pour sauver la mise aux Bleus ce qui, au passage, surligne à quel point la limite entre triomphe et échec peut parfois s'avérer ténue. Mais ce groupe a su se forger une carapace telle pendant la compétition qu'il a toujours refusé de mourir. Ce fut sa grande force. Voilà comment ce qui aurait pu marquer la fin de quelque chose a au contraire constitué le socle d'un nouvel élan pour le handball français. Ce deuxième titre a ancré pour de bon la France parmi les nations durablement fortes du handball international. Il a aussi permis l'émergence de quelques grandes figures, comme Didier Dinart, qui s'est imposé au cours de ce tournoi comme le patron de la défense, Jérôme Fernandez ou encore Bertrand Gille, très largement à la hauteur de Kervadec. A cheval entre deux générations, avec un sélectionneur plus vraiment sélectionneur, cette équipe au drôle de surnom ne ressemblait à aucune autre. C'est aussi pour ça qu'elle a réussi à se sortir de situations inextricables.
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53. C'EST MERCREDI, C'EST LA FOLIE
C'était quoi? Le tennis français en état de grâce, le temps d'un après-midi pas comme les autres. Deux géants tombés sous les balles bleues sur un central de Roland-Garros mi-médusé mi-enivré. Des journées comme il n'en existe pas deux. Comme seule la Coupe Davis sait en général en offrir au tennis tricolore.
L'histoire: Ces trente dernières années, c'est l'après-midi où il fallait à tout prix être sur le central de Roland-Garros pour vivre une forme d'apogée du tennis français. Deux matches à la suite, deux pages d'histoire. Ça commence par la victoire hautement improbable de Christophe Roger-Vasselin sur Jimmy Connors, alors numéro un mondial. Depuis, seul Cédric Pioline (contre Courier à l'US Open 1993) a réussi à battre un numéro un mondial en Grand Chelem. Avec son tennis d'un autre temps et son revers à la Jean Borotra, CRG (comme personne ne l'appelle) rend Jimbo complètement fou en venant sur le coup droit de l'Américain, qui multiplie les fautes directes. Roger-Vasselin s'impose en trois sets (6-4, 6-4, 7-6) malgré un bon coup de stress au moment de conclure. Il lui faudra trois balles de match. Sur la dernière, à 6-5 en sa faveur, c'est… une guêpe qui vient le gêner alors qu'il s'apprête à servir. Un exploit venu de nulle part. Connors n'en revient pas. Il n'avait probablement jamais entendu parler de son bourreau avant le début du tournoi. Il n'est pas le seul. Dans le public, on a même entendu des "Allez Roger", sans que personne ne sache vraiment s'ils relevaient de l'ironie ou de l'ignorance. "J'espère que maintenant, ils connaissent mon prénom", sourira l'intéressé en conférence de presse un peu plus tard.
Dans la foulée, Yannick Noah et Ivan Lendl entrent sur le court. Noah déteste Lendl, son antithèse. Son ennemi juré. Tout le monde déteste Lendl. Le Tchécoslovaque est le favori du tournoi mais Noah sait ce qu'il veut et il sait comment l'obtenir. L'ambiance est électrique. Déterminé, le Français prend nettement l'ascendant. Il mène 7-6, 6-2, 5-2 et obtient deux balles de match. Lendl, écoeuré, a alors ce comportement qui le caractérise à cette époque. Il sourit, feint un total détachement, comme pour dire à Noah, "c'est moi qui le balance ce match, ce n'est pas toi qui le gagne". Il se met à tout lâcher, comme pour en finir. Sauf qu'il rentre tout. Il sauve les balles de match, gagne son service, débreake, revient, et aligne cinq jeux de suite pour remporter le troisième set 7-5. C'est probablement le seul moment de panique d'une quinzaine par ailleurs pleinement maitrisée par Noah. Sur le premier jeu du quatrième set, Lendl est tout près du break. "Si je perds ce jeu, je perds le match", a récemment confié Noah dans Le Monde. Il ne le perdra pas. En réalité, il n'en perdra plus un seul. 6-0, Lendl est achevé sur le central. Noah sait alors qu'il vient de franchir un pas décisif vers le titre.
Quelle portée? Aujourd'hui encore, Roland attend de revivre une après-midi comme celle-là. Pour Noah, ce ne fut évidemment qu'une simple étape sur l'escalier de la gloire. Pour Roger-Vasselin, en revanche, c'est le match d'une vie. Un moment d'éternité. Même s'il a toujours martelé que sa carrière ne se résumait pas à cette victoire. Possible, mais elle l'a figée. Deux jours plus tard, les deux héros étaient face à face en demi-finales. Le prix cruel de leur double exploit. Totalement tétanisé, Roger-Vasselin sera pulvérisé par Noah, sincèrement désolé ("Je voulais gagner, mais je ne voulais pas gâcher son plaisir", expliquera Noah) de ne lui laisser que trois jeux, mais irrésistiblement lancé vers le sacre. Même si cela impliquait de marcher sur un copain.
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52. LA RAZZIA DE JAJA
C'était quoi? Plus qu'une victoire, une totale suprématie. Un roi avec, en prime, ce qu'il faut d'esprit chevaleresque. Le cyclisme français au sommet, pour une des dernières fois.
