Ils ne sont plus que cinq. Cinq rescapés de la désillusion de San Siro encore présent au club en cet été 2009. Rémy Vercoutre, Cris, Sidney Govou, Anthony Réveillère et François Clerc ont, saison après saison, vu les trésors lyonnais s’envoler loin du Rhône, pour des aventures hautes en couleurs, et souvent riches en succès. La liste est longue comme le bras mais surtout révélatrice de la puissance passée de cet OL : Grégory Coupet, Mahamadou Diarra, Tiago, Eric Abidal, Florent Malouda, Sylvain Wiltord, Karim Benzema et autres Hatem Ben Arfa ont quitté le navire. Mais là, c’est autre chose.

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Le 27 mai 2009, c’est un malaise qui saisit Juninho au moment d’annoncer officiellement son départ de l’OL. Il est partagé par tout le club. Depuis huit ans, c’est lui qui symbolise cette équipe. Lui qui la guide, la sauve ou la porte par ses coups de patte magiques et son sens du jeu. Le capitaine s’en va et avec lui l’image d’une troupe conquérante partie à l’assaut de l’Europe sans jamais parvenir à y planter son drapeau.

"On avait un noyau dur de cinq joueurs au moins qui menaient la barque, se souvient Grégory Coupet, parti en 2008. On était presque en autogestion. Ça s'est tout le temps régénéré. Il y a eu des vrais cycles, très longs. Et puis, ça s'est tari". Difficile de contester le long déclin lyonnais. D’ailleurs, l’OL a quitté son costume fétiche la saison passée : celui de champion en titre.

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On sait que l’OL a déjà eu des effectifs meilleurs que celui que l’on a

"On entre dans la deuxième saison de Claude Puel, se rappelle Jean-Alain Boumsong, titulaire en défense centrale cette année-là. L’OL n’est plus champion en titre après l’avoir étépendant sept ans. Il y a des frustrations, il y a des tensions, des joueurs qui partent, notamment Juninho. Puel a amené quelques changements et il a aussi des personnes qui sont contre lui à l’intérieur du club qui ne lui facilitent pas la tâche. Donc c’est une période moins fluide que les années précédentes".

Les nouveaux sont nombreux et surtout coûteux : Lisandro Lopez, plus grosse recrue de l’histoire du club (24M), Aly Cissokho (15M), Michel Bastos (18M) ou encore Bafétimbi Gomis (13M) arrivent pour redonner de l’air à une équipe qui n’a pas réussi à se remettre de sa déception romaine en 2007. L’OL est simplement moins fort et tout le monde, y compris au sein de l’effectif, en est conscient. "On sait que l’OL a déjà eu des effectifs meilleurs que celui que l’on a, abonde Boumsong. En 2008 encore, certains joueurs nous disaient avant les matches 'allez-y doucement'. A la fin, ce n’est plus le cas".

On lui prédit le pire mais l’OL tient le choc. Portés par un Lisandro Lopez transcendé dans les matches de gala, les hommes de Puel signent une première partie de saison solide sur tous les tableaux, s’offrant au passage le luxe d’une victoire de prestige à Anfield avec un but de Chelito Delgado dans les dernières minutes (1-2). "Un souvenir grandiose", nous explique encore ému l’Argentin, retiré du côté de Rosario. Pourtant, le meilleur reste encore à venir. L’OL est qualifié pour les 8es de finale et, bingo, au tirage, c’est le Real Madrid qui sort du chapeau.

Chelito Delgado, buteur face à Liverpool

Crédit: Getty Images

Quand Ramos manque d’humilité…

Oui, la Casa Blanca a perdu de son lustre d’antan. Mais, à l’été 2009, elle tente une révolution avec la mise en place des Galactiques II. Kaka, Cristiano Ronaldo et l’enfant chéri Karim Benzema vont donc fouler la pelouse de Gerland. Les bons souvenirs de 2006 et 2007 remontent fatalement à la surface. Après tout, Lyon ne peut se rattacher qu’à ça tant la différence semble abyssale entre les deux équipes.

