Un environnement familial semblable mais un parcours professionnel opposé : voilà comment résumer les ressemblances et différences entre Kentin Mahé et Nedim Remili. Le demi-centre et l’arrière droit des Bleus seront deux pièces maîtresses de l’équipe de France version Guillaume Gille, une équipe plongée dans le doute avant son entrée au Mondial égyptien mais qui compte bien relever la tête après plusieurs années de galère.

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Deux pères anciens handballeurs

Handball
Un nouveau départ de poids pour Paris ? Remili annoncé du côté de Kielce
07/06/2021 À 10:01
Le premier a grandi loin des institutions tricolores, faisant son petit bonhomme de chemin outre-Rhin, avant de partir en 2018 en Hongrie, à Veszprem, pour poursuivre sa progression dans l’un des meilleurs clubs d’Europe. Le second est né à Créteil, où siège la Fédération Française de Handball, qui y a inauguré en 2019 la Maison du Handball, où les Bleus se retrouvent à chaque rassemblement. Il a brillé dans sa ville natale avant de rejoindre le PSG, à l’heure actuelle sextuple champion de France en titre, en 2016. Si leurs parcours sont radicalement différents, tout deux, en revanche, sont fils de handballeurs. Pascal, le père de Kentin, est une légende des "Barjots", cette génération médaillée de bronze à Barcelone en 1992 et championne du monde en 1995.
C’est d’ailleurs en raison de son père, qui a terminé sa carrière à Dormagen, que Mahé fut élevé au hand dans le pays d'Angela Merkel. Kamel, le paternel de Nedim, a lui remporté deux coupes de France et un championnat, avec Créteil bien sûr, et disputé la première finale européenne d’un club tricolore en 1989. Si les Bleus comptent bien d’autres joueurs de grande classe appelés à briller, eux pourront peut-être sortir leur épingle du jeu au Caire. Kentin Mahé déjà, parce qu’il se présente comme le demi-centre titulaire des sextuples champions du monde en l’absence de Nikola Karabatic.
Un retour aux joutes internationales pour le joueur de 29 ans, qui avait manqué l’Euro catastrophique de ses compatriotes l’an dernier en raison d’une fissure du tendon rotulien du genou gauche. Intervenue fin 2019, l’opération l’a mis sur le carreau pendant de longs mois, sans regrets toutefois, le Covid-19 lui enlevant un poids des épaules : "Égoïstement, cette crise m'aura été plutôt favorable, expliquait-il ainsi en juillet dernier à nos confrères du journal L’Equipe. J'ai pu reposer mon organisme et mon genou qui en avait besoin. Il n'était pas prévu que ma rééducation dure aussi longtemps. Psychologiquement, du fait qu'il n'y avait pas de match, la pression était moins importante".
J'espère pouvoir atteindre le niveau que j'avais en 2019
Son genou a tenu, et lui a permis de rejouer au plus haut niveau avec Veszprem puis de retrouver les Bleus pour son plus grand plaisir, comme il le confiait dimanche dernier : "Je retrouve mes sensations. Mettre ce maillot tricolore c’est une grande fierté, il y a une grande satisfaction de pouvoir reprendre par cette campagne. J’ai l’impression d’être un grand privilégié, de revenir après une blessure et d’être sélectionné, c’est une grande satisfaction et j’espère pouvoir atteindre le niveau que j’avais en 2019". L’année du dernier Mondial, joué au Danemark et en Allemagne, sa deuxième maison, où il avait grandement participé à la médaille de bronze obtenue par les tricolores.
Ses premiers pas avec Guillaume Gille ont été plus délicats. Puisqu’il est l’un des dépositaires du jeu offensif, il n'a pas échappé aux reproches après les deux matches ratés, surtout en attaque, des Tricolores face à la Serbie, la semaine passée, dans le cadre des qualifications à l’Euro 2022. "Kentin a fait de bonnes parties, le dédouane Jérôme Fernandez, ancien international et consultant d’Eurosport. Mais pour performer, il lui faut des arrières percutants et performants autour de lui. Face à la Serbie, il n’y a pas eu beaucoup d’arrières qui ont été très performants".
Les arrières, justement, Nedim Remili en fait partie. Plus jeune que Mahé (25 ans contre 29 ans), il a intégré l’équipe de France en 2016, un peu avant que son actuel sélectionneur ne rejoigne les Bleus en qualité d’adjoint. Devenu un incontournable au PSG, il s’est affirmé petit à petit en équipe nationale où les responsabilités, avec autant de stars et de vétérans, sont logiquement plus longues à acquérir. "Tu sens qu’il a envie de ce leadership, je l’ai vu dans ses réactions et dans ses attitudes, expose Fernandez alors que nombre d'Experts ont disparu du groupe depuis son arrivée. (Face à la Serbie) il a tiré l’équipe vers le haut, tout comme Ludovic Fabregas, je pense que c’est un élément moteur aujourd’hui. Il faudra voir combien de matches il tient, mais sur ce que j’ai vu, il faudra s’appuyer sur lui".
Kentin fait marquer les autres. Nedim, lui, est capable de marquer et de faire marquer
A droite, où il partage le poste avec Valentin Porte, titulaire lors des deux matches face aux Serbes, et Dika Mem, impressionnant avec le FC Barcelone mais qui a plus de mal à briller en équipe de France. "Il faudrait essayer de jouer avec Nedim Remili en demi-centre, plaide même le meilleur buteur de l’histoire des Bleus. Parce qu’il apporte une variété et de la stabilité dans le jeu. Si tu as Kentin, il va moins tirer de loin et plutôt faire marquer les autres et si tu as Melvyn (Richardson) tu as plus un demi-centre tireur. Nedim, lui, est capable de marquer, de faire marquer sur le poste… Et il a déjà emmagasiné beaucoup d’expérience à ce poste avec Paris".
Après la blessure de Nikola Karabatic mi-octobre au PSG, c’est lui, en effet, qui, pendant de longues semaines, a dû occuper ce rôle, avec Mikkel Hansen, tout comme lors du Final Four en raison de l’absence du joker médical Luc Steins. "C’est un poste que je connais bien pour l’avoir pratiqué plusieurs fois, qui plus est sous la houlette de Raul (Gonzalez, l’entraîneur du PSG), et qui me plaît. En revanche, je suis d’accord que ce n’est pas mon poste et ma fonction de prédilection", nous rappelait Remili fin novembre lorsqu’on avait abordé la question de son soulagement de retrouver le côté droit, où ses qualités au duel et de shoot s’expriment plus facilement.
Mais la question se pose, la rotation étant plus importante côté droit, alors que Mahé aura lui aussi besoin de souffler tandis que les matches vont s’enchaîner. "C’est une question de trouver des équilibres. On a une magnifique base avant avec trois supers pivots et de très bons ailiers, mais il faut que les arrière se mettent au niveau de nos avants", conclut Fernandez. Nul doute que les deux joueurs voudront peaufiner leurs affinités au cours de ce Mondial. Et aussi faire encore la fierté de leurs pères à plusieurs centaines de kilomètres de là.
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