Avant Wimbledon, y a-t-il (encore) un pilote dans l'avion ?

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Si Jannik Sinner et Aryna Sabalenka seront les favoris logiques à Wimbledon, les deux n°1 mondiaux débuteront leur tournoi avec, pour une fois, davantage de questions que de certitudes. Derrière, leurs principaux rivaux ont aussi leurs problèmes. Si bien qu'avant le Grand Chelem londonien, voilà longtemps que le tennis mondial n'avait pas donné une telle impression de flottement à sa tête.

Alcaraz absent, Djokovic à l’affût : Wimbledon sera-t-il aussi fou que Roland ?

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Pas d'planning, pas d'planning… On disait tous, avant Roland-Garros, qu'on n'avait pas eu le sentiment de voir un tournoi du Grand Chelem aussi fortement promis au joug d'une seule personne, Jannik Sinner en l'occurrence, tant l'Italien avait ultra-dominé les semaines précédentes. Et puis, on a vu ce qu'on a vu : l'Italien a étonnamment vacillé dès le deuxième tour, ouvrant en quelque sorte la boîte de Pandore vers tous les possibles, et même vers tous les impossibles.
Le paysage tennistique étant décidément plus changeant que les émotions humaines, voilà que Wimbledon se profile moins d'un mois plus tard dans un contexte rigoureusement inverse : cela faisait longtemps qu'on n'avait pas abordé un Majeur avec autant de questions. Jannik Sinner et Aryna Sabalenka arrivent certes en position de favoris légitimes eu égard à leur rang. Mais le règne sans partage qu'ils imposaient il y a encore peu s'est un peu (voire beaucoup) affaibli, au gré d'inattendus et parfois inexplicables coups de moins bien.
Orphelin de son rival Carlos Alcaraz, toujours en convalescence après sa blessure au poignet, le tenant du titre aura pas mal de nuages à chasser s'il veut conserver sa couronne. Malgré toute une batterie d'examens médicaux, lui-même n'a pas su – ou pas voulu – expliquer sa spectaculaire défaillance contre Juan Manuel Cerundolo, autrement que comme une conséquence d'une accumulation d'efforts printaniers.
Efforts qu'on ne saurait lui reprocher : après tout, en complétant à Madrid puis à Rome sa collection de Masters 1 000, le n°1 mondial a validé un exploit qui pèse lourd, même à une époque où l'on ne jure que par les Grands Chelems. À mi-chemin de la saison, il n'a certes toujours pas de Majeur sous la ceinture. Mais il a coché une case importante sur sa "to-do list". Ce qui est fait n'est plus à faire.
Mais il en a, c'est vrai, payé le prix fort : car depuis, Sinner n'a plus joué et son abandon parisien reste entouré d'un certain mystère, même s'il s'est montré rassurant quant à son état physique et mental ces derniers jours. On ne demande qu'à le croire. Reste que pour la première fois de sa carrière, il abordera Wimbledon sans avoir disputé le moindre tournoi officiel sur herbe, sinon un match exhibition remporté face à Cameron Norrie (au Giorgio Armani Tennis Classic). Ce n'est pas forcément inquiétant. Mais suffisamment inhabituel pour nourrir le doute.

Pour tous les prétendant(e)s, une même objection : "Oui, mais..."

Entre ça et les questions qui demeurent sur son manque supposé de résistance physique notamment dans des conditions de forte chaleur – même si la canicule devrait céder sa place à point nommé pour Wimbledon -, on surveillera attentivement ses débuts, d'autant que lui-même a convenu que ses premiers matches seraient les plus piégeux. Ce qui est valable aussi pour les autres, d'ailleurs. Car Sinner est loin d'être le seul cador du peloton dont le dossard est flanqué d'un gros "oui, mais…" avant d'aborder ce hors catégorie londonien.
Alexander Zverev, par exemple… L'Allemand s'est certes libéré d'un poids immense en triomphant à Roland-Garros. Mais son rapport au gazon reste un vrai sujet : il n'a jamais dépassé les huitièmes à Wimbledon, jamais gagné un titre sur herbe… Sur cette surface, et dans ce contexte, le rôle de l'outsider principal revient donc sans doute plutôt à Novak Djokovic. Du moins, chacun s'accorde à dire qu'il s'agit peut-être de sa "meilleure dernière chance" de claquer ce satané 25e titre du Grand Chelem.  Mais là encore, il y a un mais…
Le septuple vainqueur du tournoi a 39 ans, il a de son côté renoncé au Giorgio Armani Tennis Classic pour une raison non communiquée mais qui suscite, forcément, quelques interrogations. Un huitième sacre ferait de lui l'homme le plus titré dans le Temple (à égalité avec Roger Federer), de même que le plus vieux vainqueur en Grand Chelem de l'histoire. Et on peut toujours fantasmer sur un destin lié à celui de Léo Messi, son cadet de deux jours et compagnon de génération dans la quête de l'immortalité sportive, qui rêve pour sa part d'un happy-end similaire sur un autre style de gazon. Ce serait une formidable histoire, oui. Mais…
Felix Auger-Aliassime, Ben Shelton, Taylor Fritz, Daniil Medvedev, Jakub Mensik ou pourquoi pas les revenants Jack Draper ou Arthur Fils ? Tous ont des gros arguments à faire valoir. Mais tous traînent également leur lot d'incertitudes. Pas assez herbivore, pas assez en confiance, manque d'expérience, irrégularité chronique, fragilité physique… Le désordre règne à tous les étages et si Jannik Sinner ne retape pas très vite du poing sur la table, il n'est pas exclu que ce Wimbledon vive un grand chamboulement comparable à celui de Roland-Garros. Peut-être même encore plus marqué, si la chose est possible.

