Wimbledon 2025 – Le slice, ce coup anachronique remis au goût du jour sur le gazon londonien

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C'est un coup un brin vintage, dont on se moque parfois et qu'on néglige même souvent dans le tennis moderne, mais qui a pourtant traversé le temps peut-être mieux qu'aucun autre. Le slice, de revers surtout mais aussi de coup droit, revient chaque année à la mode sur le gazon de Wimbledon, où il demeure d'une efficacité redoutable. Explications.

Leconte sur le gazon de Wimbledon : "Nous, on avait des problèmes de faux rebonds"

Video credit: Eurosport

Installez-vous confortablement, fermez les yeux et projetez-vous sur les plages normandes, nordistes ou bretonnes à la fin du XIXè siècle, là où les Anglais ont débarqué pour importer notre (futur) sport favori à peine codifié par le Major Wingfield en 1874. On y joue alors un "lawn-tennis" qui fait fureur mais qui, outre la forme différente du terrain, ressemble de très loin à celui qu'on connaît aujourd'hui. Le service se joue par en-dessous, le coup droit hérité du jeu de paume se pousse en prise marteau, le revers à deux mains n'existe même pas en rêve et il n'est conventionnellement pas admis de venir au filet, jusqu'à ce que Spencer Gore ose le faire pour conquérir le premier Wimbledon de l'histoire en 1877. Bref, quasiment un autre sport.
Et pourtant, il y a un coup qui, en revanche, n'a pas changé et qui, un siècle et demi plus tard, demeure pratiquement en l'état : on veut parler du slice, cette sorte de diplodocus tout droit sorti de la préhistoire du tennis qui, chaque année, semble émerger de son hibernation pour se réveiller là où tout a commencé. C'est-à-dire sur gazon et notamment celui de Wimbledon, où l'on se rend compte mieux qu'ailleurs à quel point il demeure d'une efficacité redoutable, sous ses airs de ne pas y toucher.
Demandez à Aryna Sabalenka : la numéro 1 mondiale a failli devenir chèvre, en quart de finale, face aux "coupés" décalés de Laura Siegemund, qui a montré, comme sa compatriote Tatjana Maria avant elle – demi-finaliste à Wimbledon en 2022 et récemment victorieuse au Queen's, à 37 ans -, que l'on pouvait jouer les premiers rôles sur herbe en passant le plus clair de son temps à trancher du saucisson, y compris en coup droit. Ce qui, clairement, n'est l'apanage que de quelques rares olibrius, lesquels ne s'y aventurent que sur le carré vert.
"Elle m'a forcée à améliorer mon slice, ça c'est sûr !", en a souri après coup (mais pas sur le moment…) la numéro un mondiale, qui s'en est sortie justement en se mettant elle-même à "chiper" son coup droit, un comble, en fin de match. "Au début, j'avais peur de slicer moi aussi, car je pensais que ça allait lui donner du temps supplémentaire pour mettre en place sa cuisine, et qu'elle allait me faire courir encore plus. Au bout d'un moment, j'ai réalisé que c'était une erreur. En tout cas, quiconque se mettra à slicer contre moi, désormais, je pourrai lui dire : 'J'ai joué Laura, tu n'es pas sérieux (rires) !'"
Evidemment, le slice ne gagne pas toujours à la fin, ce serait trop facile. Mais il demeure, contre vents et marées, un sérieux argument à opposer à la puissance actuelle. Mirra Andreeva s'y est essayée elle aussi contre Belinda Bencic en quart de finale, mercredi : constatant qu'elle était dominée à la régulière, la Russe s'est lancée dans une campagne de "chips" en coup droit qui lui ont permis de débreaker in extremis à la fin du deuxième set, alors que son adversaire servait pour le match. "L'avantage du slice sur gazon, c'est qu'il permet à la balle de rester bien basse, a expliqué la tête de série n°7, finalement éliminée. Sur un slice, c'est compliqué pour l'adversaire de donner du volume ou d'attaquer."
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Laura Siegemund, Wimbledon 2025

Crédit: Getty Images

Tout a été dit sur la lenteur exagérée du gazon d'aujourd'hui mais s'il y a bien une spécificité qu'il conserve, c'est cette capacité à fuser et, comme le dit Andreeva, à garder la balle basse. D'où l'efficacité du slice, un effet qui a la particularité, à l'inverse du lift, d'atténuer la hauteur du rebond. Le gazon lui offre ainsi un parfait terrain d'expression, un peu comme ces bons vieux gymnases omnisports des compétitions amateurs, traquenard absolu où l'on a vu plus d'un jeune se casser les dents contre de vieux briscards moins flamboyants mais dotés d'un "chip" de revers parfaitement maîtrisé. D'où l'importance de posséder ce coup à son arsenal, a minima pour se protéger du vice adverse.
Pendant de longues années d'ailleurs, à une époque où le tennis ressemblait davantage à un jeu de placement qu'à un concours de vitesse, le revers se jouait exclusivement slicé. Au moins jusqu'aux grands champions australiens et américains des années 50-60, dotés d'un bagage technique très complet. Puis le "chip" a commencé à décliner avec la généralisation des revers à deux mains, pour devenir un peu ringardisé à l'ère moderne des highlights, qui lui préfèrent de loin un tweener spectaculaire ou une accélération supersonique. Mais s'il a néanmoins perduré en l'état, à travers les âges, c'est qu'il y a tout de même de bonnes raisons. Le gazon en est une.
Sur gazon, tout est affaire de slice : je slice davantage mon service et mon revers, cela marche très bien sur cette surface.
Même l'immense Serena Williams, adepte de la castagne du fond, s'y adonnait plus que d'habitude quand arrivait le mois de juillet : "Sur gazon, tout est affaire de slice : je slice davantage mon service et mon revers, cela marche très bien sur cette surface", expliquait-elle. La légendaire Américaine n'était pas la seule, et ne l'est toujours pas. Si vous avez le sentiment que Novak Djokovic a beaucoup "chipé" lors de son huitième de finale contre Alex de Minaur, ça n'est pas une vue de l'esprit : d'après le site d'analyses statistiques Tennis Abstract, le Serbe a frappé un total de 65 revers slicés. Lors de sa demi-finale de Roland-Garros perdue contre Jannik Sinner, qui avait à trois minutes près duré le même temps, il en avait joué 14…
A l'inverse de Djokovic ou même de Carlos Alcaraz, qui a frappé 25% de revers slicés lors de son premier tour remporté contre Fabio Fognini, le numéro un mondial italien, lui, déroge plus rarement de sa filière liftée, y compris sur gazon. Est-ce pour cela qu'il n'a pas encore gagné Wimbledon ? On n'ira pas jusque-là et d'ailleurs, il pourrait très bien faire démentir tout cela d'ici dimanche. Mais une chose est à peu près sûre : vendredi, le Serbe lui proposera un cocktail tactique beaucoup plus "slicé" qu'à Roland-Garros. Et Sinner devra être bien armé pour éviter l'indigestion.
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