Deux défaites cuisantes peuvent-elles balayer tout le capital confiance et les certitudes acquises au fil d’une série de sept victoires de suite ? C’est toute la question qui se pose après cette fin de Mondial décevante de l’équipe de France, qui a certes rempli l’objectif fixé, en début de compétition, par son sélectionneur, Guillaume Gille, à savoir être à la lutte pour une médaille. Sauf que, même s’ils échouent au pied du podium, les Tricolores ont semblé loin, très loin, d’une breloque, au terme de deux parties où ils ont coulé dans les grandes largeurs.

Le Caire, nid d'espoirs ?

Face à la surprenante Suède (32-26), déjà, en demie, vendredi qui leur avait mis un gros coup derrière la tête, ils étaient passés à côté de leur sujet. Ils n’ont jamais semblé capable de se relever, ce dimanche, lors de la petite finale face à l’Espagne (35-29), un adversaire au CV certes plus impressionnant, puisque vainqueur des deux derniers Euros. Sauf que, dans le contenu, les Français auraient pu bien mieux faire, des deux côtés du terrain. Et ils l’ont reconnu volontiers après la rencontre : "Il a manqué de beaucoup de chose, on peut parler de la fraîcheur physique, de la défaite face à la Suède également qui a fait beaucoup de mal, a ainsi reconnu Nedim Remili, pour beIN Sports. On n’a pas réussi à remettre le bleu de chauffe aujourd’hui (dimanche), on a mis du temps à rentrer dans cette partie. On a vu beaucoup d’envie du côté de l’Espagne, plus que de notre côté en tout cas, ils en ont mis plus, ils ont été meilleurs".
Tokyo 2020
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11/03/2021 À 23:00
On n'a pas su garder notre sang-froid dans les moments clés
"Il a manqué un peu plus d’audace, un peu plus d’envie, un peu plus de folie, on n’a pas forcément cru en nous comme on avait pu le faire sur le début de la compétition, abondait Kentin Mahé. Il y a des choses qui n’ont pas très bien marché contre la Suède, et qui se sont répétées face à l’Espagne. On est tombé sur un grand Corrales (le gardien espagnol, auteur de 16 arrêts) aussi, on n’a pas su garder notre sang-froid dans les moments clés".
"On a été souvent derrière les Espagnols dans ce rapport de force, ils nous ont été supérieurs dans beaucoup de domaine. Il y a de la frustration parce qu’il y a deux-trois moments clés qu’on rate dans ce match. Il faut féliciter la prestation des Espagnols qui ont été beaucoup plus en maîtrise que nous", a fini d’analyser le sélectionneur, Guillaume Gille. Avec une défense aux abonnés absent, et des lacunes offensives qui ont rappelé les deux premiers matches de la France en 2021 face à la Serbie, une défaite et un nul à la clé, Gille et ses hommes sont repartis tête basse d’un Mondial où ils avaient, étape par étape, bombé de plus en plus le torse.
Luc Abalo, l’un des vétérans de cette équipe, a même fini effondré (voir photo ci-dessous). Qu’elles ont semblé loin, alors, ces images où l’ailier droit et ses coéquipiers fêtaient dignement leurs coups de force face au Portugal, lors du dernier match du tour principal, ou au terme d’une rencontre à rebondissement face à la Hongrie, en quarts. Comme ça avait déjà été le cas entre son entrée en lice face à la Norvège et d’autres matches du tour préliminaire et principal, la France a surtout brillé par son inconstance, dans le jeu plus que dans les résultats, dans ce tournoi. Souligné à de nombreuses reprises, l’insatisfaction de voir cette équipe, si talentueuse, capable d’afficher deux visages aux antipodes, a finalement pris le pas après cette fin de Mondial ratée.

