Neuf ans de poisse sur le Dakar : Sébastien Loeb, le maudit des dunes
Par Tanguy Mantovani
Mis à jour 07/01/2025 à 23:51 GMT+1
Une fois de plus, les routes du Dakar ont été impitoyables, et particulièrement acharnées, avec Sébastien Loeb, qui court toujours après sa première victoire sur l'épreuve de rallye-raid. Depuis 2016, il y a connu autant d'échecs qu'il a de couronnes mondiales des rallyes : neuf. Et les aléas subis lors de cette édition n'aideront pas à faire oublier les poncifs à propos de sa malchance.
Rally - Dakar 2025 - Stage 3 - Clip - Loeb's crash and repair
Video credit: Eurosport
Sous le ciel étoilé d'Al Henakiyah (Arabie Saoudite), bivouac de la troisième étape du Dakar 2025, Sébastien Loeb et Fabian Lurquin, son copilote, ont pu profiter ce mardi soir de la nuit, la vraie, sans pollution lumineuse, pour aller chercher des réponses aux mystères de leur cosmos. Au bout du bout de la soirée saoudienne, à une heure où la plupart de leurs concurrents avaient déjà investi leur sac de couchage, on a montré la sortie au pilote français et son navigateur belge.
Le Dacia Sandrider #219 du duo a été jugé trop endommagé pour reprendre la course ce mercredi. "L’inspection des commissaires techniques de la FIA a conduit à l'interdiction de départ pour l’étape 4" a précisé l'organisation de la course dans un communiqué laconique diffusé sur les réseaux sociaux. Pour l'accompagner, une photo du prototype partagé par les deux hommes, franchement amoché par des tonneaux plus tôt dans la journée. Le capot, et à vrai dire toute la carrosserie avant de la voiture, manque. La vitre côté passager a explosé. Surtout, une barre de l'arceau de sécurité est pliée à droite de la voiture.
"Dans ce cas, uniquement la disqualification de la voiture n°219 peut être appliquée" a sanctionné la FIA. L'équipe Dacia, rookie sur l'épreuve reine du rallye-raid, a eu beau jurer que tout cela n'avait "aucune influence sur la sécurité du véhicule", c'en est déjà fini de son Dakar après trois étapes. La plus courte de ses neuf tentatives. La plus malchanceuse aussi, sûrement. Parce que le sort a frappé vite et ne lui a pas laissé de répit. Dimanche, les trois ventilateurs avaient cessé de refroidir son moteur sans plus d'explications. Mardi, une bosse fourbe le faisait partir en tonneaux. "Si lui, dans cette situation-là, n’a pas réussi à garder la voiture sur ses roues, c’est que personne n’aurait pu le faire" a assuré Fabian Lurquin, bien placé pour le savoir.
Le maximum avec ce que la vie nous donne
"Des pilotes confirmés, professionnels, sont passés au même endroit juste après nous. Ils m’ont dit : 'Si vous n’étiez pas arrêtés là, je m’y serais envoyé au tas aussi'" a poursuivi le copilote. Allégorie de la relation entre le nonuple champion du monde des rallyes et ce colosse qui lui résiste tant, lui fait la moue tous les hivers et semble toujours plus inventif dans la cruauté avec laquelle il se refuse à lui. Pas besoin d'un inventaire à la Prévert de ses malheurs au fil des ans pour le saisir. Ses cinq podiums, en neuf participations, sans aucune victoire suffisent.
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La Dacia Sandrider de Sébastien Loeb, la tête plongée dans les mains toujours dans l'habitacle, à l'issue de la troisième étape du Dakar 2025, le 7 janvier 2025
Crédit: Imago
Le record de ce triste palmarès appartient au Japonais Yoshimasa Sugawara, sept podiums et aucune victoire en… 36 participations en moto, auto, et camion. "La victoire est forcément l’objectif" assumait une fois de plus Loeb avant le départ. Pas grave, enfin plutôt tant pis, pas cette fois, la prochaine peut-être. La preuve que lui-même, demi-dieu du rallye classique et de la vitesse sur chemin plus ou moins balisé, est l'un des nôtres. Qu'il peut être ramené à sa condition d'humain par des dunes piégeuses (2018, 2025) des cailloux récalcitrants (2017, 2024) ou une mécanique capricieuse (2016, 2019, 2021, 2022, 2023).
Il n'y avait qu'à voir la réaction du clan Dacia à l'arrivée de la Sandrider cabossée de Sebastien Loeb au bivouac. Vite, tirer les rideaux, remonter les fermetures éclairs, couvrir des yeux du monde son champion caché entre ses mains, toujours dans l'habitacle. La bête autrefois implacable était blessée à mort et placée sous assistance mécanique. "Comme je le dis depuis le début de ce rallye, nous faisons le maximum avec ce que la vie nous donne, ce que le Dakar nous donne" méditait Fabian Lurquin ce mardi soir, stoïciste forcé face aux hasards du désert, et surtout amuseur volontaire des médias et de la presse pendant que son compère désespérait. Cette année, encore, Sébastien et Fabien sont bien obligés de se contenter de rien.
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