Ashleigh Barty ne doit rien à personne. Ni à vous, ni à nous, ni au tennis. En se retirant à 25 ans en pleine gloire, alors qu'elle trône au sommet de son sport et vient de remporter l'Open d'Australie chez elle, la numéro un mondiale a sans aucun doute provoqué un choc, mais elle a fait un choix qui n'appartient qu'à elle. Cette décision suscite un immense regret pour le tennis féminin, le tennis tout court même, et un respect au moins aussi important.
Au bout du chemin, peu importe sa longueur, la liberté de choix est la seule qui demeure. La décision d’Ashleigh Barty, ce n'est rien d'autre que celle d'une personne libre de dessiner sa propre vie, de s'inventer de nouveaux rêves, de mettre en conformité ses désirs et son avenir. Manifestement, désir et avenir ne se mariaient plus chez l'Australienne pour ce qui est du tennis.
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Aussi inattendu soit-elle, aussi brutale puisse-t-elle même paraître, l'annonce de son départ à la retraite ressemble finalement assez bien à cette jeune femme qui n'a jamais hésité à se laisser guider par son instinct, sans se soucier des réactions ou du jugement. Le regard que chacun porte sur son choix concerne... chacun, certainement pas elle-même. C'est ce fil conducteur de sa propre et constante liberté qui renforce le respect envers son choix du jour, celui qui privilégie l'équilibre de la femme plutôt que la carrière de la championne. La seconde ne vaudra jamais de fragiliser le premier.
Faut-il s'en étonner ? Evidemment. Partir à 25 ans n'est pas commun. Quand on est numéro un mondial et qu'on vient de remporter un titre du Grand Chelem encore moins. Il y a du Borg dans cette décision. Sauf que le légendaire suédois était parti voilà 40 ans parce qu'il n'en pouvait plus de ce mode vie (totalement délirant le concernant tant il était devenu une icône planétaire bien au-delà de son sport et même du sport) quand Barty, elle, semble s'éloigner avant d'être engloutie par cette vie dont Mats Wilander nous rappelait pas plus tard que le mois dernier à quel point elle est "anormale".
Une vie de nomade, faite d'éloignement et d'isolement, de projecteurs éblouissants mais violents, tout ceci parfois, le plus souvent même, dès le plus jeune âge. Le sport a besoin de cette lumière. Les sportifs aussi dans une certaine mesure, mais elle est parfois (souvent ?) un fardeau autant qu'une chance. Tout le monde ne s'y épanouit pas, pas davantage que sous cette pression constante que les médias ou le public, sans d'ailleurs le chercher ni le vouloir, peuvent imposer.
Il ne suffit pas d'aimer taper dans une balle pour s'épanouir durablement dans ce milieu et même le succès ne suffit pas toujours. Au contraire, il contribue parfois à renforcer certains effets néfastes. Et la "drôle" de période du Covid-19, ces deux dernières années, n'a fait que rajouter de la difficulté à la difficulté. La pandémie a-t-elle provoqué la décision de la championne australienne ? Sans doute pas. Mais elle l'a peut-être accélérée.

Barty : "Je vais prendre ma retraite"

Pour Ashleigh Barty comme pour n'importe qui d'autre, mieux vaut partir pour de bonnes raisons que de continuer pour de mauvaises. Mieux vaut savoir une Barty apaisée loin des courts que voir une Osaka en souffrance dessus. Non seulement cette décision mérite le respect, mais elle nécessite sans doute une forme de courage. Elle ne voulait plus d'obligations de résultats et de titres. Si elle avait atteint son grand objectif en gagnant son premier titre du Grand Chelem à Roland-Garros en 2019, elle vient d'assouvir ses deux seuls véritables rêves en triomphant à Wimbledon puis, chez elle, à Melbourne. Elle n'en voyait plus d'autres se présenter à l'horizon.
Certains ne sont jamais rassasiés, chassent les titres et les records autant et aussi longtemps qu'ils le peuvent. Ce sont les Serena, les Djoko, et ainsi de suite. D'autres aiment tant le tennis et/ou la compétition qu'ils prolongent le plaisir quand bien même il peut s'apparenter à une certaine souffrance et en dépit de leur pleine conscience du fait que leur avenir n'effleurera jamais leur passé plus ou moins glorieux. Ce sont les Wawrinka, les Murray, les Tsonga, les Gasquet. Un record, un nouveau titre majeur, le pur plaisir, un dernier frisson, aucune importance. Tous ces choix sont respectables tant qu'ils sont opérés en harmonie avec soi-même. Celui de Ashleigh Barty ne l'est pas moins. Elle n'aimait plus assez le tennis, elle le dit et elle s'en va. Tant mieux pour elle, sûrement. Tant pis pour nous, peut-être.
Car la joueuse ne peut pas ne pas être regrettée. Son tennis cochait toutes les cases de la modernité tout en conservant le charme de l'ancien. Un tennis d'une rare variété (ah, ce slice...) et toujours subtil qui faisait du bien aux yeux. C'était une chance pour la WTA de voir ce tennis-là, capable de dicter sa loi sur des terrains de jeu aussi variés que la terre battue, le gazon ou le dur, s'imposer à son sommet.

Ashleigh Barty

Crédit: Getty Images

C'est donc une perte, à n'en pas douter. La championne manquera elle aussi. Barty était tout sauf une star. Elle n'avait et n'aurait jamais eu le potentiel d'une Serena Williams dans ce domaine. Mais sa gentillesse et sa simplicité ont fait l'unanimité, auprès de ses collègues et bien au-delà. Il n'est bien sûr jamais bien vu de dire du mal des gens qui s'en vont, au point de rendre certains éloges funèbres excessifs ou suspects. Ashleigh Barty est heureusement tout ce qu'il y a de plus vivante, peut-être même plus que jamais depuis ce mercredi matin, mais la championne, elle, se racontera désormais au passé. Pourtant, vous pouvez en être sûrs, tous les hommages rendus ce mercredi sont sincères. Sur le circuit, tout le monde va regretter Ashleigh Barty.
Promise très tôt à un brillant avenir, depuis son sacre chez les juniors à Wimbledon en 2011 à l'âge de 15 ans, Barty s'était déjà éloignée du tennis à la fin de l'été 2014 pour jouer au cricket. Elle avait repris la compétition un an et demi plus tard. "Je n'avais jamais fermé la porte. C'était la meilleure décision de partir, et encore une meilleure décision de revenir au tennis. J'avais besoin d'un peu de recul pour vivre une vie normale, car le tennis ne permet pas une vie normale, et de temps pour mûrir", avait-elle dit en 2019 à propos de cette longue coupure déjà iconoclaste. Elle pourrait tenir les mêmes mots aujourd'hui, sauf pour le "encore une meilleure décision de revenir".
Mais qui sait. A seulement 25 ans, peut-être qu'un jour, dans un mois, dans un an, éprouvera-t-elle à nouveau le besoin et l'envie de se frotter à nouveau à la compétition et au tennis. Gageons que, si elle revient un jour, elle le fera dans le même esprit qui la pousse à partir : en toute liberté.

Deux armes fatales dévastatrices : le slice et le service de Barty, coups signatures

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