Luc Abalo a été très touché après la défaite de la France lors du match pour la 3e place face à l'Espagne au Mondial 2021

Crédit: Getty Images

"Les blessures ne nous ont pas aidés, on a perdu des joueurs importants et on n’a pas réussi à être, derrière, assez frais pour les pallier", a logiquement rappelé Remili, alors que les Bleus avaient posé le pied en Egypte sans deux de ses coéquipiers du PSG, Elohim Prandi et Nikola Karabatic, deux forfaits de poids. L’absence de Timothey N’Guessan, qui a donné moins de solutions offensives aux Bleus, comme celle de Luka Karabatic en défense, à partir de la demi-finale, ont pesé. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si c'est après que le frère de Nikola est sorti du groupe que les Bleus ont encaissé 32 et 35 buts, leur pire total sur 60 minutes dans ce tournoi. Le retour en France prématuré de Wesley Pardin, blessé face à la Suisse, a aussi coûté cher aux Bleus si l’on se rappelle son entrée XXL dans le tournoi face à la Norvège et la performance fantomatique du duo Gérard-Genty en demie dans les buts tricolores.
C'est dur de sortir comme ça d'un tournoi où on a été vaillants
Mais ces absences n’expliquent pas tout, notamment l’incapacité des sextuples champions du monde à faire mal en contre sur l’entièreté d’un match- un point ciblé pourtant comme l’un des chantiers prioritaires par Guillaume Gille- ou ce jeu souvent trop stéréotypé devant. La baisse flagrante de régime du demi-centre Kentin Mahé à partir des quarts n’a pas aidé. "C’est dommage, parce qu’on a montré de belles choses pendant ce Mondial, et c’est dur de sortir comme ça d’un tournoi où on a été vaillants, où on a essayé de trouver des solutions par moment quand on avait des blessures, quand on était en difficulté dans les matches, a decrypté calmement Michael Guigou, capitaine tricolore dont c’était sûrement le dernier championnat du monde. Quand le niveau s’est élevé, peut-être que ce manque d’énergie et de solutions ont été de trop pour nous à la fin".

L'équipe de France déploit d'inépuisables ressources mentales pour s'en sortir à chaque fois avec la victoire lors de ce Mondial

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"Il faut qu’on mouille le maillot d’une autre manière et qu’on arrive à mettre la tête dedans un peu plus rapidement. Il y a des questions à poser", a réagi, de son côté, Mahé. "Il va falloir continuer à travailler, surtout qu’on se retrouve dans quatre semaines pour ce Tournoi de Qualification Olympique", s’est projeté, pour sa part, Nedim Remili. Le plus important reste en effet à venir pour les Bleus, avec ce TQO à la maison, prévu pour le moment du 12 au 14 mars. Seul deux des quatre prétendants qui se réuniront à Montpellier décrocheront leur billet pour Tokyo. La France retrouvera le Portugal, son bourreau de l’an passé à l’Euro qu’elle a largement dominé cette année, ainsi que la Tunisie et la Croatie. "Il faudra être au rendez-vous, avec 3 matches en 3 jours face à une grande adversité, c’est sur ce moment charnière de la saison qu’on est attendus", a souligné Guillaume Gille.
C'est de nature à donner de l'espoir pour la suite
Avec quelles fondations ? Celles, solides, du début de Mondial, ou chancelante, de la fin de compétition ? "Une fois passée la déception de ce week-end, je pense qu’il y a quand même beaucoup de confiance qui ressort de cette compétition. On peut être très fiers de ce qu’on a fait sur ce mois de janvier" a voulu retenir Guigou, 39 ans et dont ce sera la dernière chance de participer aux JO.
"Dans cette compétition, on a alterné le bon, le très bon même parfois, avec le moyen. Ce qui est intéressant c’est de voir comment cette équipe a avancé durant ce mois. On peut voir la compétition sous l’angle négatif avec ce qui nous a manqué, je préfère la voir sous l’aspect de ce qu’on a réussi, avec ce qu’on a dû subir en termes de préparation, c’est de nature à donner de l’espoir pour la suite", a pour sa part déclaré Guillaume Gille. Avec cette équipe de France imprévisible, pour le meilleur et pour le pire, il faudra donc attendre un peu plus d’un mois avant d’avoir la réponse définitive. Un nouveau faux-pas, et donc une première absence aux Jeux Olympiques depuis 1988, ferait tâche.

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