Un forfait rassurant. C’est rare, n'est-ce pas ? Mathieu van der Poel n'a pas pris part au Grand Prix de Denain, remporté mardi par son coéquipier Jasper Philipsen. Il avait pourtant inscrit cette course à son calendrier, dans l'optique de jauger son dos récalcitrant, et son niveau, une dernière fois avant les Mondiaux. Mais la participation de "MVDP" à la grand-messe planétaire a été officialisée dès lundi et il a zappé la case ultime test.
C'est la fin d'un feuilleton qui a dû ravir les adeptes de probabilités. Van der Poel a d'abord parlé de "50-50" quant à ses chances de concourir lors des Championnats du monde, à l'occasion de sa reprise (victorieuse) le 12 septembre. Puis il a, plusieurs fois, estimé ce pourcentage grandissant. Voilà donc le 100% acté. De là à en conclure qu'il est à 100% de ses moyens, il y a un sacré pas à effectuer. Voire un saut digne de celui qu'il a manqué à Tokyo, en VTT, et qui lui cause encore ces soucis.

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Pendant ce temps-là, Van Aert cartonne

Mais il est légitime de penser que Van der Poel "marche", selon le jargon de la Petite Reine. Il a suffi de le voir se démener à l'avant de la course avec Julian Alaphilippe et consorts, samedi dernier lors de la Primus Classic, pour comprendre que ses jambes n'étaient pas engourdies. Seule une crevaison l'a privé de jouer la gagne (8e). Reste que le contraste entre sa condition, correcte, et celle de son éternel rival Wout van Aert, étincelante, est frappant.
Si l'on se réfère au prisme du duel Van der Poel - Van Aert, ce n'est pas seulement parce qu'il est fascinant de longue date, surtout en cyclo-cross dans un premier temps, puis sur route depuis quelques saisons. C'est parce que le parcours de dimanche est taillé sur mesure pour les deux inséparables. Plus encore pour l'un que pour l’autre ? La pression sera énorme sur les épaules du champion belge, à domicile. Mais paradoxalement, c'est peut-être le Néerlandais qui joue le plus gros.

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Occasion en or

Van Aert (27 ans) est d'une polyvalence historique. L'an passé, il a terminé 2e de Mondiaux que Van der Poel avait boudés, convaincu que le tracé d’Imola était trop typé "grimpeur-puncheur" pour sa grande carcasse. La star de la Jumbo-Visma peut raisonnablement espérer faire partie des favoris de la course au maillot arc-en-ciel peu ou prou chaque année. Il faudrait probablement une arrivée au sommet d'un col de quinze bornes pour avoir l'audace de le rayer de la liste des prétendants.
Pour "MVDP" (26 ans), c'est différent. Il lutte rarement avec les purs sprinteurs, tant Alpecin-Fenix regorge de spécialistes (Philipsen, Tim Merlier), et il se gare volontiers quand la route s’élève durablement. L'étendue de sa palette de compétences reste impressionnante. Mais le fils d'Adrie van der Poel n'est pas certain de trouver un terrain de jeu (autant) à sa convenance lors des prochaines éditions. D'où un grand enjeu. D'autant plus qu'il a déjà laissé passer une belle opportunité.

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La fringale d’Harrogate, la frayeur de Tirreno

En 2019, le jour de gloire de Mads Pedersen a longtemps semblé être celui de Van der Poel. C'est le Néerlandais qui a décanté la lutte entre les chouchous des bookmakers, à 33 bornes du dénouement. Mais c'est aussi lui qui a surpris son monde en se faisant décrocher, comme vidé de ses forces, à l'entame du dernier tour de circuit, dans des conditions dantesques à Harrogate, dans le Yorkshire. "Tout à coup, la lumière s'est éteinte, je n'avais jamais connu ça", expliquera-t-il, groggy.
Si l'image a de quoi rester en tête, c'est aussi parce qu'on a cru la revoir, en début de saison durant Tirreno-Adriatico. De la pluie, encore. Des bosses, toujours. Et Van der Poel qui s'offre un solo de 50 bornes, semblant en mesure d'écrabouiller la concurrence... avant de sentir le souffle chaud de Tadej Pogacar (2e à 10") dans son cou. "Les 10-15 derniers kilomètres, c’était l'enfer pour moi", dira le lauréat du jour, coutumier de tels raids. C'est par exemple en attaquant à 75 km de l'arrivée qu'il a fait coup double lors de la dernière étape du Tour du Benelux en 2020.

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Courir contre nature ?

Le problème pour Van der Poel, avant la grande joute de dimanche en Flandre, est qu'on l’imagine bien chercher à opérer de cette manière. Et que son relatif manque de compétition risque d'être d'autant plus problématique. Lorsqu'un favori dans une forme chancelante décroche la timbale, c'est plus souvent à l'issue d’une course d'attente, en se faisant oublier, qu'en faisant tout péter. Demandez à Peter Sagan… ou plutôt à ses adversaires à Bergen, terre de son troisième titre mondial en 2017.
Mathieu van der Poel devra donc peut-être réfréner ses ardeurs. Consentir à patienter avant d'être acteur de l'épreuve, ce dont il n'a jamais eu l'habitude. Compter ses coups de pédale en laissant les grosses formations que sont le Danemark, la Belgique et la France s'écharper. Voire bluffer. A moins qu'il ne bluffe déjà depuis plusieurs semaines, en exprimant tant de craintes sur sa capacité à s'aligner au départ de ces Mondiaux et de Paris-Roubaix.

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