Quand les hauteurs s’élèvent, que l’altitude et le manque d’air font parfois déjouer certaines équipes, la France, elle, en profite souvent pour se magnifier. A première vue, il semble difficile, pour une équipe qui a remporté ses six premiers matches au Mondial espagnol, de faire encore mieux. Mais si, dans les résultats, tous les voyants sont au vert pour les Tricolores, celles-ci savent qu'ils leur reste encore quelques réglages à affiner pour proposer leur meilleur handball. Cela tombe bien, elles le font généralement quand cela compte le plus.
La caractéristique principale de ce groupe, c’est l’ambition et la conviction
Les victoires obtenues dans la douleur face au Monténégro (24-19) et surtout contre la Serbie (19-22), ont permis de rappeler que les championnes olympiques n’étaient pas à l’abri d’une mauvaise surprise dans ce tournoi. Avec un groupe partiellement renouvelé depuis les Jeux de cet été, les Bleues ont cette fois évité tout faux-pas, mais elles n'ont pas échappé à une certaine crispation, qui les tient dans des débuts de compétitions où elle se permettent souvent d'exposer certaines failles.
Championnat du monde
La douche froide
19/12/2021 À 18:01

France's left back Estelle Nze Minko and France's centre back Grace Zaadi Deuna celebrate after scoring a goal during the preliminary round group A handball match between France and Montenegro of the Women's Handball World Championship

Crédit: Getty Images

Il leur est ainsi arrivé à plusieurs reprises de se faire surprendre en début de compétition comme lors du Mondial 2017, où les Bleues étaient tombées d'entrée face à la Slovénie. A l'Euro 2018, elles avaient trébuché dès le premier match face à la Russie... avant de prendre leur revanche en finale. Parfois, cela tourne à la déroute, comme lors du championnat du monde 2019 à Kumamoto (élimination dès le premier tour). Mais souvent, Béatrice Edwige et ses coéquipieres ont une capacité de réaction peu commune lorsqu’elles n'ont pas le droit à l'erreur.
En témoigne leur épopée dorée des Jeux où, après avoir passé la phase de groupes sur un fil (2 défaites), elles avaient terminé très fort à partir des quarts de finale. La tête froide après la victoire probante de son groupe face à la Russie (28-33), dans un remake de la finale de l’Olympiade tokyoïte, Olivier Krumbholz a déclaré sur beIN Sports vouloir voir ses joueuses "jouer complètement libérées" et "prendre du plaisir" en quart. Cela pourrait paraître étonnant alors que, dans ces matches à quitte ou double, ce sont plutôt les notions de concentration et de pression qui ressortent le plus souvent.

Seulement 3 matches couperets sur 16 perdus depuis 2016

Ces ingrédients sont présents, bien sûr, côté bleu. Sauf que la France a désormais la science de ces rendez-vous couperets. Loin de faire bouillir les têtes et trembler les bras tricolores. "La caractéristique principale de ce groupe, c’est l’ambition et la conviction. Elles sont persuadées qu’elles peuvent faire des coups et, en général, elles arrivent sans appréhension", a ainsi posé, admirateur, le sélectionneur tricolore en conférence de presse d’avant match. "Il y a aussi l’expérience. Quand on avance dans l’âge, on comprend bien que ce genre de matches ne vont pas vous tomber dans les mains. L’expérience nous permet de savoir dans quel état on doit être dans ces rencontres-là et apporte un côté philosophique sur l’envie de gagner, sur le fait de se dire qu’on fait du sport pour jouer ces matches durs, et vaincre les meilleurs, tout en sachant qu’on n'a jamais la garantie de les battre", a-t-il analysé.
Depuis les Jeux de 2016 à Rio, les Bleues ont disputé- et très souvent gagné -ces parties à couteaux tirés (matches pour la 3e place inclus) : à 13 reprises, sur 16, les partenaires d’Estelle Nze Minko ont terminé ces rencontres sur une danse de la joie. Dont deux fois, en demi-finale du Mondial 2017 et en demie des Jeux cet été, face à la Suède. Une équipe qu’elles connaissent bien, et contre qui elles n’ont plus perdu depuis 2014. D’ailleurs, Olivier Krumbholz, qui était à l’époque en retrait de l’équipe nationale, a malicieusement fait remarquer qu’il voulait continuer sa série d’invincibilité face à la troupe de Tomas Axner.
Face à la Suède, il faudra être dangereux à tous les coins du terrain, courir, se replier vite, et éviter d’aller s’empaler sur la défense centrale
Sa joueuse la plus capée, Allison Pineau (270 sélections désormais), a livré un aperçu assez fidèle de l’envie d’aller au combat qui anime les championnes du monde 2017, lundi sur beIN Sports : "[Ce match] s’annonce électrique, comme aux Jeux. C’est une équipe en pleine confiance, qui aime jouer vite. Ça déborde beaucoup, c’est une équipe très forte physiquement et qui court énormément… C’est tout ce qu’on aime !". Krumbholz a rejoint sa joueuse, et affirmé que les Tricolores, telles de grandes prédatrices, se réveillaient souvent quand l’odeur du sang faisait irruption : "On a un côté belliqueux. S’il faut faire la guerre, on fera la guerre". De la finale face à la Norvège en 2017 (23-21), à la victoire éclatante contre les Pays-Bas (32-22), champions du monde en titre, cet été en quart des JO, sans oublier la finale magnifique contre les Russes (30-25), les exemples sont nombreux.
Cela tombe bien car le coach lorrain le sait et a prévenu ses joueuses, les Suédoises "sont des combattantes", prêtes à livrer un affrontement tout terrain à son groupe, qui se heurtera à la meilleure buteuse du Mondial, l'ailière droite de Nantes Nathalie Hagman (62 réalisations), ainsi qu'à la puissance des pivots Linn Blohm et Anna Lagerquist. "Le secret sera toujours notre défense et notre capacité à neutraliser cette équipe qui est forte en attaque et en défense. Il faudra être dangereux à tous les coins du terrain, courir, se replier vite, et éviter d’aller s’empaler sur la défense centrale", a estimé le patron des Bleues. Qui peut compter, entre autres, sur la montée en puissance de Pauletta Foppa au poste de pivot dans cette compétition, mais va surtout espérer un réveil de son équipe dans sa capacité à frapper de loin.

L'équipe de France féminine de handball lors du Mondial 2021

Crédit: Getty Images

Depuis le début du Mondial, si les Bleues, toujours au rendez-vous défensivement, ont été sur courant alternatif en attaque, c'est en partie à cause de ce manque de précision de loin : avec seulement 41% de réussite sur les tirs à neuf mètres (9/43), les Françaises sont souvent obligées d’aller pénétrer les défenses adverses pour faire mal. Elles n'y sont pas maladroites, mais cela leur offre un éventail de solutions offensives réduit.
Le retour de l’arrière gauche messine Orlane Kanor dans le groupe lors du dernier match, la hargne affichée de Pineau et le panache de Laura Flippes ont servi de déclic, espère Krumbholz. Alors que le spleen provoqué chez certaines par la victoire éprouvante aux JO semble avoir définitivement disparu, il sait que ses joueuses, qui ont pourtant tout gagné, ont encore les dents qui rayent le parquet : "On a un groupe ambitieux. Après six victoires, les filles commencent à se dire qu’il reste trois efforts à faire pour réaliser quelque chose de grand. Elles ont bien compris que ça commence par ce quart de finale".
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