L'histoire du jour

Cela ne fait que commencer mais, si cette quinzaine doit être au diapason de ce que nous avons vécu cette nuit, l'édition 2022 de l'US Open restera dans les annales. Bien sûr, l'événement de la première "night session", c'était l'entrée et, beaucoup le pensaient ou le craignaient, la sortie de Serena Williams. Flushing avait sorti le grand, le très grand jeu au cas où ce serait la der de la légende du tennis féminin.
US Open
Alcaraz, la synthèse de Nadal, Djokovic et Federer ?
13/09/2022 À 18:15
Cérémonie avant le match. Images de ses heures de gloire new-yorkaises sur l'écran géant. Hymne américain. Ovation assourdissante de la foule. Elle, tenue noire à paillettes, les cheveux coiffés en crinière de lionne.

Grand moment : L'ovation du Arthur-Ashe pour l'entrée de la reine

Dans les tribunes, sa petite fille, Olympia. Dans les bras de papa et sapée comme maman. Autour, un parterre de stars. Mike Tyson. Martina Navratilova. Lindsey Vonn. Spike Lee. Hugh Jackman. Bill Clinton. Et bien d'autres. Le match en lui-même ne marquera pas la carrière de Serena Williams. Mais la soirée, à coup sûr, oui. Elle a été célébrée comme jamais une joueuse ne l'avait été, jusqu'à cette seconde cérémonie, la "vraie", après sa victoire. Billie Jean King en guest star, toute de rose vêtue. Puis les mots de Serena et, enfin, ce tifo géant du Ashe qui crache son amour. Ce n'était pas commun, c'était à deux doigts du mélo sans tomber dedans.
Le sport est clairement passé au second plan mais Serena, elle, est encore une joueuse de tennis. Jusqu'au bout, elle cultivera cette haine de la défaite qui caractérise les gens comme elle. Jusqu'où ira-t-elle ? Pour le moment, Flushing s'en fiche. L'important était de fêter la reine. Avant comme après le match, le décorum aurait été identique qu'elle gagne ou qu'elle perde. Mais Williams, elle, est dans son tournoi et elle n'a surtout pas galvaudé ce match contre Danka Kovinic. Elle était là pour gagner. Elle a gagné.
Pendant que New York prenait des airs hollywoodiens, on a joué sur les autres courts. Au moment même où les yeux de Flushing et d'une bonne partie de l'Amérique étaient fixés sur le court Arthur-Ashe, le tournoi perdait Stefanos Tsitsipas et Taylor Fritz. Le Grec et l'Américain ont perdu dans la même minute, l'un chutant sur le Louis-Armstrong, l'autre sur le Grandstand. Les deux étaient ambitieux et, à défaut d'être favoris, avaient une tête de gros outsiders. Ils ne sont déjà plus là. C'était un rappel. Le show, d'accord. Les paillettes, OK. Mais l'US Open est avant tout un des tournois les plus importants de la planète. Le sport a vite repris ses droits et fait ses premières victimes de choix. Cette première nuit nous laisse déjà bien secoués. Tant mieux. Et vivement la suite.

Empruntée puis libérée : Williams a fait ce qu'il fallait

On a aimé

Le tifo géant du Arthur-Ashe. L'avantage, c'est qu'il marchait aussi bien en cas de victoire qu'en cas de défaite. Dévoilé lors de la cérémonie qui a suivi le match, ce "We love Serena" (avec un cœur rouge pour le "love" avait une sacrée gueule. Dans un stade de tennis, c'est du jamais vu.

Le tifo géant en l'honneur de Serena Wiliams.

Crédit: Getty Images

Le sérieux de Nick Kyrgios. Ce n'était pas forcément un match simple pour l'Australien, face à son grand pote Thanasi Kokkinakis, qu'il affrontait pour la première fois depuis les juniors. Mais le finaliste de Wimbledon, ultra-sérieux et appliqué, sans chichi, sans fioriture inutile, a fait le job. Et très bien, même.
L'émotion de Tracy Austin. Son fils, Brandon Holt, sorti des qualifications, a joué et gagné le premier match de sa carrière sur le grand circuit cette nuit, en sortant en prime un des outsiders du tournoi, Taylor Fritz. L'ancienne reine de Flushing (deux titres en 1979 et 1981 et toujours la plus jeune lauréate de l'histoire du tournoi) a mis ses mains sur ses yeux et n'a pu retenir ses larmes. Holt, c'est vraiment la belle histoire de ce début de quinzaine.
Une autre émotion, celle de Daria Snigur. En éliminant Simona Halep lundi, elle a signé une des grosses sensations du jour. Mais au-delà de la performance sportive, remarquable pour cette jeune joueuse, impossible de se défaire du contexte. Daria Snigur vient d'Ukraine. Elle a fêté ses 20 ans au mois de mars, un mois après le début de la guerre. Autant vous dire qu'elle n'a pas gagné que pour elle...

