Wimbledon 2025 / simple messieurs - Qui c'est le plus fort ? Evidemment, c'est Sinner !
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 14/07/2025 à 10:05 GMT+2
En prenant une magistrale revanche sur Carlos Alcaraz pour conquérir son premier Wimbledon ce dimanche (4-6, 6-4, 6-4, 6-4), Jannik Sinner n'a pas seulement définitivement exorcisé le traumatisme de Roland-Garros et entravé la marche en avant de son rival : il a aussi repris la main sur le tennis mondial et rappelé à tous qu'il demeure, bel et bien, le meilleur joueur du monde.
Jannik Sinner, finale de Wimbledon 2025
Crédit: Getty Images
Cette fois, il n'y a pas eu de blague. Pas de remontada. Pas de bras qui tremble à la conclusion, ou alors très légèrement, non pas dans son dernier jeu de service mais dans l'avant-dernier. Accessoirement pas de match de légende non plus, mais c'est bien le cadet de ses soucis. Non, cette fois, Jannik Sinner a déroulé son plan jusqu'au bout pour exécuter proprement et froidement Carlos Alcaraz en finale de Wimbledon. Exactement comme il aurait dû le faire un mois plus tôt en finale de Roland-Garros, s'il n'y avait eu cet incroyable - et pour tout dire "anormal" - rebondissement que l'on sait.
Tant pis pour le spectacle, tant pis pour le suspense, tant pis pour Carlos Alcaraz. Mais tant mieux, quelque part, pour la juste réalité des choses. Jannik Sinner est numéro un mondial depuis plus d'un an maintenant, avec désormais une avance abyssale sur son dauphin espagnol (plus de 3 400 points d'écart entre les deux hommes) et ce n'est pas pour rien : il est le meilleur joueur du monde, tout bêtement. C'était vrai sur dur, ça aurait dû l'être sur terre battue, ça l'est désormais sur gazon. Sa domination, passé l'énorme couac parisien, ne souffre (à nouveau) plus d'aucune contestation, du moins jusqu'à la prochaine fois.
Cette réalité, on avait peut-être eu tendance à l'oublier, ou à l'occulter. Elle avait été un peu ternie, déjà, avec son contrôle positif au Clostébol l'an dernier, pour lequel Sinner avait été blanchi et s'en était sorti avec une suspension de trois mois en début de saison, une absence dont personne n'avait réussi à profiter pour lui contester son leadership. Et puis, tout de même, elle s'était un peu diluée aussi dans cette série de cinq défaites consécutives face à Alcaraz. Un numéro un mondial se doit, normalement, de mettre tout le monde à sa botte. A fortiori quand il est Italien.
Dans cette série noire, il faut tout de même rappeler que Sinner avait été très proche quasiment à chaque fois : cinq sets à Roland-Garros en 2025 ; cinq sets à Roland-Garros en 2024 ; tie break du troisième set en finale de Pékin 2024 ; il avait aussi mené d'un set en demi-finale d'Indian Wells en 2024 ; sa seule défaite en deux sets avait été la finale de Rome, cette année, où il faisait son grand retour après ses trois mois de suspension. Souvent, il y avait donc eu des circonstances particulières. Mais tennistiquement, à aucun moment Sinner n'est apparu foncièrement inférieur à son rival.
Alcaraz est le préféré, mais sinner est (pour l'instant) le meilleur
Reconnaissons aussi que le "story-telling" actuel du tennis mondial mettrait plus volontiers un Carlos Alcaraz en haut de l'affiche. Parce qu'il est plus spectaculaire, plus charismatique, plus souriant et, pour l'instant, plus titré encore (cinq Grands Chelem à quatre). Mais aussi plus inconstant. Jusque-là, le Murcien ne se ratait jamais dans les grands rendez-vous, et il n'avait d'ailleurs jamais perdu une finale de Grand Chelem. Là, tout de même, il est passé à côté. Peut-être pas dans les grandes largeurs, mais pas loin.