L'histoire: Paradoxalement, même s'il aura d'abord été un très grand coureur de courses d'un jour, Laurent Jalabert figure dans ce classement pour deux performances sur des grands tours, réunis en l'espace de deux mois à peine. Dans la foulée de son Tour de France 1995 marqué par une quatrième place et, surtout, son exploit à Mende (évoqué il y a quelques jours ici-même), Jalabert va ensuite construire ce qui reste probablement le chef d'œuvre de sa carrière lors du Tour d'Espagne, couru pour la première fois à la fin de l'été et non au mois d'avril, comme c'était le cas auparavant. Jalabert va en profiter pour surfer sur sa forme insolente. Non seulement il signe ce qui constitue l'unique succès tricolore dans un grand tour depuis le début des années 90, mais il va imposer sur la course une domination rarissime dans l'ère moderne. Leader dès la troisième étape, il ne lâchera plus la tête du classement général. Le leader de la ONCE remporte cinq étapes, dont deux au sommet, à l'Alto del Naranco et à Luz-Ardiden, dans les Pyrénées. Mais c'est surtout à Avila, lors de la 8e étape, qu'il sidère tout le monde. Il boucle les 60 derniers kilomètres de l'étape en solitaire et ridiculise les grimpeurs comme Pantani et Virenque sur leur terrain. A l'arrivée à Madrid, il a relégué Abraham Olano à plus de quatre minutes. Outre le maillot amarillo de leader, il ramène à la maison le maillot de meilleur grimpeur et celui du classement par points. Mais au-delà de tous ses succès, ce qui reste de sa Vuelta, c'est probablement un geste: à la Sierra Nevada, il fait l'impasse sur une nouvelle victoire en laissant celle-ci à Bert Dietz. L'Allemand, échappé depuis le matin mais à l'agonie dans la montée finale, s'impose sous la "protection" du Français. Aucune morgue dans son attitude. Mais le roi Jalabert pouvait tout se permettre sur cette Vuelta.
Quelle portée? Laurent Jalabert a été le dernier lien du cyclisme français avec le très haut niveau mondial. Après lui, aucun coureur tricolore n'a été en mesure de jouer durablement la gagne dans les plus grandes courses du calendrier. Cette victoire dans la Vuelta 1995, c'est la dernière d'un Français sur un des trois grands tours; En réalité, Jalabert est le dernier lauréat tricolore de la plupart des grandes courses: le dernier à avoir remporté Paris-Nice, Milan-Sanremo, la Flèche Wallonne ou le Tour de Lombardie. Le dernier à avoir porté un maillot arc-en-ciel, aussi. Sans être tout à fait dans la lignée d'un Hinault, il a marqué son époque.
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51. PARIS DECROCHE SA LUNE
C'était quoi? La validation d'un projet initié cinq ans plus tôt. Une consécration. Mais avec un mais.
L'histoire: Quand le Paris Saint-Germain est racheté par Canal plus à l'été 1991, il change de dimension. A l'époque, déjà, certains redoutent une perte d'identité, regrettent le côté familial de la gestion de Francis Borelli. Le PSG plonge dans une nouvelle ère. Avec un horizon. L'Europe. Paris se rêve en géant continental. Il n'y parviendra pas tout à fait. Mais un peu quand même. Après trois échecs en demi-finale en 1993, 1994 et 1995 dans chacune des trois coupes d'Europe d'alors (UEFA, coupe des coupes puis Ligue des champions), il décroche enfin sa lune en remportant la Coupe des coupes en 1996. Après un parcours sans tâche, qui le voit notamment se défaite du Deportivo La Corogne et de Parme, le PSG affronte le Rapid de Vienne en finale à Bruxelles. Archi-favoris, les Parisiens souffrent, tremblent, se crispent. Mais ils marquent, sur un coup-franc de Bruno NGotty, en première période. NGotty, trois ans après Basile Boli, buteur unique de l'OM lui aussi en finale face à l'AC Milan, gagne ses galons de héros. Le PSG écrase donc le Rapid 1-0. Suffisant pour lui permettre d'atteindre l'objectif par l'actionnaire. Son entraineur, Luis Fernandez, vit alors le moment de gloire d'une carrière de coach par ailleurs très mouvementée. N'empêche, Luis, comme il aime le répéter, est toujours aujourd'hui le seul entraineur vainqueur français vainqueur d'une Coupe d'Europe. Le PSG, lui, restera à jamais le seul club français vainqueur d'une Coupe des coupes. C'est à la fois la grandeur et la limite de cet évènement.
Quelle portée? Paradoxale. A ce jour, c'est la dernière victoire en date d'un club français en Coupe d'Europe. Et comme il y en a eu deux au total, et pas vingt ou trente, c'est forcément un évènement marquant. Pour autant, ce titre-là pèse beaucoup moins que d'autres dans l'histoire du football français. Peut-être parce que cette épreuve, la Coupe des coupes, était sur le point de disparaitre. Sans doute aussi parce que l'adversaire, le Rapid de Vienne, n'avait pas l'aura d'un grand d'Europe. C'est un sacre, oui, mais qui manque de force pour tout emporter sur son passage dans nos mémoires. Même à la seule échelle du PSG, la victoire face au Real Madrid, trois ans plus tôt, reste d'une toute autre force émotionnelle.
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