Gilles Simon, Jo-Wilfried Tsonga, Hugo Gaston ou encore Richard Gasquet : qu'ils aient gagné ou perdu, tous ont savouré chaque seconde passée sur les courts de Roland-Garros. Et pour cause, après deux années marquées par le huis clos et les restrictions dues au coronavirus, la porte d'Auteuil revit et le tournoi avec. Les allées du site, à nouveau noires de monde, en sont le témoignage vivant. Mais pour les joueurs français, ce sont surtout les encouragements des spectateurs qui font évidemment la différence.
De leur ferveur, les Bleus tirent un supplément d'âme qui leur avait manqué. Il semble même que le curseur soit monté par rapport aux dernières éditions "classiques" du Majeur parisien. Les ambiances de feu se sont multipliées lors des trois premiers jours de compétition. Pourquoi ? La première hypothèse logique est celle d'une volonté de compenser une frustration liée à la pandémie, un désir de retrouver un moment de plaisir partagé. A cela s'ajoute la conscience aiguë des difficultés du moment du tennis tricolore chez les passionnés qui ont d'autant plus envie de soutenir les leurs, moins armés face à la concurrence.
Roland-Garros
Debru, invité spécial de DiP Impact : "Je ne veux pas recopier d'autres joueurs"
14/06/2022 À 19:27

Les allées de Roland-Garros pleines en 2022

Crédit: Getty Images

Chauvinisme assumé et atmosphère digne de la défunte Coupe Davis

Peut-être aussi assiste-t-on à une sorte de transfert lié au manque de l'ancienne Coupe Davis, de ses week-ends enflammés par le format domicile-extérieur. Alex de Minaur et Pablo Carreno Busta, respectivement tombés face à Gaston et Simon, peuvent en attester. L'Australien a d'ailleurs comparé les conditions dans lesquelles il a joué à celles d'une rencontre à l'extérieur de l'épreuve centenaire. "Quand le public me dit des choses, me regarde droit dans les yeux après chaque double faute, je pense qu'il y a une certaine ligne à ne pas franchir", s'est-il toutefois ému. Quant à l'Espagnol, la fraîcheur de la poignée de mains qu'il a échangée avec "Gilou" disait tout de ce qu'il venait de traverser.
Dans le monde du tennis, seule la Coupe Davis générait ce type d'ambiances partisanes par le passé. Mais pour Antoine, passionné qui a assisté à l'exploit de Gilles Simon, s'il y a un phénomène de compensation, il n'est pas conscient. "C’est une souffrance et une tristesse énorme pour tous les fans de tennis de voir ce que Piqué et sa clique en ont fait, mais quand on est sur les courts à Roland on n’y pense pas vraiment, on est pris aux tripes par un truc plus immédiat, la victoire ou la défaite d’un joueur qu’on aime. Ce genre d’ambiance arrive souvent quand les circonstances s’y prêtent comme mardi", témoigne-t-il.

Des fans français sur le Suzanne-Lenglen encourageant Hugo Gaston

Crédit: Getty Images

Retraite de Tsonga, folie Gaston : le poids des circonstances

Les circonstances, justement, sont il est vrai particulières pour le clan français dans cette édition 2022. Si Jo-Wilfried Tsonga a été porté par un court Philippe-Chatrier en fusion comme rarement, c'est avant tout parce qu'il jouait le dernier match de sa carrière et qu'il y a mis la manière. La résonance de la Marseillaise spontanée lors de l'ultime changement de côté après son break à 6-5 dans le quatrième set était proportionnelle à la puissance de l'émotion ressentie face au crépuscule d'un grand du tennis français. Sans oublier l'animation constante de l'équipe de "supporters professionnels" de la We Are Tennis Fan Academy et de sa fanfare lancée en 2015 par un partenaire majeur du tournoi.
Il ne faut pas non plus sous-estimer l'importance des personnalités des acteurs concernés. Lors de l'édition 2020 de Roland-Garros, et ce malgré une jauge de spectateurs limitée, Hugo Gaston avait déjà fait preuve de sa capacité à emporter le public avec lui, autant par son jeu atypique que par le partage de ses émotions. Et comment oublier Benoît Paire, qui malgré sa sortie de route d'entrée, génère une véritable passion chez ceux qui le suivent à travers le monde et sur les réseaux sociaux ? C'est peut-être là que la rupture se situe par rapport à l'expérience passée : l'émergence d'un public jeune moins au fait de la tradition plus respectueuse et guindée du tennis.
Antoine a 31 ans et il acquiesce : ceux qui sont restés pour porter Gilles Simon représentaient en majorité cette nouvelle génération de fans. "On avait envie d’une ambiance folle, d’être 'turbulents' et de s’amuser en supportant notre joueur. Ce n'est d’ailleurs pas un hasard si ce genre d’ambiance se retrouve plus souvent sur les courts annexes, où les billets sont bien moins chers, et donc plus à la portée d’un public jeune avec moins de pouvoir d’achat", observe-t-il.

Plus de jeunesse mais parfois moins d'esprit tennis

Mardi en soirée, le court Simonne-Mathieu avait ainsi été ouvert par l'organisation du tournoi aux spectateurs munis de billets pour les courts annexes comme Antoine. D'où une ambiance plus chaude, populaire, au contact direct des joueurs empruntant aussi aux codes du foot, à l'image des chants entonnés. Les tribunes se répondaient en écho "Allez Gilou !", ou encore "Qui ne saute pas, n'est pas Gilou !" De quoi transcender le Français, mais aussi submerger son adversaire. D'autant plus que certains fans n'hésitent pas à aller plus loin, quitte à intimider carrément les rivaux des Bleus, le genre d'attitude contraire à l'esprit tennis.
Et ce n'est pas spécifique au public français. Il y a quelques mois, l'Open d'Australie a constaté aussi un véritable changement. Dans le sillage du duo d'enfer Nick Kyrgios-Thanasi Kokkinakis, les nouveaux fans ont déboussolé le monde feutré de la petite balle jaune avec leur "Suuu" en référence à Cristiano Ronaldo. Arthur Rinderknech avait également fait preuve d'une force mentale assez extraordinaire pour venir à bout d'Alexei Popyrin en cinq sets, avant de chambrer la foule en représailles.
"Il y a évidemment des gens qui vont trop loin, qui sifflent les supporters espagnols ou crient entre deux services de Carreño, mais ça énerve la majorité des gens présents, on entend beaucoup de 'chut' derrière ce genre de manifestation. Je trouve ça dommage de souvent réduire l’ensemble des supporters à ces quelques imbéciles. Évidemment, le joueur qui se retrouve face au Français le vit mal s’il finit par perdre, mais regardez un match d’un Espagnol au tournoi de Madrid et vous verrez qu’il n’y a pas tant de différence que ça", conclut Antoine.
Sachant que rien n'est pire que l'indifférence, les passionnés pourraient bientôt s'accommoder de ces ambiances parfois limites. Tant que le silence pendant les points est respecté, la quintessence de l'esprit tennis l'est aussi. Attention toutefois à ce que cette ultime barrière ne soit pas franchie.
Roland-Garros
Il n'a pas traîné : Nadal a reçu son premier traitement au pied
08/06/2022 À 07:54
Roland-Garros
Le court Philippe-Chatrier rebaptisé Rafael Nadal ? Le coach de Federer milite pour
06/06/2022 À 14:41