De notre position d'observateur du tennis, on ressent bien la préférence globale du public pour Alcaraz, malgré une déférence certaine envers Sinner. Chacun a le droit évidemment de pencher pour le jeu plus chatoyant et plus imprévisible de "Carlitos". Chacun a le droit de ne pas être fan du jeu plus monocorde, plus mécanique du numéro un mondial. Mais comment ne pas s'enthousiasmer, malgré tout, face à la pureté exceptionnelle des frappes de l'Italien, son comportement exemplaire et son flegme incroyable, qui pourrait certes se confondre avec de la froideur, mais qui révèle en réalité une force intérieure et une connaissance de soi dignes des plus grands yogis…
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Alcaraz vs. Sinner : une finale de Wimbledon sur les traces de Fedal ?
Video credit: Eurosport
Oui voilà, c'est cela. Jannik Sinner est un maître yogi. Sa capacité à digérer en un claquement de doigt le traumatisme de Roland-Garros, là où tant d'autres se seraient jetés du haut d'un pont, force l'admiration. Même hier encore, on n'y croyait pas tout à fait. Il avait pourtant déclaré qu'il ne se serait pas hissé en finale s'il n'avait pas tourné la page. Mais encore fallait-il la gagner, cette finale, surtout face à son propre démon en personne. Il l'a fait, d'une manière parfaite. Chapeau. Respect, Monsieur Sinner.
Le jour-même où il disputait, en cette formidable occasion, son 100e match tout pile en Grand Chelem, l'Italien a décroché son 20e titre tout pile aussi, dont quatre désormais en Grand Chelem. A 23 ans. Mais le plus impressionnant, c'est qu'il a conquis ces quatre Glorieuses en seulement deux saisons, le tout assorti d'un Masters et trois Masters 1 000. Vainqueur à l'US Open et à l'Open d'Australie, finaliste à Roland-Garros, il est ainsi devenu le sixième joueur de l'ère Open à aligner quatre finales de Grand Chelem à la suite, après Andre Agassi, Novak Djokovic, Roger Federer, Rod Laver et Rafael Nadal. Et à quelques millimètres près, il serait donc devenu le troisième de cette liste, avec Laver et Djokovic, à en remporter quatre à la suite.
Encore que, on peut se poser la question : si Sinner avait gagné cette légendaire finale de Roland-Garros, aurait-il gagné aussi celle de Wimbledon ? Bienvenue dans le tennis-fiction et sa litanie de questions auxquelles personne ne peut répondre. Dans le genre, il faut évidemment rappeler que Sinner aurait très bien pu ne pas être là, puisqu'il a été mené deux sets à rien en huitièmes de finale par Grigor Dimitrov, avant que celui-ci ne soit contraint à l'abandon. Oui, si le Bulgare ne s'était pas blessé au muscle pectoral, il aurait peut-être fini son ouvrage, alors que Sinner semblait lui-même touché au coude. Ou peut-être pas. Personne n'en sait rien.
Tout cela relève de l'hypothèse, et le grand livre de l'histoire du tennis se moque bien des hypothèses. Les "si", les "peut-être" et les "imaginons que" ne font pas partie de son vocabulaire. En revanche, il serait fort malvenu de penser que Sinner ne doit ce titre qu'à la providence. On ne gagne jamais un tournoi du Grand Chelem par hasard, grâce à un tableau ou des circonstances favorables. Et encore moins Wimbledon, ce tournoi qui, chez les hommes du moins, n'a sacré que des numéros un mondiaux depuis 2001 et le titre de Goran Ivanisevic, ce "nullard" qui avait seulement été numéro deux.
Même si Jannik Sinner a mis longtemps à apprécier le gazon, même s'il n'était pas forcément favori de cette finale face au double tenant du titre, même s'il avait un peu intrigué en se séparant d'une partie de son staff avant le tournoi, reste que son sacre, au bout du compte, relève de la logique pure. Après la perte du troisième set, on a vu d'ailleurs Alcaraz, très nerveux et très bavard durant cette finale, se retourner vers sa box et s'écrier : "Du fond de court, il est bien plus fort que moi !" Incontestablement, oui. Jusqu'à preuve du contraire, Jannik Sinner est le plus fort. A peu près tout le temps et, désormais, à peu près partout.
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