Sabalenka, une patronne en danger

Et ce sentiment de hiérarchie flottante est peut-être plus prégnant encore chez les filles. Aryna Sabalenka tient certes toujours les commandes, mais nettement moins fermement qu'au printemps dernier. Elle n'a plus gagné de tournoi depuis son doublé Indian Wells/Miami et reste sur une série de défaites assez intrigantes, pour ne pas dire un peu inquiétantes. Jamais on avait vu une n°1 mondiale perdre deux matches quasiment coup sur coup sur une "bulle" au troisième set, comme cela a été son cas contre Diana Shnaider à Roland-Garros puis contre Jessica Pegula à Berlin.
À la Race 2026, la Biélorusse s'est d'ailleurs fait doubler par la gagnante de Roland-Garros, Mirra Andreeva, si bien que pour la première fois depuis longtemps, l'idée même d'une fin de règne est envisageable. Appelons un chat un chat : "Saba" traverse une zone de turbulences qu'elle ne cherche d'ailleurs pas à cacher, elle qui a reconnu avoir repris contact avec sa psychologue. Puissent ces discussions lui avoir permis de retrouver sa légèreté, ce qui ne serait pas de trop sur une surface qui n'a jamais été, non plus, sa cup of tea (aucun titre gagné sur gazon et aucune finale à Wimbledon).
Sabalenka est toutefois dans le même cas que Sinner : elle reste favorite, un statut qu'elle doit moins autant à son rang qu'à l'état de ses concurrentes directes, dans l'ensemble pas beaucoup mieux loties. Iga Swiatek, la tenante du titre, n'a plus atteint la moindre finale depuis Seoul en septembre dernier et vient encore de chuter d'entrée à Bad Hombourg, face à Emma Navarro. Elena Rybakina, titrée à Londres en 2022, a perdu trois de ses quatre derniers matches et connaît des soucis à la hanche. Coco Gauff n'a jamais trop goûté à l'herbe. Mirra Andreeva, elle, semble avoir ce qu'il faut pour y briller mais son atterrissage post Roland-Garros a été un peu compliqué (battue d'entrée elle aussi à Bad Hombourg, par Ekaterina Alexandrova).
Bien sûr, des Jessica Pegula, Amanda Anisimova ou Elina Svitolina sont des postulantes plus que crédibles. Mais il leur en a toujours manqué un peu, jusque-là, en Grand Chelem. Et il serait déraisonnable, pour ne pas dire complètement farfelu de mettre Serena Williams dans la liste des prétendantes pour son premier tournoi en simple depuis près de quatre ans. Donc là encore, l'objection est la même pour toutes : "oui, mais…"
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"Si Serena arrive en seconde semaine, ce sera aussi inquiétant"

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Tout cela nous ramène à un temps que l'on croyait presque révolu depuis, disons, le début des années 2000, avant l'avènement du Big Three : un temps où une sorte de joyeux bazar semblait précéder chaque Grand Chelem. Peut-être que Wimbledon remettra de l'ordre dans tout cela. En attendant, à l'heure du décollage, voilà longtemps que le tennis mondial n'avait pas renvoyé cette impression de ne pas très bien savoir vers quel horizon voler. Le pilote est peut-être toujours dans l'avion. Mais pour l'instant, difficile de savoir s'il tient vraiment le manche...
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