"Pour moi, le Real a tout changé, explique Delgado. C’était impensable, ce n’était dans les plans de personne, même la presse n’avait pas imaginé ça. Personne n’a pensé qu’on pouvait sortir le Real". Et pourtant… A l’aller, l’OL sort un match dantesque et transporte Gerland quelques années en arrière. Jean II Makoun expédie un missile dans la lucarne de Casillas et Lyon gagne la première manche (1-0).

Les Gones y voient la possibilité de faire quelque chose. Les Madrilènes, eux, un simple accident de parcours. Beaucoup trop sûrs de leur évidente supériorité, ils régalent la presse espagnole de phrases qui font monter la pression. Guti commence : "Ce serait un désastre de ne pas passer Lyon. C’est une bonne équipe, mais pas un grand d’Europe". Mais c’est Sergio Ramos qui va pousser le bouchon un peu loin. "Nous gagnerons 3-0, nous allons vivre une autre nuit magique", pronostique le défenseur espagnol. Il a bien fait de ne pas y mettre toutes ses économies.

Iker Casillas retient un Sergio Ramos qui n'a pas la langue dans sa poche en 2010

Crédit: Getty Images

Car les Lyonnais y voient un défi à la hauteur de l’affront médiatique. "Sergio Ramos, surtout lui, était très hautain, confirme Jean-Alain Boumsong, titulaire à Bernabéu. Il parlait un peu trop, déjà sur le terrain au match aller. On trouvait qu’il manquait d’humilité et cette défaite-là est arrivée pour remettre les pendules à l’heure. Ça nous a clairement donné beaucoup plus envie de battre cette équipe".

Le papier de Lisandro

Un autre événement va booster le groupe. "Je me souviens que Licha avait pris la parole, nous explique Chelito. Cris aussi d’ailleurs. Mais surtout il avait écrit un message dans le vestiaire. Un truc hyper motivant que Cris avait lu".

Ce soir, c’est à la vie, à la mort. On ne peut pas quitter ce stade sans avoir tout donné. N’ayez aucun regret. Bonne chance à tous. Licha

Venant du mutique Argentin, le petit bout de papier fait son effet. Remonté comme un coucou, c’est un OL galactique qui se révolte à Bernabéu, portant l’estocade dans le dernier quart d’heure par le jeune Pjanic, sur une remise de… Lisandro (1-1). L’OL l’a fait : les Galactiques sont au tapis.

Soudainement, les perspectives changent de dimension. "La qualification nous donne énormément de confiance, explique Boumsong. Il faut se rappeler que les deux années avant, on a buté face au futur vainqueur de la compétition : Manchester United en 2008 et le FC Barcelone en 2009. Quand on réussit à repasser les huitièmes de finale, on se dit forcément qu’on est sur une bonne lancée. Et derrière, on tombe face à un club français, Bordeaux, et on se dit qu’il y a la place".

Sans le dire de manière aussi directe à l’époque, les dirigeants lyonnais ne sont pas mécontents d’un tel tirage. Bien sûr, on regrette un affrontement entre deux clubs d’un même pays, faisant passer ce choc européen pour un vulgaire duel franco-français. Mais personne n’oublie de mentionner la conséquence directe : un club de l’Hexagone ira en demi-finale de Ligue des champions. L’occasion est belle mais fait surgir une peur inavouable : celle d’échouer encore. "Ça revient continuellement au sein du club, avoue aujourd’hui Boumsong. Il y avait cet espèce de plafond de verre que l’OL n’arrivait pas à passer avec des effectifs bien meilleurs que le nôtre".

La grinta de Lisandro

Crédit: AFP

Merci Lloris !

