Voilà plus de quinze jours qu'il est dans la nature, se souciant à peine des millions de gens qui s'en inquiètent ou d'une presse anglaise qui aimerait que le plaisir dure plus longtemps. Depuis le 31 décembre dernier, Sir Lewis Hamilton est un septuple champion du monde libre comme l'air et chaque jour qui passe renforce un doute que Mercedes, Toto Wolff ou lui-même ont pourtant tenté d'estomper au début de l'hiver. "King Lewis" n'a toujours pas paraphé sa prolongation de contrat. Et à quelques semaines de l'entame d'une nouvelle saison, ceux qui ne s'en préoccupent pas peuvent au moins admettre que c'est une anomalie.
Car en théorie, il ne devrait y avoir aucun obstacle à la pérennisation d'une union lorsque celle-ci est fructueuse. Jusqu'à preuve du contraire, les succès du pilote britannique et de son écurie sont interdépendants. Chacun a fini par l'admettre après avoir distillé, ici et là, des ambiguïtés destinées à prendre la main sur les négociations.

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Le 22 octobre dernier, à Portimão, Hamilton admettait que beaucoup de questions demeuraient "sans réponse" au sujet de son avenir en F1. Une semaine plus tard, alors qu'il venait de contribuer au 7e titre consécutif de son écurie, il en remettait une couche : "Il n'y a rien qui garantit que je sois en F1 l'an prochain."

Et pourtant, (presque) tous les obstacles ont été levés

Le 17 décembre dernier, l'écurie allemande pensait mettre fin au suspense en diffusant de nouveaux propos de sa star sur les réseaux sociaux : "Je prévois et je veux être là l'année prochaine. Je pense qu'en tant qu'équipe, nous avons plus à faire. À la fois dans le sport mais aussi en dehors." De quoi crédibiliser le discours longtemps avancé par son employeur : si le champion n'avait pas encore prolongé, c'était à cause de la conjoncture.
Il fallait d'abord assurer l'avenir de Toto Wolff, le patron avec qui il a noué une relation dépassant le simple cadre de la performance. Il fallait également atteindre les objectifs de la saison. Sortir d'un calendrier surchargé pour pouvoir prendre le temps de s'asseoir autour d'une table et négocier. Éviter les imprévus, aussi, comme une contamination à la Covid-19 qui avait privé Hamilton de l'avant-dernier Grand Prix de la saison et poussé à prendre du repos ensuite.
Toutes ces contraintes finalement levées, Wolff avait annoncé un dénouement à l'issue de l'année 2020. Mais après avoir, lui, signé son nouveau contrat, le dirigeant autrichien s'était contenté d'être plus évasif : "Nous ne sommes pas inquiets, ça va se faire, confiait-il. Nous ne donnons pas de date car nous ne voulons pas nous retrouver sous la pression [de l'environnement, NDLR]. Cela sera fait avant les essais hivernaux, tôt ou tard." Plutôt tard, donc.

Lewis Hamilton lors du Grand Prix d'Abou Dabi, le 13 décembre 2020

Crédit: Getty Images

Pour les deux camps, difficile désormais d'étouffer la thèse selon laquelle les négociations autour du salaire du pilote de 36 ans constituent le véritable frein, alors que l'un comme l'autre se sont longtemps évertués à tordre le cou aux rumeurs amorcées par la presse britannique.

Hamilton vaut de l'or... mais est-ce vraiment la question ?

Récemment, le tabloïd anglais The Express assurait que le Britannique souhaitait voir ses émoluments annuels dépasser les 40 millions d'euros, toucher 10% du prize-money perçu par son écurie - quelque 166 millions d'euros en 2020, tout de même -, sans compter divers avantages en nature. Dont la fourniture de l'un des 275 exemplaires de la merveilleuse AMG Project One, une "supercar" homologuée pour la route renfermant de nombreuses technologies empruntées à la Formule 1. Coût du bijou pour les clients passés à la caisse : 2,3 millions d'euros.
Mercedes peut-elle lui autoriser une telle revalorisation ? D'un point de vue strictement financier voire matériel, la réponse penche vers l'affirmative ; tout porte à croire que l'investissement sera rentable au moins une année de plus, alors qu'Hamilton fait une nouvelle fois office de grand favori à sa propre succession en 2021. Mais la firme allemande n'a pas les yeux rivés sur son tiroir-caisse. En F1, elle cultive avant tout son image, priorité des constructeurs allemands depuis que l'affaire du "Dieselgate" a fait plonger la cote de popularité de Volkswagen à travers le monde.
C'est l'une des raisons pour lesquelles la marque à l'étoile a fait de la transparence l'un des maîtres-mots de sa communication. Depuis quelques mois, on sait donc que la valeur publicitaire de Mercedes a grimpé en flèche grâce à la F1 pour atteindre les 4,5 milliards d'euros. Et en Grande-Bretagne, où est basée l'écurie, les comptes de la structure et les salaires de ses dirigeants doivent être rendus public. Mais aujourd'hui, à Brackley, peut-on se permettre de nager à contre-courant en satisfaisant toutes les requêtes du pilote, aussi méritant soit-il ?

Lewis Hamilton (Mercedes) lors du Grand Prix d'Abou Dabi, le 12 décembre 2020

Crédit: Getty Images

L'affaire est délicate. En F1, d'abord, où le plafonnement des salaires, envisagé, est devenu un débat épineux. En juillet dernier, Romain Grosjean avait été l'un des premiers pilotes à mettre le sujet sur la table face à la presse. "Personnellement, je trouve inadmissible que Lewis gagne plus de 40 millions de dollars par an alors que d'autres touchent 150000 dollars pour faire le même travail", lâchait-il.

Peut-il ne pas dire adieu à la F1 ?

Réponse de l'intéressé, en novembre dernier : "Je pense que les pilotes sont les stars de ce sport. Ce sont eux que l'on voit, ce sont eux qui apportent leurs marques et leurs sponsors et leur réputation contribue à élever la discipline et à le diffuser dans le monde entier."
Pour Mercedes, le dilemme serait moins embarrassant s'il ne dépassait pas le cadre de la F1. Mais il risque aussi de créer des incohérences avec la politique de Daimler, maison-mère de la firme, qui a annoncé il y a un an devoir économiser plus d'un milliard d'euros en coûts salariaux. Même si le géant allemand répète à qui veut bien l'entendre que ses activités en F1, particulièrement rentables, demeurent indépendantes.

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De là à craindre que la grille soit dépourvue en 2021 du pilote le plus titré de l'histoire, il y a certainement un pas à ne pas franchir trop vite. En décembre dernier, INEOS est entré au capital de l'écurie à hauteur de 33% et la compagnie du milliardaire Jim Ratcliffe pourrait mettre la main à la poche pour garantir la présence du très "bankable" Hamilton.
Le temps ne joue pas forcément en défaveur de Mercedes, alors que certaines ficelles semblent avoir été tirées pour faire pencher la balance de l'autre côté en poussant la rumeur d'une promotion expresse de George Russell. Et puis, Hamilton est-il vraiment capable de camper sur ses positions au point de prendre le risque de quitter la F1 sans réellement lui dire adieu, un peu comme l'avait fait Nico Rosberg en 2016 ? Le Britannique n'a jamais apprécié tout faire comme les autres. Encore moins quand il s'agit de son ancien coéquipier.

Lewis Hamilton (Mercedes) peut-il quitter définitivement sa monoplace ?

Crédit: Getty Images

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