Le plus beau moment de sa vie : la balle de match de Snigur face à Halep

On n'a pas aimé

Voir Stan Wawrinka abandonner. Ça devient dur pour celui qui, entre autres lauriers, avait soulevé le trophée ici-même il y a six ans. Mené deux sets à rien face à Corentin Moutet, le champion suisse a jeté l'éponge. Il savait que, physiquement, il ne pourrait pas tenir la distance sur cinq manches. C'est un peu triste, mais, s'il a admis qu'il se rapprochait "de la fin", il veut encore se battre tant qu'il prend "du plaisir."
Le coup d'arrêt de Diane Parry. En pleine progression cette année, demi-finaliste la semaine dernière à Granby et qui vient de toucher son meilleur classement, a laissé filer un match à sa portée et qu'elle avait bien entamé contre la Chinoise Xiyu Wang (5-7, 6-3, 6-3), une adversaire dans la même zone qu'elle au classement. Dommage.

La décla : Danka Kovinic

Affronter Serena, c'est la chance d'une vie. Surtout en night session sur le court Arthur-Ashe. J'ai vécu une expérience dont je vais pouvoir me souvenir et même rêver pour le reste de ma carrière. Je pensais que je serais plus nerveuse. J'étais très calme. Je me répétais tout le temps 'profite du moment'". Et j'ai profité de chaque seconde.

Juste pour savoir...

Que vont trouver les organisateurs mercredi pour le deuxième match de Serena ? Parce que là, on a un peu l'impression qu'ils avaient tout donné, au cas où...
Au passage, un destin à la Connors 91 ou, soyons fous, à la Sampras 2002, vous y croyez pour la tournée d'adieux de Serena ?
Hugo Grenier va-t-il finir par faire exprès de perdre au dernier tour des qualifications ? Comme à Wimbledon, le Français a été repêché à la dernière minute pour intégrer le grand tableau. Et comme à Londres, il a franchi le premier tour.
La plus grosse surprise de cette première journée, c'est quoi ? L'élimination de Tsitsipas ? Celle de Halep ? De Fritz ? De Kasatkina ? Quel carnage en tout cas !

Tsitsipas le maudit : Revivez le dernier point de la victoire surprise de Galan

Trois stats à retenir

3. Ce n'est que la troisième fois de sa carrière que Stefanos Tsitsipas concède un set sans inscrire le moindre jeu. Les deux premiers joueurs à coller un 6-0 au Grec se nommaient Rafael Nadal (Open d'Australie 2019) et Novak Djokovic (Masters 1000 Rome 2022). Daniel Galan n'a pas vraiment le même pedigree que l'Espagnol et le Serbe, mais le Colombien peut se targuer d'avoir rejoint un cercle très fermé, en plus d'avoir signé une victoire majuscule pour lui.

Le cauchemar de Tsitsipas : Une bulle pour commencer, une désillusion pour finir

4. Après l'élimination de Stefanos Tsitsipas, ils ne sont plus "que" quatre à pouvoir devenir, redevenir ou rester numéro un mondial à l'issue de cet US Open : Daniil Medvedev, Rafael Nadal, Carlos Alcaraz et Casper Ruud. Le Russe s'est qualifié en mode express en ouverture du tournoi sur le court Arthur-Ashe. Le Norvégien l'a imité. Les deux Espagnols entrent en lice ce mardi.
91. Le pourcentage de points gagnés par Coco Gauff sur sa première balle de service face à Léolia Jeanjean : 23 points joués, 21 gagnés. Autant dire que la Française, sortie des qualifications, a eu un mal de chien à trouver la moindre ouverture. Elle s'est inclinée logiquement en deux sets (6-2, 6-3 en 1h20) face à l'Américaine, finaliste de Roland-Garros cette année.

Gauff passe sans difficulté face à Jeanjean : les temps forts

Le match à ne pas rater mardi : Raducanu - Cornet

Ce ne sera certes pas l'effervescence, voire la folie pure du match de Serena Williams cette nuit, et la rencontre n'a d'ailleurs été programmée "que" sur le Louis-Armstrong, en night session. Mais l'entrée en lice d'Emma Raducanu, l'étoile née ici-même il y a un an en déferlant sur New York, a de quoi intriguer. La Britannique amorce la défense de son titre mardi. Elle a connu plus de bas que de hauts ces douze derniers mois et elle se sait attendue, mais elle a montré lors de la tournée nord-américaine quelques signes positifs.
Mais pour un premier tour, Alizé Cornet n'est pas un cadeau. La Française connaît la musique en Grand Chelem, où elle n'a jamais été aussi performante que cette année (quart de finale en Australie, huitième à Wimbledon). Puis elle aime les grosses têtes, qu'elle a pris la bonne habitude de couper régulièrement, Iga Swiatek étant sa dernière victime en date, pas plus tard que lors du dernier Wimbledon. Alizé, qui pourrait disputer le dernier Majeur de sa carrière lors de cet US Open, n'a rien d'une victime expiatoire.

Un ace pour finir : la balle de titre expéditive de Raducanu pour un exploit historique

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