Le Bordeaux de Laurent Blanc a certes entamé sa lente descente aux enfers qui profitera à l’OM mais il reste redoutable. Il est même parfois supérieur à l’OL dans ce duel. Mais tout se jouera sur ces fameux détails. Une mauvaise relance de Ciani punie par Lisandro ou un dégagement raté de Trémoulinas exploité par Bastos par exemple. Les Gones pointent en tête après l’aller à Gerland (3-1) et peuvent déjà remercier Hugo Lloris qui a signé quelques miracles pour conserver cet écart.

Au retour, Super Hugo joue encore sur du velours et dégoûte les attaquants des Girondins. L’expérience fait le reste. "Bordeaux, je me souviens surtout du soulagement au coup de sifflet final, avoue Delgado. J’ai joué ce match, je me souviens qu’on a fait un match très moyen… mais on s’est qualifié, c’était le seul objectif. En y repensant aujourd’hui, je me dis ‘putain’, c’est pas n’importe quoi !"

L'envolée d'Hugo Lloris face à Bordeaux en 2010

Crédit: AFP

Jean-Michel Aulas n’en pense pas moins. Son OL a enfin brisé le plafond de verre qui lui résistait et espère bien créer la surprise face au Bayern Munich, qui lui a tant réussi par le passé. Le voilà qui peut rêver en grand. Pas pour longtemps. Car la supériorité munichoise va être trop importante pour ne pas sauter aux yeux.

Munich, sommet au parfum de fin

Oui, les Gones limitent la casse à l’Allianz Arena face à l’armada de Ribéry et compagnie (1-0). Mais Lloris cache encore la misère et les Lyonnais ont davantage lutté pour ne pas encaisser un autre but qu’autre chose. Mais le contexte d'une demi-finale retour européenne à la maison suffit à faire résonner le refrain de l’exploit sur les bords du Rhône. "Mon équipe est beaucoup plus à l’aise lorsqu’il s’agit d’aller chercher un résultat, de forcer la décision plutôt que de gérer un résultat", explique d’ailleurs Claude Puel avant le match.

Avant la demi-heure de jeu, Olic a déjà frappé une fois et la thèse de l’exploit s’envole très rapidement. "Une fois qu’il marque le premier but, c’est presque fini, avoue Boumsong. On prend direct un coup sur la tête. Ce but rapide rend leur match plus facile car on ne sent pas, ce soir-là, la capacité de marquer beaucoupde buts face à ce Bayern Munich". Le Croate s’offrira un triplé, seule image "forte" de cette première demi-finale de Ligue des champions du club. On a connu plus festif.

Ivica Olic dégoûte Cris et les siens sur ce match retour

Crédit: AFP

La marche était trop haute. Dans l’air flotte déjà le sentiment qu’il ne retrouvera pas de telles hauteurs de sitôt. "C’est un peu paradoxal car quand Lyon joue la demi-finale contre le Bayern, ils avaient déjà perdu pas mal de joueurs qui étaient partis dans les grands clubs, analyse Patrick Müller, parti en 2008. De l'extérieur, je sentais l’équipe un peu plus faible que les années d’avant et ils réussissent quand même à aller en demi-finale. Mais quand il y avait l’équipe pour gagner la Ligue des champions, ça a chuté en quarts de finale".

Le paradoxe est réel. L’OL 2010 a réussi là où ses versions passées ont échoué. Un constat tape aux oreilles du boss lyonnais qui a conscience qu’il faut tenter un coup de poker au prochain mercato, nommé Yoann Gourcuff. L’OL finit sa saison dauphin de l’OM et lance les grandes manœuvres en coulisses. "A ce moment-là, on sent qu’il y a des changements qui arrivent, une autre politique, nous explique encore Boumsong, qui partira cet été-là. A l’issue de cette saison, la deuxième sans titre, on se dit que ça va être plus difficile par la suite". Elle le sera : après des qualifications en 8es de finale les deux années suivantes, l’OL finit par abandonner le Top 16 européen. Il ne retrouvera le gratin que six ans plus tard. Une éternité au vu de son épique mais infructueux passé continental.

Propos recueillis avec Martin MOSNIER

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